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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202437

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202437

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantHMAIDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 février 2022 et le 25 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Cotonou au Bénin refusant de lui délivrer un visa de long séjour de retour en France ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa de retour sollicité ou de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée d'incompétence ;

- il n'est pas établi que la commission s'est réunie en étant régulièrement composée ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il ne représente aucune menace pour l'ordre public, la sécurité publique ou la santé publique ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 octobre 2022 le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête

Il fait valoir que les moyens du requérant sont dépourvus de fondement.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant béninois né en 1977, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour de retour en France et s'est vu opposer le 9 novembre 2021 un refus de l'autorité diplomatique française au Bénin. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 20 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "

3. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 20 janvier 2022, produite par le ministre en défense qu'ont siégé à cette séance le second suppléant du président de la commission, la représentante du ministère de l'Europe et des affaires étrangères, le premier suppléant du représentant du ministre de l'intérieur, le membre d'une juridiction administrative et la première suppléante du représentant du ministre chargé de l'immigration. Par suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté, de même que le moyen tiré du vice d'incompétence entachant la décision litigieuse.

4. La commission a rejeté le recours de M. A au motif que l'intéressé présentait un risque de trouble à l'ordre public. La commission relève que M. A a été condamné le 30 mars 2011 par le tribunal correctionnel de Paris à deux ans d'emprisonnement pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, puis à nouveau le 25 mai 2016 à une peine d'un an d'emprisonnement pour usage de faux, et que son épouse a bénéficié d'une ordonnance de protection délivrée par le juge aux affaires familiales au mois de juin 2021.

5. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales et par l'article 6, paragraphe 1, points a et b, du règlement (UE) 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 () ". L'article L. 312-5 du même code précise que : " Par dérogation aux dispositions de l'article L. 311-1, les étrangers titulaires d'un titre de séjour ou du document de circulation délivré aux mineurs en application de l'article L. 414-4 sont admis sur le territoire au seul vu de ce titre et d'un document de voyage. " et l'article L. 311-2 du même code prévoit que : " Un étranger ne satisfait pas aux conditions d'entrée sur le territoire français lorsqu'il se trouve dans les situations suivantes : / 1° Sa présence en France constituerait une menace pour l'ordre public ; () ". Enfin, aux termes de l'article L. 312-4 du même code : " Un visa de retour est délivré par les autorités diplomatiques et consulaires françaises à la personne de nationalité étrangère bénéficiant d'un titre de séjour en France en vertu des articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-17, L. 423-18, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 dont le conjoint a, lors d'un séjour à l'étranger, dérobé les documents d'identité et le titre de séjour ".

6. Il résulte de ces dispositions que la détention d'un titre de séjour par un étranger permet son retour pendant toute la période de validité de ce titre sans qu'il ait à solliciter un visa d'entrée sur le territoire français. Entre dans ces prévisions l'étranger qui, bien qu'ayant égaré son titre de séjour, produit des pièces établissant la validité de ce titre. En dehors de ce cas, la délivrance des visas de retour par les autorités consulaires résulte d'une pratique non prévue par un texte, destinée à faciliter le retour en France des étrangers titulaires d'un titre de séjour.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'une carte de résident valable du 11 mai 2010 au 10 mai 2020 dont il a sollicité le renouvellement ainsi qu'en atteste le récépissé délivré le 19 juillet 2021 par le préfet du Rhône. Ce récépissé l'autorisait toutefois à séjourner en France jusqu'au 18 octobre 2021. Par suite, à la date de la décision prise par l'autorité diplomatique française au Bénin, le 9 novembre 2021, et, a fortiori, à la date de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 20 janvier 2022, M. A ne détenait plus aucun titre de séjour en cours de validité. Il ressort de ces mêmes pièces que M. A a été condamné par la justice en 2006 à une peine de quatre mois d'emprisonnement avec sursis pour vol en réunion, en 2010 à une amende pour la conduite d'un véhicule à moteur malgré une injonction de restituer son permis de conduire, en 2011 à deux ans d'emprisonnement pour des infractions à la législation des stupéfiants et en 2016 à un an d'emprisonnement pour faux, escroquerie et détention frauduleuse d'un faux document administratif. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en lui opposant le motif tiré de l'existence d'une menace à l'ordre public, la commission a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

8. Par les pièces jointes à ses écritures, le requérant ne justifie pas de l'existence d'une vie privée suffisamment ancienne, stable et continue en France de sorte que le moyen de la requête tiré de l'atteinte disproportionnée portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 20 janvier 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

10. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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