vendredi 23 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202459 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | GAILLOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 février 2022 et le 12 août 2022, Mme J I, agissant en qualité de représentante légale des enfants F I H et E I H, et K D I H, représentées par Me Gaillot, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les trois décisions de l'autorité diplomatique française au Ghana refusant de délivrer des visas de long séjour " visiteur " aux enfants F et E et à Mme D I H, et d'annuler ces trois décisions également ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer aux enfants F et E et à Mme D I H des visas de long séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Gaillot en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la décision consulaire et la décision de la commission ne sont pas suffisamment motivées ;
- les décisions attaquées sont entachées d'un vice de procédure dès lors qu'elles n'ont pas été invitées à produire leurs observations orales ;
- la décision de l'autorité consulaire est entachée d'incompétence ;
- les décisions sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation quant à l'appréciation des ressources de Mme I et quant à l'objet et aux conditions de séjour des demandeuses de visas ;
- les décisions sont entachées d'erreur de droit dès lors que les trois demandeuses sont éligibles au visa de long séjour sollicité ;
- les décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- les décisions méconnaissent l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable dès lors que Mme I ne disposait pas d'un intérêt à agir pour Mme D I H, majeure, ni pour les deux autres enfants ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chatal, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme I, ressortissante française d'origine ghanéenne née en 1964, et Mme D I H demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours, réceptionné le 27 septembre 2021 par la commission, formé contre les trois décisions du 21 juin 2021 de l'autorité diplomatique française au Ghana refusant de délivrer un visa de long séjour " visiteur " aux jeunes F et E I H et à Mme D I H.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision implicite de cette commission s'est substituée aux trois décisions du 21 juin 2021 de l'autorité diplomatique française au Ghana. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.
3. En premier lieu, si les requérantes soutiennent que les décisions de l'autorité diplomatique française au Ghana sont entachées d'incompétence, d'un vice de procédure et sont insuffisamment motivées, il résulte des dispositions précitées de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision implicite de la commission s'étant automatiquement substituée à ces décisions, les moyens présentés à l'encontre de ces décisions sont inopérants et doivent être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
5. Faute pour les requérantes de justifier de la présentation, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, d'une demande de communication des motifs de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "
7. La commission ayant statué par la décision litigieuse sur une demande de l'administrée, les décisions précitées du code des relations entre le public et l'administration imposant le respect d'une procédure contradictoire préalable ne sont pas applicables. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ". Aux termes de l'article L. 311-1 du même code : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés par les conventions internationales () ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence () ".
9. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général.
10. Par ailleurs, l'intérêt d'un enfant est en principe de vivre auprès de la personne qui, en vertu d'une décision de justice qui produit des effets juridiques en France, est titulaire à son égard de l'autorité parentale. Dans le cas où un visa d'entrée et de long séjour en France est sollicité en vue de permettre à un enfant de rejoindre un ressortissant français ou étranger qui a reçu délégation de l'autorité parentale dans les conditions qui viennent d'être indiquées, ce visa ne peut en règle générale, eu égard notamment aux stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant, être refusé pour un motif tiré de ce que l'intérêt de l'enfant serait au contraire de demeurer auprès de ses parents ou d'autres membres de sa famille. En revanche, et sous réserve de ne pas porter une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale, l'autorité chargée de la délivrance des visas peut se fonder, pour rejeter la demande dont elle est saisie, non seulement sur l'atteinte à l'ordre public qui pourrait résulter de l'accès de l'enfant au territoire national, mais aussi sur le motif tiré de ce que les conditions d'accueil de celui-ci en France seraient, compte tenu notamment des ressources et des conditions de logement du titulaire de l'autorité parentale, contraires à son intérêt.
11. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la décision implicite de la commission est réputée se fonder sur les motifs tirés de l'insuffisance des ressources de Mme I et des conditions matérielles d'accueil à son domicile, et sur la circonstance que la venue des trois jeunes filles en France ne serait pas dans leur intérêt supérieur.
12. Il ressort des pièces du dossier que Mmes D I H, F I H et E I H, respectivement nées en 2003, 2006 et 2008, sont les petites-filles de K J I, issues de l'union de son fils, M. I H avec Mme B C et, s'agissant de l'enfant F, de son union avec Mme G A. Par deux " ordonnances de garde " rendues par un magistrat du tribunal de district de Prampram au Ghana le 2 juin 2017, sur requêtes des mères d'Abigail, F et E, Mme I a reçu la garde parentale totale sur ses trois petites-filles. Mme I joint également à la requête le jugement du tribunal de grande instance de Toulouse du 7 novembre 2018 déclarant exécutoires les deux décisions de la juridiction ghanéenne. Mme D I H est, entre-temps, devenue majeure.
13. Il ressort de ces mêmes pièces que Mme I justifie occuper un appartement d'environ 65 mètres carré comportant trois pièces principales et indique que ses trois petites-filles, âgées à la date de la décision litigieuse de 18 ans, 15 ans et 13 ans, occuperont une même chambre dans l'appartement. Mme I joint également à ses écritures son avis d'impôt sur les revenus de l'année 2021 dont il ressort qu'elle et son époux ont perçu 19 566 euros de revenu brut global, soit environ 1 630 euros par mois. Il ressort également des pièces du dossier que les charges connues de son foyer, composé de 2 personnes, comprennent un loyer mensuel de 406 euros et le versement de pensions alimentaires de 3 000 euros par an. Dans ces conditions, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir qu'en estimant les conditions d'hébergement proposées ainsi que le niveau des ressources de Mme I insuffisant pour accueillir ses trois petites-filles chez elle et les prendre en charge dans le cadre d'un visa de long séjour portant la mention " visiteur ", la commission aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ni qu'elle aurait commis une erreur de droit.
14. En cinquième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, en estimant que l'intérêt supérieur des enfants était de demeurer au Ghana compte tenu notamment des ressources insuffisantes de Mme I et des conditions matérielles d'accueil, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
15. En sixième lieu, eu égard à l'âge des trois demanderesses de visa, dont il n'est pas contesté qu'elles sont nées au Ghana, y ont toujours vécu et que les mères des demanderesses y sont établies, les requérantes ne sont pas fondées à soutenir qu'en rejetant le recours, la commission aurait porté une atteinte disproportionnée au droit des demanderesses de visa au respect de leur vie privée et familiale. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours formé contre les trois décisions de refus de visa opposées par l'autorité diplomatique française au Ghana.
Sur les conclusions accessoires :
17. Le présent jugement rejetant les conclusions principales de la requête, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme I et de Mme I H est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme J I, à Mme D I H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 18 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 décembre 2022.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026