lundi 24 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202537 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février 2022 et 20 juillet 2022, M. I B, représenté par Me Pollono, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 5 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre les décisions de l'ambassade de France auprès de la République centrafricaine refusant de délivrer aux enfants C D, G A, F E et J B des visas de long séjour en qualité d'enfants étrangers de ressortissant français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer les visas sollicités dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la situation des demandeurs, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocate, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, notamment en droit ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle n'est pas fondée sur un motif d'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation concernant l'identité et la filiation des demandeurs de visa ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. H,
- et les observations de Me Nève, substituant Me Pollono, en présence de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B est un ressortissant français né le 17 janvier 1981. Des demandes de visa de long séjour ont été déposés pour ses enfants allégués de nationalité centrafricaine, Milka D, Le Roy E, Hamilton A et Prunelle Louisa Roxana B, nés respectivement les 19 mars 2010, 28 mai 2013, 13 juin 2013 et 24 février 2016, en qualité d'enfants étrangers de ressortissant français. Ces demandes ont été rejetées par des décisions de l'ambassade de France en République centrafricaine. Le recours formé contre ces décisions devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 5 janvier 2022, dont le requérant demande au tribunal l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Les autorités administratives chargées de l'examen des demandes de visa ne peuvent refuser la délivrance d'un visa de long séjour au descendant de moins de vingt-et-un ans d'un ressortissant français que pour un motif d'ordre public. Figurent au nombre de ces motifs le défaut de valeur probante des documents destinés à établir le lien de filiation allégué ainsi que le caractère frauduleux des actes d'état civil produits.
3. La décision attaquée est fondée sur le motif tiré de ce que M. B n'a pas mentionné l'existence des demandeurs de visa lors du dépôt de sa demande de naturalisation, de sorte qu'il ne peut utilement solliciter de visas pour eux. Ce faisant, la commission doit être regardée comme ayant entendu opposer le motif tiré de ce que le lien de filiation des demandeurs de visa avec M. B n'est pas établie, ce motif étant développé par le ministre de l'intérieur en défense.
4. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Il résulte des dispositions de cet article que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation de la valeur probante d'un acte d'état civil légalisé établi à l'étranger, il revient au juge administratif de former sa conviction en se fondant sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. A la condition que l'acte d'état civil étranger soumis à l'obligation de légalisation et produit à titre de preuve devant l'autorité administrative ou devant le juge présente des garanties suffisantes d'authenticité, l'absence ou l'irrégularité de sa légalisation ne fait pas obstacle à ce que puissent être prises en considération les énonciations qu'il contient.
En ce qui concerne l'enfant Milka D :
5. Pour établir l'identité et la filiation de la demanderesse de visa, le requérant produit un jugement supplétif d'acte de naissance n°4718 rendu par le tribunal de grande instance de Bangui ainsi que la copie intégrale de l'acte de naissance établi en transcription de ce jugement sous le n°2010 00 06 31 1515. Cet acte fait état de la naissance de l'enfant le 19 mars 2010 et mentionne son lien de filiation avec M. B. Ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur, le jugement supplétif comporte une incohérence quant à la date d'audience, le 3 juillet 2020, la requête ayant été déposée le 7 juillet 2020. Cette anomalie ne suffit, toutefois, pas à établir le caractère frauduleux du jugement. Si ledit jugement comporte également une erreur concernant la date de naissance de l'enfant, celle-ci a été corrigée dans le cadre d'un jugement de rectification d'erreur matérielle rendu le 20 octobre 2020. La levée d'acte engagée par les autorités consulaires auprès du service de l'état civil de la ville de Bangui confirme, par ailleurs, que l'acte de naissance n°2010 00 06 31 1515 correspond à la demanderesse de visa. Si l'acte transmis en réponse à la demande de levée d'acte ne comporte pas la signature du déclarant, cette circonstance ne suffit pas à ôter toute valeur probante à ce document, alors au demeurant qu'il ne ressort pas des dispositions du code de la famille centrafricain invoquées par le ministre que celles-ci seraient applicables aux actes de naissance établis en transcription de jugements supplétifs. En outre, le chef du service de gynécologie de la maternité de Petevo confirme que la mère de la demanderesse de visa y a accouché d'un enfant de sexe féminin, le 19 mars 2010. Enfin, les très nombreuses attestations produites permettent de considérer que M. B était présent en République centrafricaine à la période à laquelle a été conçue la demanderesse de visa.
6. Dans ces conditions, l'identité de l'enfant et son lien de filiation avec M. B doivent être tenus pour établis, quand bien même, et pour regrettable que soit cette circonstance, ce dernier n'aurait pas déclaré son existence à l'occasion de ses démarches de naturalisation.
En ce qui concerne l'enfant Hamilton A :
7. Le requérant produit un jugement supplétif d'acte de naissance n°4721 rendu par le tribunal de grande instance de Bangui ainsi que la copie intégrale de l'acte de naissance établi en transcription de ce jugement sous le n°2013 00 06 30 1492. Cet acte fait état de la naissance de l'enfant le 13 juin 2013 et mentionne son lien de filiation avec M. B. La levée d'acte engagée par les autorités consulaires auprès du service de l'état civil de la ville de Bangui confirme l'authenticité de ce document, et le service de gynécologie de la maternité de Petevo confirme que la mère de l'enfant y a accouché d'un garçon le 13 juin 2013. Dans ces conditions, les arguments opposés en défense tirés de l'incohérence dans la date du jugement supplétif, de l'absence de signature de l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement et de l'absence de preuve de séjour de M. B en République centrafricaine en 2012 ne permettent pas, pour les motifs exposés aux points précédents, de remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil fournis. Par suite, l'identité du demandeur de visa et son lien de filiation avec M. B doivent être considérés comme établis.
En ce qui concerne l'enfant Prunelle Louisa Roxana :
8. Le requérant produit un jugement supplétif d'acte de naissance n°4561 rendu par le tribunal de grande instance de Bangui ainsi que la copie intégrale de l'acte de naissance établi en transcription de ce jugement sous le n°2016 00 07 17 1613. Cet acte fait état de la naissance de l'enfant le 24 février 2016 et de son lien de filiation avec M. B. La levée d'acte engagée par les autorités consulaires auprès du service de l'état civil de la ville de Bangui confirme l'authenticité de ce document, et le service de gynécologie de la maternité de l'hôpital de l'amitié confirme que la mère de l'enfant y a accouché d'une fille le 24 février 2016. Dans ces conditions, les arguments opposés en défense tirés de l'incohérence dans la date du jugement supplétif, de l'absence de signature de l'acte de naissance établi suivant transcription de ce jugement et de l'absence de preuve de séjour de M. B en République centrafricaine en 2015 ne permettent pas, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment, de remettre en cause l'authenticité des documents d'état civil fournis. L'identité de la demanderesse de visa et son lien de filiation avec M. B doivent ainsi être tenus pour établis.
En ce qui concerne l'enfant Le Roy E :
9. Le requérant produit la copie intégrale de l'acte de naissance de l'intéressé, établi suivant déclaration de naissance le 30 mai 2013 sous le n°2013 00 04 20 971. Cet acte fait état de la naissance de l'enfant le 28 mai 2013 et de son lien de filiation avec M. B. La levée d'acte engagée par les autorités consulaires françaises auprès du service de l'état civil de Bangui permet de conclure à l'authenticité de cet acte, et le chef du service de gynécologie de la maternité de l'hôpital communautaire confirme que la mère du demandeur de visa y a accouché d'un enfant de sexe masculin le 28 mai 2013. Les arguments mis en avant par le ministre, notamment l'absence de justificatif de déplacement de M. B en République centrafricaine en 2012, année de conception de l'enfant, ne permettent pas de remettre en cause la valeur probante de l'acte d'état civil produit. Par suite, et compte-tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'identité de l'enfant et son lien de filiation avec M. B doivent être tenus pour établis.
10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, à en demander l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
11. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer aux enfants C D, F E, G A et K B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Pollono de la somme de 1 200 euros, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 5 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Milka D, Le Roy E, Hamilton A et Prunelle Louisa Roxana B les visas de long séjour sollicités, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. I B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Guilloteau, conseiller,
Mme Louazel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2022.
Le rapporteur,
T. H
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026