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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202610

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202610

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202610
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 février et 18 mars 2022, Mme B

El C, représentée par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Une mise en demeure a été adressée le 5 septembre 2022 au préfet de la Loire-Atlantique.

Par ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

21 octobre 2022.

Mme A C a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

28 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A C, ressortissante marocaine née en 1973, déclare être entrée irrégulièrement en France le 15 janvier 2019. Elle a été interpelée en situation irrégulière et a fait l'objet d'un arrêté du 16 avril 2019 portant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été admise par jugement du 21 juillet 2019, confirmé par une décision de la cour administrative d'appel le 2 octobre suivant. Par la suite, elle a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en raison de son mariage avec un ressortissant français le 4 juillet 2020. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 juillet 2021, portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme A C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions attaquées ont été signées par Mme E, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du

17 mars 2021 paru au recueil des actes administratifs de la préfecture du lendemain, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions de refus de séjour et d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire manque en fait.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article

L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il rappelle les conditions d'entrée en France de Mme A C, et l'obligation de quitter le territoire français dont elle a fait l'objet le 16 avril 2019. Il mentionne la présence en France des deux fils de l'intéressée, en situation irrégulière. Il constate que le mariage de la demanderesse avec un ressortissant français est récent, qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches au Maroc où résident son frère et sa sœur, et qu'ainsi, le refus de séjour ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que Mme A C relève ainsi des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant son éloignement, constate qu'elle ne justifie pas de circonstances justifiant un délai de départ volontaire de plus de trente jours ni n'établit encourir des risques en cas de retour au Maroc. Cet arrêté comportant ainsi un exposé suffisant des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté. En outre, au vu de cette motivation circonstanciée et de l'ensemble des pièces du dossier, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation personnelle avant de prendre la décision attaquée.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3 [qui ne concernent pas la délivrance de la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger conjoint de français] la première délivrance de la carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. () ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". Et aux termes de L. 423-2 de ce code : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ".

5. Il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que Mme A C, qui s'est mariée le 4 juillet 2020 à Nantes avec un ressortissant français, ne justifie pas être entrée régulièrement sur le territoire français et n'était pas munie d'un visa d'entrée et de long séjour. Par suite, et alors même que le préfet de la Loire-Atlantique n'était pas en situation de compétence liée pour refuser d'admettre l'intéressée au séjour, il n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni n'a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Mme A C soutient être entrée en France le 15 janvier 2019, soit deux ans avant l'édiction de l'arrêté contesté. Son séjour en France est donc récent. Si elle se prévaut de son mariage avec un ressortissant français, le 4 janvier 2020, cette union est toutefois très récente à la date de la décision attaquée. Si la requérante se prévaut également de la présence de ses deux fils sur le territoire national, elle n'établit pas entretenir des liens particulièrement suivis avec ces derniers, qui, au demeurant, se trouvent également en situation irrégulière. Mme A C ne peut être ainsi regardée comme justifiant de liens particulièrement anciens et stables sur le territoire national. Elle ne justifie pas non plus être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de quarante-six ans et où résident son frère et sa sœur. La requérante ne justifie d'aucune intégration professionnelle. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. Il résulte de ce qui précède que l'illégalité de la décision de refus de séjour n'est pas établie. Par suite, Mme A C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision attaquée lui faisant obligation de quitter le territoire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

9. Compte tenu de ce qui précède, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de ces décisions à l'encontre de la décision attaquée fixant le pays à destination duquel elle serait susceptible d'être éloignée d'office.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A C, au préfet de la

Loire-Atlantique et à Me Antoine Laplane.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La présidente-rapporteure,

C. DL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

ah

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