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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202611

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202611

mercredi 15 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBEARNAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2022, M. G D, représenté par Me Béarnais, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au sérieux des études poursuivies ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet ne s'est pas assuré de son accord quant à un retour au Tchad et n'a pas fait un examen approprié des risques encourus en cas de retour dans ce pays.

Une mise en demeure a été adressée le 5 septembre 2022 au préfet de la Loire-Atlantique.

Par ordonnance du 5 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au

21 octobre 2022.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tchadien né le 5 décembre 1995, est entré en France le 19 novembre 2019 sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour " étudiant " et s'est vu délivrer, par la suite, une carte de séjour en qualité d'étudiant dont la validité a pris fin le

30 septembre 2021. Sa demande de renouvellement de sa carte de séjour en qualité d'étudiant a été rejetée par un arrêté du 16 février 2022 du préfet de la Loire-Atlantique portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme F, cheffe du bureau du séjour de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de Mme C et M. A, notamment les décisions portant refus de titre de séjour et fixant le pays de renvoi. Dès lors, et en l'absence de contestation de l'absence ou de l'empêchement simultanés de Mme C et M. A, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté litigieux vise notamment les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet fait application. Il rappelle le parcours d'études de M. D depuis son entrée en France et ses réorientations, et constate qu'il n'a validé aucun diplôme. Le préfet en déduit que l'intéressé ne remplit pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour pour études. L'arrêté rappelle que l'intéressé n'a été autorisé à travailler que de manière accessoire à ses études et constate, qu'en l'absence d'attaches personnelles, intenses, anciennes et stables en France et alors que M. D n'est pas dépourvu d'attaches au Tchad, le refus de séjour ne porte pas d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'arrêté constate que M. D se trouve dans le champ d'application des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant son éloignement et qu'il ne justifie pas encourir de risques pour sa vie ou sa liberté, ni d'être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Les décisions attaquées sont ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivées en droit comme en fait.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

4. En premier lieu, il ressort de la motivation circonstanciée de la décision attaquée comme de l'ensemble des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique a effectivement procédé à un examen sérieux et complet de la situation personnelle de M. D avant de prendre à son encontre la décision attaquée de refus de titre de séjour, laquelle n'avait pas à mentionner ni les différents diplômes obtenus par l'intéressé extérieurs aux études justifiant son séjour en France, ni les activités salariées accessoires exercées, ni son assiduité en cours. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée n'aurait pas été précédée d'un tel examen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. " L'article R. 433-1 du même code prévoit que : " L'étranger qui sollicite le renouvellement d'une carte de séjour temporaire présente à l'appui de sa demande les pièces prévues pour une première délivrance et justifiant qu'il continue de satisfaire aux conditions requises pour celle-ci ainsi, le cas échéant, que les pièces particulières requises à l'occasion du renouvellement du titre conformément à la liste fixée par arrêté annexé au présent code. ". Pour l'application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative, saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée par un ressortissant étranger en qualité d'étudiant, de rechercher si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études et d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies en tenant compte de l'assiduité, de la progression et de la cohérence du cursus suivi.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D, entré en France le

19 novembre 2019, s'est inscrit pour l'année scolaire 2019-2020 en première année de licence d'économie et de gestion auprès de l'université Lumière Lyon 2, où il dit avoir suivi les cours en en tant qu'auditeur libre, puis, pour le premier semestre de l'année scolaire 2020-2021, il s'est inscrit en première année de licence de géographique et aménagement à l'université de Nantes et, pour le second semestre de cette même année scolaire, en première année de licence de sociologie à l'université de Nantes. Le requérant, qui n'a validé aucune de ces années d'études, n'a pas ainsi justifié, par les seules attestations de sa présence et de son assiduité en cours, d'une progression suffisante dans ses études. Si le requérant se prévaut d'une inscription en première année de formation en finances auprès du " Paris School of Technology and Managment " pour l'année scolaire 2022-2023, et soutient avoir obtenu un diplôme d'agent de prévention et de sécurité de niveau 3 et un diplôme de sauveteur secouriste du travail, ces éléments sont soit postérieurs à la décision attaquée soit étrangers au parcours d'études pour lequel M. D avait bénéficié d'un titre de séjour en France. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne saurait en tout état de cause utilement se prévaloir de la circulaire du 7 octobre 2008 des ministres chargés de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire ainsi que de l'enseignement supérieur et de la recherche, laquelle ne comporte pas de lignes directrices, M. D n'établit pas que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, en refusant de renouveler son titre de séjour " études ", entaché sa décision d'une erreur d'appréciation du sérieux des études poursuivies dans l'application des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiante. Par suite, le moyen tiré par M. D de ces stipulations est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en qualité d'étudiant. En outre, le préfet, qui n'en avait pas l'obligation, n'a pas recherché d'office si l'intéressé serait en droit de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en une autre qualité que celle d'étudiant.

9. En tout état de cause, si M. D, célibataire et sans enfant, se prévaut d'une durée de présence en France de trois ans, de son assiduité aux cours, de son inscription auprès d'une école privée de commerce et de finance, de l'obtention de diplômes dans le domaine de la sécurité et du secourisme et de ce qu'il a travaillé en parallèle à ses études auprès de la société maître Coq en Vendée, il ne justifie pas avoir noué sur le territoire national des liens particulièrement intenses et stables. Il n'établit pas davantage être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans. Dès lors, la décision attaquée ne porte pas une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au but poursuivi. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Pour ces mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

11. Le requérant a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour. A cette occasion, il a eu la possibilité de faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de retourner dans son pays d'origine. En tout état de cause, il ne fait valoir ou ne justifie d'aucun élément relatif à sa situation qui, s'il avait été connu du préfet, aurait fait obstacle à ce que soit décidée la mesure d'éloignement attaquée ou aurait pu conduire à ne pas la décider. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

12. En second lieu, il résulte des points 2 à 9 du jugement que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. M. D n'est dès lors pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

13. Selon l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitement inhumains ou dégradants ".

14. M. D fait valoir qu'il est exposé à un risque de persécutions et de mauvais traitement au Tchad dès lors que la situation s'est dégradée depuis la chute de l'ancien dirigeant. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément susceptible d'établir qu'il serait actuellement exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à un risque de subir des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté. Par ailleurs et en tout état de cause, le requérant n'établit pas avoir indiqué au préfet de la Loire-Atlantique, préalablement à l'édiction de la décision attaquée, qu'il serait légalement admissible dans un autre pays que le Tchad.

15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, au

préfet de la Loire-Atlantique et à Me Béarnais.

Délibéré après l'audience du 1er février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 février 2023.

La présidente-rapporteur,

C. B

L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

E. GAUTHIER

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

hm

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