vendredi 21 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | MULAND DE LIK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 3 mars 2022 et le 29 août 2022, Mme B D agissant en son nom personnel et au nom de l'enfant mineur F, et M. C E, agissant au nom de l'enfant mineur F, représentés par Me Muland de Lik, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours contre la décision du 9 novembre 2021 par laquelle l'autorité diplomatique française à Kinshasa a refusé de délivrer un visa d'entrée en France à Mme B D et à l'enfant F au titre du regroupement familial ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer à Mme B D et à l'enfant F un visa de long séjour dans un délai de deux mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leur situation dans le même délai, sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 000 euros à leur verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est dépourvue de motivation ;
- la décision méconnaît l'article 47 du code civil dès lors que les documents d'état civil présentés ont bien été établis conformément à la législation congolaise ; la décision est entachée d'erreur de fait dès lors que le dossier présenté contient des actes établis conformément à la législation congolaise ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant congolais né en 1979, a obtenu une autorisation de regroupement familial du préfet de Meurthe-et-Moselle afin d'être rejoint en France par sa conjointe, Mme B D, et leur enfant F. Par une décision du 9 novembre 2021, l'autorité diplomatique française à Kinshasa, en République démocratique du Congo, a toutefois refusé de leur délivrer un visa de long séjour au titre du regroupement familial. Par la présente procédure, les requérants demandent au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté leur recours contre cette décision, reçu par la commission le 6 décembre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". L'article L. 232-4 du même code précise cependant que : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".
3. Faute pour les requérants de justifier, en application des dispositions précitées de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, de la présentation d'une demande de communication des motifs de la décision implicite, le moyen tiré de l'absence de motivation de la décision de la commission ne peut qu'être écarté.
4. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doit être réputée comme ayant fondé sa décision implicite, d'une part sur le fait que l'identité, et partant le lien de filiation des demandeurs avec M. C E, n'étaient établis ni par les documents d'état civil, ni par la possession d'état, et d'autre part sur l'absence de justification apportée au caractère partiel de la demande de regroupement familial.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". L'article L. 434-2 du même code précise : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ".
6. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Par ailleurs, sous réserve de leur régularité internationale, notamment de leur conformité à la conception française de l'ordre public international et de l'absence de fraude, les jugements rendus par un tribunal étranger relativement à l'état et à la capacité des personnes produisent leurs effets en France indépendamment de toute déclaration d'exequatur, sauf dans la mesure où ils impliquent des actes d'exécution matérielle sur des biens ou de coercition sur des personnes.
En ce qui concerne Mme B D :
8. Pour nier le caractère probant des documents produits par Mme D pour justifier de son identité et de son lien familial avec M. E, le ministre relève que l'acte de notoriété supplétif à l'acte de naissance de l'intéressée a été établi trente-six ans après sa naissance et dix ans après son mariage, que le mariage de l'intéressée n'a pu être enregistré sans présentation d'un acte de naissance et que l'ordonnance d'homologation de l'acte de notoriété, qui a été rendue le lendemain de la saisine du tribunal de grande instance de Kinshasa, l'a été sur saisine de l'officier de l'état civil de Lingwala alors que l'acte de notoriété a été dressé à Ngaliema.
9. S'agissant de la date d'édiction de l'acte de notoriété supplétif à l'acte de naissance de l'intéressée, la circonstance qu'il a été établi longtemps après la naissance et peu de temps avant la présentation de la demande de visa d'entrée en France ne suffit pas, eu égard à la fréquence des naissances sans déclaration auprès des services d'état civil de la République démocratique du Congo, à priver le document de caractère probant. De même, le fait que l'ordonnance d'homologation de cet acte de notoriété ait été rendue le 8 mars 2016, soit le lendemain de la saisine de la juridiction n'est pas de nature à remettre en cause sa régularité.
10. S'agissant de l'acte de mariage produit par la requérante, il ressort de l'article 373 du code de la famille de la République démocratique du Congo concernant les modalités de célébration du mariage et l'enregistrement du mariage, cité en défense par le ministre, que : " L'officier de l'état civil exige la remise des pièces suivantes : / 1. Un extrait de l'acte de naissance de chacun des époux ; / 2. La copie des actes accordant des dispenses dans les cas prévus par la loi ; / 3. Le cas échéant, les copies des actes constatant le consentement des parents ou du tuteur, les procurations écrites prévues par la loi " et précise que " Celui des époux qui est dans l'impossibilité de se procurer son extrait d'acte de naissance pourra y suppléer en rapportant un acte de notoriété délivré par le juge de paix de son lieu de naissance, de son domicile ou de sa résidence, conformément aux dispositions relatives à l'état civil. ".
11. Il est constant que l'acte de notoriété supplétif à l'acte de naissance de Mme D a été édicté le 26 février 2016, soit postérieurement au mariage de Mme D avec M. E célébré le 20 avril 2006 à Kinshasa. Alors que l'article 373 précité du code de la famille congolais exige la présentation d'un extrait d'acte de naissance à l'officier d'état civil, les requérants ne justifient pas avoir été en possession d'un extrait d'acte de naissance ou d'acte de notoriété supplétif d'acte de naissance de Mme D émis antérieurement à leur mariage. S'ils indiquent que l'officier d'état civil a accepté la simple présentation de la carte d'électeur de Mme D, les intéressés joignent à leurs écritures la copie d'une carte émise en 2017. Par suite, si l'identité de Mme D doit être regardée comme étant établie par les pièces du dossier, les requérants ne sont pas fondés à soutenir qu'en retenant l'irrégularité de leur acte de mariage et en refusant dès lors de tenir leur union pour établie, la commission aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne l'enfant F :
12. Pour nier le caractère probant des documents produits pour cet enfant, le ministre relève que l'acte de naissance de l'enfant, transcrit le 18 février 2016, à la suite du jugement supplétif du 13 février 2016, a été établi avant l'expiration du délai d'appel contre ce jugement. Le ministre n'indique pas toutefois quelles dispositions législatives ou réglementaires du droit congolais subordonneraient le caractère exécutoire des jugements permettant la reconstitution d'actes d'état civil à l'expiration du délai d'appel. Cette circonstance n'est donc pas de nature à remettre en cause le caractère probant de l'acte de naissance de l'enfant Mersei. Le ministre relève également que l'acte de naissance de l'enfant Mersei, qui cite la date et le lieu de naissance ainsi que la profession des parents, comporte davantage de mentions que le jugement supplétif sur lequel il est censé se fonder. Toutefois, en l'absence de toute démonstration quant au fait que de tels ajouts soient éloignés des pratiques en vigueur dans ce pays ou manifestement illégaux au vu du cadre juridique qui régit l'établissement de ces actes, cette circonstance n'ôte pas à cet acte de naissance sa valeur probante.
13. Il résulte de ce qui précède que les requérants sont bien fondés à soutenir qu'en considérant non établie l'identité et le lien de famille de l'enfant Mersei avec M. C E, la commission a commis une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le caractère partiel du regroupement familial :
14. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le regroupement familial doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'un regroupement familial partiel ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que si l'intérêt des enfants le justifie.
15. Il ressort des pièces du dossier que M. C E a sollicité un regroupement familial afin de faire venir son épouse et leur fils sans inclure dans sa demande sa fille aînée, G. Les requérants se bornent à joindre à leurs écritures en réplique au mémoire en défense du ministre une lettre de M. C E à l'OFII, au demeurant non datée et non signée, dans laquelle il indique que " pour des raisons de santé ", en raison " d'une maladie chronique " sa fille G " née le 15 janvier 2011 est actuellement en Afrique du Sud chez [s]a mère pour une thérapie et n'est donc pas concernée par la demande de regroupement familial ". Ce faisant, les requérants ne peuvent être regardés comme apportant la preuve de ce que le regroupement familial serait contraire à l'intérêt de sa fille. Dans ces conditions, en l'absence de motif tenant à l'intérêt de l'enfant de nature à justifier un regroupement familial partiel, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, refuser de délivrer le visa sollicité.
16. Il résulte de l'instruction que la commission de recours aurait pris la même décision en ne se fondant que sur le motif tiré du caractère partiel de la demande de regroupement familial, qui suffisait à lui seul à fonder la décision attaquée.
17. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions accessoires :
18. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours en contestation de la décision de refus de délivrance d'un visa d'entrée en France à Mme B D et à l'enfant F, les conclusions de la requête tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte et les conclusions relatives aux frais liés au litige doivent être rejetées par voie de conséquence.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B D et de M. C E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D, à M. C E et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 30 septembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2022.
La rapporteure,
A. ALa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026