vendredi 27 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202767 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DERBEL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, M. B A, représenté par Me Derbel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 28 octobre 2021 du consulat de France à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français ;
2°) d'annuler la décision du 28 octobre 2021 du consulat de France à Tunis (Tunisie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de conjoint de ressortissant français ;
3°) d'enjoindre aux autorités consulaires de France à Tunis de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard si la décision est annulée pour un motif de fond et, subsidiairement, d'enjoindre aux autorités consulaires de France à Tunis de lui délivrer le visa sollicité dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte si la décision est annulée pour un motif de forme ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de la commission est entachée d'une erreur de droit ;
- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1.M. A, né le 16 novembre 1982 à El Hamma (Tunisie), de nationalité tunisienne, est entré en France en 2015 sous couvert d'un titre de séjour italien pour études et s'y est maintenu illégalement jusqu'à son retour en Tunisie en 2021. Le 29 novembre 2018, le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Valence (Drôme), saisi par les services de la commune de Bourg-lès-Valence (Drôme) sur le fondement de l'article 175-2 du code civil par un courrier du 12 septembre 2018, a fait opposition à ce mariage. Par un jugement n° 19/01538 du 11 octobre 2019, le tribunal de grande instance de Valence a ordonné la mainlevée de cette opposition à mariage, au motif que la preuve de la réalité de l'intention matrimoniale des futurs époux était établie et que la seule circonstance que M. A fût en situation irrégulière ne pouvait suffire à prouver que la célébration du mariage n'avait d'autre but que l'obtention d'un titre de séjour. Le 22 février 2020, il a épousé à Bourg-lès-Valence Mme E C, de nationalité française, née le 28 juin 1970 à Valence. Le 3 décembre 2020, le préfet de la Drôme prenait un arrêté à son encontre lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. La demande de M. A d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française est refusé par les autorités consulaires françaises à Tunis par une décision du 28 octobre 2021. Par une décision du 3 février 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire. Le requérant demande au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2.En premier lieu, aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision prise par cette commission le 3 février 2022 s'est substituée à la décision des autorités consulaires françaises à Tunis du 28 octobre 2021. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.
3.En second lieu, l'article L. 312-3 du même code précise : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
4.La commission a rejeté le recours de M. A au motif qu'il existait " un faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage " dont elle estime qu'il a été " contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale, dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur ". Elle relève que les époux ne justifient pas avoir maintenu des échanges réguliers et constants depuis leur mariage intervenu le 22 février 2020, qu'ils ne justifient pas d'un projet concret de vie commune et que M. A n'établit pas participer aux charges du mariage.
5.Pour établir le caractère complaisant du mariage, le ministre de l'intérieur soutient que M. A a rencontré Mme C alors que son titre de séjour expirait peu après, qu'aucune précision n'est apportée quant aux circonstances de leur rencontre, que les services de la mairie de Valence et les services de police avaient relevé la vulnérabilité de Mme C et que les intéressés ne justifiaient pas du maintien d'échanges réguliers depuis leur mariage. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le tribunal de grande instance de Valence, dans son jugement n° 19/01538 du 11 octobre 2019 ordonnant la mainlevée à opposition au mariage, a estimé que " M. A et Mme C justifiaient de la sincérité de leur démarche ainsi que de la stabilité de leur relation depuis plusieurs années () versent notamment aux débats de nombreuses photographies, échanges de SMS et attestations de proches témoignant de la sincérité de leur démarche ainsi que de la stabilité de leur relation depuis plusieurs années ". Il ressort également des pièces du dossier que le service de protection des majeurs de l'Union départementale des associations des familles de la Drôme atteste avoir rencontré, depuis l'année 2017, M. A au domicile de Mme C à plusieurs reprises et que depuis leur mariage le requérant était présent au domicile de son épouse. Si Mme C a fait l'objet le 4 avril 2016 d'une décision du juge des tutelles du tribunal d'instance de Valence la plaçant sous curatelle d'Etat renforcée et bénéficie en outre de l'allocation aux adultes handicapés, sa tutrice ne s'est pas opposée au mariage. Le requérant joint également des photos prises en 2018, 2019 et lors du mariage en 2020. En outre, depuis le retour en Tunisie de M. A, son épouse l'a rejoint dans son pays depuis novembre 2021. Il suit de là que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
6.Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7.Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressé ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais d'instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 février 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. A le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A la somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.
Le rapporteur,
P. D
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LEGOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026