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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202771

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202771

vendredi 27 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSCHOENACKER ROSSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mars 2022, Mme C G, représentée par Me Schoenacker, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre la décision de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 27 octobre 2021 du consulat de France à Rabat (Maroc) refusant de lui délivrer un visa de long séjour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision consulaire a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision de la commission n'est pas motivée ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- la décision de la commission est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 12 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme G, née en 1953 à Sebaa Aiyoun (Maroc), de nationalité marocaine, a sollicité le 14 octobre 2021 auprès des autorités consulaires françaises à Rabat un visa de long séjour en qualité d'ascendant de français non à charge qui lui est refusé par une décision du 27 octobre 2021. Le 4 novembre 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France enregistre son recours et le rejette par une décision implicite puis par une décision explicite du 27 avril 2022.

2. En premier lieu, si le silence gardé par l'administration sur un recours gracieux ou hiérarchique fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions de l'article L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision.

3 Il résulte de ce qui précède, d'une part, que la requête de Mme G tendant à l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision du 27 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Rabat lui refusant un visa d'entrée et de long séjour en France en qualité d'ascendant de français non à charge, doit être regardée comme dirigée contre la décision explicite du 27 avril 2022 par laquelle la commission a confirmé ce refus et, d'autre part, que, cette décision dûment motivée s'étant substituée à la décision implicite initialement intervenue, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision, en méconnaissance des dispositions de L. 211-6 du code des relations entre le public et l'administration, ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du 27 avril 2022 de cette commission s'est substituée à la décision des autorités consulaires françaises à Rabat. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision consulaire ne peut qu'être écarté comme inopérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24 ".

6. Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. / Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ".

7. L'étranger désirant se rendre en France et qui sollicite un visa de long séjour en qualité de visiteur doit justifier de la nécessité dans laquelle il se trouve de résider en France pour un séjour de plus de trois mois. En l'absence de toute disposition conventionnelle, législative ou réglementaire déterminant les cas où ce visa peut être refusé, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises, saisies d'une telle demande, disposent, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent se fonder non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public, tel que le détournement de l'objet du visa, mais aussi sur toute considération d'intérêt général. Il en va ainsi des visas de long séjour sollicités en qualité d'ascendant non à charge d'un ressortissant français.

8. La commission a rejeté le recours de Mme G aux motifs qu'elle " n'apporte pas la preuve qu'elle dispose de ressources propres et régulières suffisantes pour faire face, de manière autonome, à ses frais de séjour en France. Elle ne justifie par ailleurs pas disposer d'une assurance maladie couvrant l'ensemble de ses soins de santé durant toute la durée du séjour demandé et pas seulement les évènements imprévus. () ".

9. Il est constant que Mme G ne perçoit pour toute ressource que des revenus locatifs pour un montant de 2 000 dirhams soit environ 188 euros mensuels. Si cette somme lui permet de vivre de façon décente au Maroc, elle ne justifie pas ainsi disposer des ressources suffisantes pour assumer le financement de son séjour de longue durée en France. Dans ces conditions, en rejetant la demande de visa litigieuse pour le motif précité, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation. Il résulte de l'instruction que la commission aurait pris la même décision en se fondant sur ce seul motif, qui suffisait à lui seul à justifier la décision attaquée.

10. En quatrième et dernier lieu, Mme G se prévaut d'un courrier de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du 29 octobre 2020 attribuant à son petit-fils, A D, âgé de dix ans, une allocation d'éducation de l'enfant handicapé avec un taux d'incapacité supérieur ou égal à 50 % et inférieur à 80%, et d'un certificat médical du 17 novembre 2021 émanant d'un praticien hospitalier du centre médico-psychologique de Montauban, lequel indique que la pathologie de l'enfant nécessite " des soins réguliers et soutenus ainsi qu'une présence et vigilance accrue de ses parents " et que " La venue de la grand-mère, Madame G C, semble nécessaire pour soutenir cette famille. De plus Ali est dans l'incapacité de prendre l'avion au vu de ses difficultés mais le lien entre eux est important à maintenir ". La requérante se prévaut également d'un second courrier de la MDPH de Montauban du 17 mars 2020 concernant son gendre, M. E B, à qui il est reconnu un taux d'incapacité compris entre 50% et 79% qui lui ouvre droit à une allocation aux adultes handicapés, ainsi que d'un certificat médical du 18 novembre 2021 émanant d'un médecin psychiatre qui certifie que la présence de sa belle-mère est nécessaire " sur un séjour de 6 mois de janvier 2022 à juin 2022 (aide familiale) ". Les éléments invoqués ne démontrent pas la nécessité d'un séjour de plus de trois mois alors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les la famille de la requérante serait dans l'impossibilité de lui rendre visite au Maroc ni qu'elle ne pourrait obtenir des visas de court séjour pour leur rendre visite. Dans ces conditions, la décision contestée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressée une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni, dès lors, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fins d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C G et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 janvier 2023.

Le rapporteur,

P. F

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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