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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202825

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202825

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202825
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL EDEN ROUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mars 2022 et le 5 septembre 2022, M. A D F, agissant en son nom et en tant que représentant légal des enfants B et E D, représenté par Me Leprince, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 février 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Kinshasa ayant refusé de délivrer des visas de long séjour aux enfants B et E D au titre du regroupement familial ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer un visa de long séjour aux enfants B et E D dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à venir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. D F d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'erreur de droit et méconnaît l'article 47 du code civil ;

- la décision porte atteinte à l'intérêt supérieur des enfants B et E D tel que protégé par à l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée au droit des enfants B et E D et de leur père au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Thullier substituant Me Leprince, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. D F, ressortissant de la République démocratique du Congo né en 1990, a obtenu le bénéfice du regroupement familial par une décision du préfet de la Seine-Maritime du 13 novembre 2019 au bénéfice de B D et E D, qu'il présente comme ses enfants. Par sa requête, M. D F demande au tribunal d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté son recours, réceptionné le 13 décembre 2021, formé contre la décision de l'autorité diplomatique française à Kinshasa du 18 octobre 2021 refusant de délivrer aux enfants E et B D un visa de long séjour au titre du regroupement familial.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Il ressort des écritures du ministre de l'intérieur en défense que la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est réputée se fonder sur le caractère non établi de l'identité et de la filiation des deux enfants avec M. D F.

3. Aux termes de l'article L. 434-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à compter du 1er mai 2021 : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ". L'article L. 434-2 du même code précise : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : / 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; / 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". L'article L. 434-3 de ce code ajoute que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ". D'après l'article L. 434-4 du même code : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. "

4. Lorsque la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour un motif d'ordre public. Figure au nombre de ces motifs l'absence de lien conjugal ou de lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre.

5. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.

6. Le requérant produit deux jugements du tribunal pour enfant de Kinshasa Ngaliema du 12 mars 2019 ordonnant à l'officier d'état civil de la commune de Ngaliema la transcription de la naissance des enfants E D et B D, nés le 17 mai 2009 de l'union de M. A D F et de Mme G C. Il produit également deux actes de naissance et deux copies intégrales d'acte de naissance établis le 17 avril 2019 par l'officier d'état civil de la commune de Kinshasa Ngaliema, sur lesquels figurent les nom, prénom, date et lieu de naissance des deux enfants de façon identique aux mentions figurant dans les jugements supplétifs.

7. Contrairement à ce que fait valoir le ministre de l'intérieur, la circonstance que les deux jugements supplétifs aient été établis dix ans après la naissance des enfants ne suffit pas à démontrer leur caractère frauduleux, eu égard à l'objet même d'un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance, qui supplée l'absence de déclaration d'une naissance dans les délais prévus par la loi. Par ailleurs, la circonstance que M. D F ait produit dans le cadre de sa demande de regroupement familial des attestations de naissance dressées le 3 juillet 2017 par le bourgmestre de la commune de Ndjili n'est pas davantage de nature à conférer aux jugements supplétifs du 12 mars 2019 un caractère inauthentique, ni à priver de caractère probant les actes de naissance dressés par transcription de ces jugements. Dans ces conditions, et dès lors que les mentions biographiques figurant dans ces attestations, comme dans les jugements supplétifs, les actes de naissance et les copies intégrales d'acte de naissances des deux enfants sont concordantes, le requérant est bien fondé à soutenir qu'en refusant de tenir pour établies l'identité et la filiation de ses enfants E et B D, la commission a commis une erreur d'appréciation.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. D F.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa des enfants du requérant. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à M. D F en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours de M. D F est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa des enfants E et B F dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. D F une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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