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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202838

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202838

mardi 23 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLE ROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mars 2022, M. C D A, représenté par Me Le Roy, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 septembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer la situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- Elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une mise en demeure a été adressée le 16 décembre 2022 au préfet de la Loire-Atlantique.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Degommier, président-rapporteur,

- et les observations de Me Le Roy, avocate de M. A, en présence de ce dernier.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D A, ressortissant guinéen né le 10 février 2002 à Conakry, déclare être entré irrégulièrement en France en janvier 2018, sans en apporter la preuve. Il a été placé sous la tutelle du président du conseil départemental de la Loire-Atlantique par une ordonnance du 4 avril 2018 du tribunal de grande instance de Nantes. Par la suite, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour, à titre principal, sur le fondement de l'article L. 313-11, 2° bis du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 423-22 du même code, et à titre subsidiaire, sur le fondement des articles L. 313-11, 7° et L. 313-15 du même code, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, aux articles L. 423-23 et L. 435-3 du même code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 27 septembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne en outre les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A. Ainsi, et dans la mesure où le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation individuelle de l'intéressé, la décision contestée satisfait aux obligations mises à la charge de l'administration par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen global de la situation de M. A, en particulier au regard de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur de droit.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".

5. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou entre dans les prévisions de l'article L. 421-35 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, le préfet ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

6. Pour refuser à M. A le titre de séjour sollicité, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A a débuté sa scolarité en 2018 au sein de la Maison familiale rurale de Clisson dans le cadre du dispositif d'initiation aux métiers en alternance (DIMA) et a obtenu un certificat de formation générale. Au titre de l'année 2019/2020, il s'est inscrit en première année de certificat d'aptitude professionnelle (CAP) constructeur bois au lycée professionnel Michelet à Nantes. Les bulletins scolaires des deux premiers semestres font état de résultats satisfaisants et d'un comportement sérieux. Toutefois, à compter du 3ème trimestre et au cours de la 2ème année de CAP en 2020/2021, les résultats scolaires de M. A ont nettement baissé, ce dernier ayant obtenu au cours du 1er semestre 2020/2021 une moyenne générale de 8,82/20, avec 61 heures d'absences et des mises en garde pour son travail, son comportement, ses retards et ses absences tandis qu'au cours du 2ème semestre 2020/2021, 48h30 d'absences et 5 retards ont été constatés. S'il fait valoir que cette situation est due à la pandémie de COVID-19, cette circonstance n'est pas suffisante à justifier ni le défaut d'assiduité relevé par certains de ses enseignants tout au long de l'année 2020/2021, ni son manque de motivation observé lors de son stage effectué chez " WPH BATIMENT ". Ainsi, en dépit de témoignages d'enseignants attestant de son sérieux, et de l'avis favorable de sa structure d'accueil, le préfet a pu, sans entacher sa décision d'une erreur d'appréciation, refuser de lui délivrer le titre de séjour sollicité en se fondant sur la circonstance qu'il ne justifiait pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Et aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. M. A était présent sur le territoire français depuis trois ans à la date de la décision attaquée. Son séjour est donc récent. Par ailleurs, il se prévaut d'avoir développé des attaches personnelles en France. Toutefois, il est célibataire et sans enfant et s'il produit des attestations de proches, en particulier celles rédigées par Mme B, ces documents ne permettent pas à eux seuls de caractériser une intégration particulièrement intense, durable et stable. L'arrêté attaqué relève en outre que M. A a été interpellé le 3 juillet 2021 pour rébellion, ce qui n'est pas contesté. En outre, les contrats de travail et les bulletins de paie qu'il verse aux débats sont récents et insuffisants à caractériser une insertion professionnelle durable et stable sur le territoire français. Enfin, il n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles et culturelles dans son pays d'origine. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a obligé M. A à quitter le territoire français, qui vise ces dispositions, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation particulière, dès lors que la décision de refus de titre de séjour était elle-même suffisamment motivée. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit ainsi être écarté.

11. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et fait également état d'éléments concernant la biographie et la situation personnelle de M. A, notamment le fait qu'il est de nationalité guinéenne. En outre, la décision litigieuse précise que le requérant n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'il risquerait d'y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme. Enfin, et en tout état de cause, cette décision n'a pas à mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé dont l'administration a connaissance et qu'elle a pris en considération, mais seulement ceux sur lesquels elle entend fonder sa décision. Par suite, cette décision est suffisamment motivée tant en droit qu'en fait.

13. Eu égard notamment à cette motivation, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A au regard des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit également être écarté. Au surplus, M. A n'apporte aucun élément tendant à démontrer que sa vie ou sa liberté seraient menacées en cas de retour dans son pays d'origine, ou qu'il risquerait d'y être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Le Roy.

Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Degommier, président,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Martel, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2023.

Le président-rapporteur,

S. DEGOMMIERL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

L. FRELAUT

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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