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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202847

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202847

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202847
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 mars 2022, M. A C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne le faisant pas bénéficier, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant le bénéfice de l'admission exceptionnelle au séjour prévue par l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 3 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 13 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant algérien né le 29 août 2002, déclare être entré irrégulièrement en France le 6 août 2017, quelques jours avant d'atteindre ses quinze ans. Par une ordonnance de mise sous tutelle du 28 septembre 2017, il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique. Déclaré en fugue le 9 janvier 2018, sa prise en charge a été interrompue le 14 juin 2018. L'intéressé ayant demandé à être repris en charge en juillet 2019, une nouvelle ordonnance de mise sous tutelle a été prise à son égard le 30 octobre 2019 le confiant à nouveau au service d'aide sociale à l'enfance de Loire-Atlantique. Le 30 juillet 2021, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-22 et L. 435-1 du code séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le préfet a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a désigné l'Algérie comme pays de destination. Par la présente requête, M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signé par Mme B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme B à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. L'arrêté attaqué, en tant qu'il porte refus de séjour, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ainsi que les articles L. 423-22, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision attaquée indique que la situation du demandeur, de nationalité algérienne, est régie non par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais par l'accord franco-algérien et mentionne des circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, notamment sa scolarisation en " CAP cuisine " à compter du 2 septembre 2020, la fin à sa scolarité en janvier 2021 et son admission dans un restaurant pédagogique depuis le 13 avril 2021. Ainsi et dans la mesure où le préfet n'est pas tenu de faire état de l'ensemble des éléments propres à la situation individuelle de l'intéressé, la décision attaquée satisfait à l'obligation de motivation énoncée par l'article L. 211-5, cité ci-dessus, du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de refus de séjour doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française ". D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : / () 5 Au ressortissant algérien () dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. () "

6. Les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives aux différents titres de séjour qui peuvent être délivrés aux étrangers en général et aux conditions de leur délivrance s'appliquent, ainsi que le rappelle l'article L. 110-1 du même code, sous réserve des conventions internationales. En ce qui concerne les ressortissants algériens, les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régissent d'une manière complète les conditions dans lesquelles ils peuvent être admis à séjourner en France et à y exercer une activité professionnelle ainsi que les règles concernant la nature des titres de séjour qui peuvent leur être délivrés. Il en résulte que les dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatives aux conditions dans lesquelles peut être délivrée la carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à l'étranger recueilli par l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens. Toutefois, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Comme il a été dit, M. C a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique, une première fois, par une ordonnance du juge des tutelles du 28 septembre 2017, soit avant son âge de seize ans, une seconde fois, par une nouvelle ordonnance de mise sous tutelle du 30 octobre 2019, soit avant son âge de 18 ans. Il ressort également des pièces du dossier que M. C, après avoir commencé un contrat de qualification professionnelle dans un établissement de restauration rapide à Nantes, contrat qui n'est pas allé au-delà de la période d'essai du fait de l'employeur, s'est inscrit au titre de l'année 2020-2021 en première année de " CAP cuisinier " au lycée hôtelier Daniel Brottier à Bouguenais. Il a toutefois abandonné sa formation à la fin du premier trimestre. Bénéficiant d'un contrat jeune majeur, il a pu intégrer, en avril 2021, le restaurant pédagogique " l'Atelier des Saveurs ", situé à Rezé, géré par le service territorial éducatif et d'insertion qui dépend de la direction de la protection judiciaire et de la jeunesse. Il a pu travailler dans cet établissement en cuisine et au service en salle. Sa période de travail s'est cependant achevée le 31 août 2021 de sorte qu'à la date de la décision attaquée, l'intéressé ne justifiait plus du suivi d'une formation. S'il se prévaut de l'avis rendu par sa structure d'accueil sur son parcours de mineur isolé, avis qui loue son attitude, sa motivation pour apprendre et s'insérer, son respect des règles et son ouverture aux autres, et produit aussi quelques attestations positives d'autres jeunes qui l'ont fréquenté, il est constant qu'il n'a acquis, au terme de son parcours, aucune qualification professionnelle. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour dans le cadre de l'exercice du pouvoir discrétionnaire mentionné au point 6, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. M. C fait valoir sa présence en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée ainsi que sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en sa qualité de mineur isolé puis de jeune majeur. S'il se prévaut également de ses relations amicales en France, les quatre attestations peu circonstanciées qu'il produit ne suffisent pas à démontrer qu'il aurait noué en France des relations intenses, stables et anciennes. En outre, s'il allègue ne plus avoir d'attaches en Algérie, il n'accompagne cette affirmation d'aucune explication. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but poursuivi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En cinquième lieu, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il est loisible au préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Pour les mêmes raisons que celles exposées aux points 7 et 9, la situation de M. C ne caractérise pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels. Ainsi, le préfet de la Loire-Atlantique, qui dispose en la matière d'un large pouvoir d'appréciation, n'a pas commis d'erreur manifeste dans son appréciation de la situation du requérant en ne délivrant pas à l'intéressé un titre de séjour à titre de régularisation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

12. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée au requérant, ayant été écartés, M. C n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 12 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. C entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

15. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

cnd

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