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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202909

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202909

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202909
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 semaines - 1ère chambre
Avocat requérantDAHANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 mars 2022, le 2 mai 2022, le 25 juillet 2022 et le 6 septembre 2022, M. E B, représenté par Me Dahani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 22-197 du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'annuler l'arrêté n° 22-202 du 4 mars 2022 par lequel le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à Allonnes (Sarthe), pour une durée maximale de 45 jours ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à l'effacement de son inscription au fichier SIS ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de procéder à un nouvel examen de sa situation dans les 48 heures suivant la notification de la décision à rendre et de lui délivrer, sans délai et sous astreinte, une autorisation provisoire de séjour ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas assez motivée ;

- le droit d'être entendu a été méconnu ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;

- l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est méconnu ;

- c'est à tort que, pour caractériser le risque de soustraction à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, le préfet retient que M. B n'a pas sollicité de titre de séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de fait et d'un défaut d'examen ;

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire a été signé par une autorité incompétente ;

- il est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de délai volontaire ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen et d'une méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 septembre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 juillet 2022.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président,

- les observations de Me Dahani, avocate de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, enregistrée le 6 septembre 2022 à 16 h 02 mn, a été présentée par M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant de la république du Surinam né en 1990 dans ce pays, a été incarcéré au centre pénitentiaire de Lorient, puis à la maison d'arrêt du Mans, du 25 février 2021 au 7 mars 2022. Par les arrêtés du 4 mars 2022 dont il demande l'annulation, le préfet de la Sarthe, d'une part, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, cette obligation fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office, et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans et, d'autre part, l'a assigné à résidence à Allonnes (Sarthes) pendant une durée de 45 jours.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. Par un arrêté du 4 novembre 2021, régulièrement publié le 4 novembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Sarthe, le préfet de la Sarthe a donné délégation à M. Zabouraeff, secrétaire général de la préfecture de la Sarthe, signataire des arrêtés attaqués, à l'effet de signer de tels arrêtés, en toutes les décisions qu'ils comportent. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit, en toutes ses branches, être écarté.

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour prendre les arrêtés attaqués, le préfet de la Sarthe, méconnaissant l'étendue de sa compétence d'appréciation, se serait abstenu d'examiner la situation du requérant, dont il ressort de la motivation de ces arrêtés qu'elle a été examinée.

4. L'arrêté n° 22-197 du 4 mars 2022 comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé de faire obligation de quitter le territoire français à M. B de quitter le territoire français. Il en résulte que cette décision est motivée.

5. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son incarcération à la maison d'arrêt du Mans le 25 novembre 2021, M. B a été entendu le 10 février 2022 par les services de police sur sa situation au regard du séjour et informé à cette occasion de l'éventualité qu'à l'issue de son incarcération il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement avec fixation notamment du Surinam comme pays de renvoi. M. B a fait part de ses observations sur une telle éventualité. Il a également, le même jour, complété une fiche individuelle de renseignement sur sa situation personnelle et familiale. Il en résulte que M. B a été mis à même de faire connaître de manière utile et effective son point de vue avant l'adoption de la mesure d'éloignement en litige, et l'a d'ailleurs fait connaître. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

7. Aux termes de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () / La circonstance qu'un étranger mentionné aux 1° à 5° a été condamné définitivement à une peine d'emprisonnement ferme au moins égale à cinq ans ne fait pas obstacle à ce qu'il bénéficie des dispositions du présent article. ".

8. Le requérant fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français et non d'une mesure d'expulsion. Sa situation ne relevant pas du champ d'application de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ce dernier est inopérant.

9. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / () ". En outre, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () ".

10. M. B, né le 2 décembre 1990, a atteint l'âge de treize ans le 2 décembre 2003. S'il soutient avoir résidé habituellement sur le territoire français, en Guyane, dès l'âge d'un an, il ne l'établit pas par ses seules affirmations et il ne justifie pas non plus de la date ou de l'époque de son arrivée sur ce territoire. En outre, s'il présente des certificats scolaires selon lesquels il était inscrit sur les registres d'un établissement scolaire à Saint-Laurent-du-Maroni du 7 septembre 1999 au 27 juin 2003 et a fréquenté un collège dans la même localité en classe de 6ème de 2003 à 2004, il ne ressort toutefois pas du dossier qu'il serait justifié d'une résidence habituelle en France avant le 3 décembre 2003, compte-tenu, notamment, de la localisation de Saint-Laurent-du-Maroni par rapport au Surinam. S'il justifie par ailleurs de sa présence sur le territoire français à plusieurs reprises après le 3 décembre 2003, ainsi entre 2004 et 2009 de même qu'en 2010 et 2018, il avait alors plus de treize ans. Il en résulte que le requérant ne justifie pas résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

11. Pour décider l'obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe s'est fondé tout d'abord sur la circonstance que, si M. B s'était vu délivrer par le préfet de la Guyane une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 26 mai 2016 au 25 mai 2017, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français à l'issue de cette durée, sans demander le renouvellement de son titre de séjour.

12. Si le requérant soutient avoir demandé le renouvellement de ce titre de séjour, les éléments dont il fait état et les pièces qu'il présente, selon lesquels il aurait sollicité le renouvellement de ce titre de séjour en 2018, ne sont pas de nature à établir la réalité d'une telle demande, qui ne ressort pas du dossier. S'il ressort des pièces du dossier que M. B avait sollicité le 24 novembre 2020 du préfet du Morbihan la régularisation de sa situation, cette demande, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, ne constituait pas une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dès lors, il n'est pas établi qu'en retenant que le requérant n'a pas demandé le renouvellement de son titre de séjour, le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur de fait.

13. Le 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permet au préfet de faire obligation de quitter le territoire français à l'étranger, ne résidant pas régulièrement en France depuis plus de trois mois, dont le comportement constitue une menace pour l'ordre public. Ni ce texte, ni aucun autre, notamment pas la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier, ni aucun principe, ne subordonne dans un tel cas la légalité d'une telle décision de retour à la condition d'une menace affectant un intérêt fondamental de la société. En outre, la situation de M. B, qui n'est pas citoyen de l'Union européenne ni membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, au sens des dispositions de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne relève pas des prévisions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été condamné le 31 mai 2018 par une juridiction pénale française à une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an avec sursis assorti d'une mise à l'épreuve en répression de faits d'importation non autorisée de stupéfiants-trafic, transport non autorisé de stupéfiants, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants, acquisition non autorisée de stupéfiants, emploi non autorisé de stupéfiants, détention de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant) sans document justificatif régulier : fait réputé importation en contrebande de marchandise dangereuse pour la santé publique (stupéfiant), usage illicite de stupéfiants - trafic de complicité et transport non autorisé de stupéfiants en complicité. Ces faits ont été commis en 2016. Le requérant, avait, antérieurement, été condamné le 27 novembre 2017 à une peine d'un mois d'emprisonnement en répression de faits de recel de bien provenant d'un délit. Par un arrêt du 30 mars 2021, la chambre d'application des peines de la cour d'appel de Rennes a révoqué le sursis avec mise à l'épreuve prononcé le 31 mai 2018, confirmant, ce faisant, une décision du juge de l'application des peines de Lorient du 5 novembre 2020. Ultérieurement et le 1er septembre 2021, le tribunal judicaire de Lorient a, alors que l'intéressé se trouvait incarcéré, condamné M. B à une peine de six mois d'emprisonnement en répression de faits d'usage illicite de stupéfiants en récidive, transport non autorisé de stupéfiants en récidive, détention non autorisée de stupéfiants en récidive et offre ou cession non autorisée de stupéfiants en récidive, peine assortie d'une interdiction de séjour de cinq ans dans le département du Morbihan. Compte tenu de la nature et du caractère réitéré des faits ainsi commis et qui ne sont pas anciens, et quand bien même l'intéressé s'est bien comporté en détention ainsi que l'a observé le juge de l'application des peines du tribunal judiciaire de Lorient dans son ordonnance du 9 novembre 2021 octroyant à M. B la libération sous contrainte sous le régime de semi-liberté à compter du 25 novembre 2021, le préfet de la Sarthe, qui n'a pas présumé que le comportement de cet étranger constitue une menace pour l'ordre public, a pu légalement et sans erreur de droit ni d'appréciation estimer que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public.

15. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. Le requérant se prévaut de la circonstance que sa mère, ressortissante du Surinam, née en 1973, réside régulièrement en France, dans le département de la Guyane. Il présente une carte de séjour temporaire, valable du 9 décembre 2020 au 8 décembre 2021, qui lui avait été délivrée par le préfet de la Guyane. En outre, son père, ressortissant du Surinam né en 1965, réside également en Guyane et il est titulaire d'une carte de résident, valable jusqu'au 8 février 2029. Le requérant a également, selon ses déclarations, sept demi-frères ou demi-sœurs, dont quatre, nés à Cayenne en 2000, 2002, 2005 et 2009, sont de nationalité française. Toutefois, M. B, âgé de 31 ans à la date des arrêtés attaqués, est célibataire et il n'a personne à sa charge. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait à la charge habituelle ou effective de l'un quelconque des membres de sa famille résidant dans le département de la Guyane ou en France métropolitaine. Il ne justifie pas d'une vie familiale effective et habituelle avec ces membres de sa famille. Ceux des membres de sa famille résidant sur le territoire français peuvent lui rendre visite hors de France, notamment au Surinam, en particulier son père et sa mère, qui sont ressortissants de cet Etat. Le requérant ne vit pas de manière habituelle avec son père et sa mère, qui habitent à Cayenne alors que pour sa part il est établi en France métropolitaine depuis, selon ses déclarations, 2016 et il n'apporte aucune justification quant à ses relations avec ses parents. En outre et comme il a été dit, quand bien même M. B a été inscrit sur les registres d'une école primaire en Guyane du 7 septembre 1999 au 27 juin 2003, puis y a fréquenté un collège de 2003 à 2004, de 2005 à 2006 et de 2006 à 2007, ainsi qu'un lycée polyvalent à Saint-Laurent-du-Maroni en 2007/2008 et 2008/2009, l'ancienneté et la continuité du séjour de l'intéressé en France ne ressortent pas du dossier et il n'a été titulaire d'un titre de séjour que de mai 2016 à mai 2017, période après laquelle il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Le requérant ne justifie pas en quoi il ne pourrait poursuivre son existence ailleurs qu'en France, en particulier au Surinam, pays dont il a la nationalité, quand bien même il n'y aurait plus d'attaches familiales. En outre, il est l'auteur des faits déjà mentionnés à raison desquels il a fait l'objet de condamnations pénales, lesquels faits ne sont pas sans gravité. Il ne justifie pas d'une entrée régulière sur le territoire français et, au 4 mars 2022, il s'y maintient, au regard des règles relatives au séjour des étrangers, irrégulièrement depuis plusieurs années. Rien ne fait obstacle à ce qu'il puisse valoriser ailleurs qu'en France les compétences professionnelles acquises en France, à savoir en 2010 un brevet d'études professionnelles de techniques du gros œuvre du bâtiment, en 2018 un titre professionnel d'agent magasinier, en 2018 un certificat d'aptitude à la conduite en sécurité, outre une formation d'opérateur en façonnage pendant quatre jours et en cours d'incarcération. Il ne ressort pas du dossier, eu égard aux faits ayant justifié les condamnations pénales dont il a fait l'objet, que le requérant aurait effectivement exercé ou cherché à exercer des activités en lien avec les compétences acquises en France avant l'incarcération. Enfin, si le requérant fait état de son intégration sur le territoire français, il n'y justifie pas d'une intégration particulière, notamment au regard des faits ayant donné lieu à la répression pénale déjà mentionnée. Dès lors, compte tenu de l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant sur le territoire français, le préfet de la Sarthe a pu légalement, sans porter au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision et sans en conséquence méconnaître l'article 8 précité, lui faire obligation de quitter le territoire français.

17. Si le requérant soutient, sans expliciter en quoi ce moyen se distinguerait de celui tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que l'obligation de quitter le territoire français attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle mesure d'éloignement sur la situation personnelle de l'intéressé.

18. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est illégal en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

19. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

20. Compte tenu de ce qui a été dit au point 14 ci-dessus, le préfet de la Sarthe a pu légalement et sans erreur d'appréciation considérer, pour l'application du 1° de l'article L. 612-2 précité, que le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public et, pour cette seule raison, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire.

21. Si le requérant, qui ne soutient néanmoins pas qu'il entendrait exécuter spontanément l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet et qui s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant près de quatre ans avant son incarcération à compter du 25 février 2021, soutient qu'à tort le préfet de la Sarthe a estimé qu'il existe un risque qu'il se soustraie à cette obligation, il résulte toutefois de l'instruction que le préfet de la Sarthe aurait pris la même décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire au seul motif, fondé sur le 1° de l'article L. 612-2 précité, que le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public. Il en résulte qu'en toutes ses branches, le moyen tiré d'une inexacte application du 3° de cet article est inopérant.

22. Il résulte de ce qui a été dit quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office est illégale en raison de l'illégalité de cette obligation.

23. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. ".

24. Si le requérant allègue, sans l'établir, ne pas parler la langue du Surinam, sans indiquer laquelle au juste, l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne subordonne pas la désignation comme pays du renvoi de celui dont l'étranger a la nationalité à la condition que ce dernier connaisse ou pratique une langue déterminée. Dès lors que M. B est ressortissant du Surinam, le préfet de la Sarthe a pu, sans méconnaître cet article, compter le pays dont le requérant a la nationalité au nombre des destinations possibles en cas d'éloignement d'office. Si le requérant soutient que la désignation de ce pays méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation, il ne précise pas en quoi les moyens ainsi soulevés se distingueraient de ceux de même nature soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors et pour les mêmes raisons que déjà énoncés aux points 16 et 17 de la présente décision, le moyen tiré de ce que le préfet n'a pu légalement compter le Surinam au nombre des destinations en cas d'éloignement d'office doit être écarté.

25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ". L'article L. 613-2 de ce code dispose : " () les décisions d'interdiction de retour () sont motivées. ".

26. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité du refus d'accorder au requérant un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de retour est illégale du fait de l'illégalité de ce refus.

27. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit, par ailleurs, faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision, une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

28. En l'espèce, l'arrêté attaqué vise notamment les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Rappelant le refus d'octroyer un délai de départ volontaire, elle indique qu'une interdiction de retour est prononcée et indique, ce faisant, le cas susceptible de justifier une telle mesure comme les éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels le préfet a arrêté, dans son principe, cette interdiction de retour. En outre, le préfet, pour interdire le retour, s'est également fondé sur la menace que la présence du requérant sur le territoire français représente sur l'ordre public et indique les raisons pour lesquelles cette présence doit, selon le préfet, être regardée comme une telle menace. En outre, l'obligation de motiver la décision portant interdiction de retour n'implique pas de faire expressément mention de l'absence de circonstances humanitaires. Dès lors, l'interdiction de retour d'une durée de deux ans faite au requérant est régulièrement motivée.

29. Ne ressort pas du dossier l'existence de circonstances humanitaires. Dès lors, en faisant interdiction au requérant de retourner sur le territoire français, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu le second alinéa de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

30. Ainsi qu'il a déjà été dit, le préfet a pu légalement estimer que la présence de M. B sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Les membres de sa famille résidant sur le territoire français, en particulier ceux résidant en Guyane et de nationalité surinamienne, peuvent se rendre hors de France, en particulier au Surinam, pour rendre visite à l'intéressé hors de France. Le requérant ne justifie d'aucune circonstance particulière, distincte de convenances ou choix personnels, rendant nécessaire son retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans, dont d'ailleurs l'arrêté attaqué a fixé le point de départ à sa notification et non à l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet de la Sarthe n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant la durée de l'interdiction de retour.

31. Si le requérant soutient que l'interdiction de retour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il se borne à ce titre à renvoyer au moyen de même nature dirigé contre l'obligation de quitter le territoire français. Dès lors et pour les raisons déjà énoncées au point 16 de la présente décision, ce moyen doit être écarté.

32. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Sarthe, en prononçant à l'encontre du requérant une interdiction de retour d'une durée de deux ans, aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences d'une telle mesure de police sur la situation personnelle de l'intéressé.

33. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". Aux termes de l'article L. 732-2 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées. ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée. ".

34. Aux termes de l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / () ". L'article L. 733-2 dispose : " L'autorité administrative peut, aux fins de préparation du départ de l'étranger, lui désigner, en tenant compte des impératifs de la vie privée et familiale, une plage horaire pendant laquelle il demeure dans les locaux où il réside, dans la limite de trois heures consécutives par période de vingt-quatre heures. / () ". Selon l'article R. 733-1 : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

35. L'assignation à résidence, qui est une mesure alternative au placement en rétention dans des locaux administratifs ne relevant pas de l'administration pénitentiaire, a pour but de permettre à l'administration de s'assurer de la personne obligée de quitter le territoire français, de vérifier qu'elle prend des dispositions en vue de son départ, de prévenir le risque de soustraction à l'exécution de cette obligation, comme de permettre, le cas échéant, l'exécution forcée de cette mesure d'éloignement. Mesure par nature restrictive de la liberté d'aller et de venir, cette restriction formant son objet même, les modalités contraignantes dont elle est assortie doivent être nécessaires, adaptées et proportionnées aux objectifs ainsi poursuivis.

36. Contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition n'impose au préfet, pour motiver une mesure d'assignation à résidence, de justifier, dans cette motivation, d'un risque de fuite. L'article L. 731-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concerne le cas du placement en rétention de l'étranger assigné à résidence, régit le placement en rétention mais non l'assignation à résidence. En l'espèce, l'arrêté attaqué du 4 mars 2022 comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a décidé d'assigner son destinataire à résidence. Il en résulte que cette décision est régulièrement motivée.

37. L'arrêté attaqué du préfet de la Sarthe n° 22-202 du 4 mars 2022 assigne le requérant à résidence à une adresse à Allones qui correspond au domicile d'un membre de sa famille, en obligeant M. B à se présenter " avec ses effets personnels " chaque semaine, les lundi, mercredi et vendredi, à 11 h, au commissariat central du Mans. Elle astreint l'intéressé à demeurer chaque jour à cette adresse de 13 heures à 16 heures, y compris les dimanches et les jours fériés et chômés et l'autorise à circuler sur le périmètre de la commune d'Allonnes.

38. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure l'assignant à résidence est illégale en raison de l'illégalité de ces décisions.

39. Si le requérant soutient que la mesure d'assignation décidée à son encontre le 4 mars 2022 méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il se borne toutefois sur ce point à une critique de portée générale et dénuée de toute précision, sans justifier d'une circonstance quelconque, tirée des nécessités de sa vie privée et familiale, qui pourrait impliquer que, dans la durée de 45 jours de cette assignation à résidence, il ne réside pas à l'adresse qui lui est prescrite chaque jour de 13 heures à 16 heures, ou qu'il ne se présente pas, trois fois par semaine, à l'hôtel de police du Mans ou qu'il circule, sauf les nécessités de cette présentation, en dehors de la commune d'Allonnes, alors d'ailleurs que l'arrêté attaqué réserve la possibilité de circuler hors de cette commune, avec sauf-conduit alors préalablement délivré par l'administration. En l'absence d'une quelconque justification de cette nature, le requérant n'est pas fondé à prétendre que cette mesure d'assignation porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance de l'article 8 précité.

40. Si une mesure d'assignation d'un étranger faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai tend, en particulier, à prévenir que l'étranger se soustraie à l'exécution de cette mesure d'éloignement et ainsi à prévenir un risque de fuite, la légalité d'une telle mesure, à ce titre préventive, ne saurait être subordonnée à la démonstration de la certitude de la réalisation d'un risque de fuite et n'est d'ailleurs pas subordonnée par l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la preuve d'un risque de fuite. En l'espèce, le requérant n'apporte aucun élément propre à établir qu'il entendrait spontanément et de son plein gré exécuter l'obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. Il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français pendant plusieurs années avant son incarcération, alors qu'il était titulaire d'un titre de séjour dont, en dépit de ses allégations, il n'avait pas demandé le renouvellement. Les faits en raison desquels il a été incarcéré sont graves et, compte tenu de leur nature et de leur réitération, sont propres à établir une menace pour l'ordre public n'ayant pas pris fin avec la levée de l'incarcération ou la décision du juge de l'application des peines du 9 novembre 2021 octroyant une libération sous contrainte sous le régime de semi-liberté. C'est précisément parce que le requérant détient un passeport en cours de validité et dispose d'un domicile à Allonnes chez un membre de sa famille qu'à bon droit le préfet en a déduit qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire français en attente de son exécution d'office, alors que l'éloignement demeure une perspective raisonnable, l'assignation à résidence étant alors, et sans erreur d'appréciation, justifiée pour mettre en œuvre la décision d'éloignement. Il en résulte que le moyen tiré d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

41. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Sarthe n° 22-197 du 4 mars 2022 ni, par les moyens qu'il soulève, l'arrêté de ce préfet n° 22-202 du même jour.

Sur les frais liés au litige :

42. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet de la Sarthe et à Me Dahani.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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