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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202913

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202913

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202913
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantJEANNETEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 7 mars 2022, le 25 octobre 2022 et le 22 décembre 2022, M. C D, représenté par Me Jeanneteau, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ou, à défaut, de l'abroger ;

3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an et à défaut une autorisation provisoire de séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans le mois du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de lui délivrer un titre de séjour méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- sa situation n'a pas été examinée ;

- une erreur de fait a été commise ;

- l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une lettre du 21 décembre 2022, les parties ont, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, été informées de ce que la décision paraît susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'abrogation de l'arrêté attaqué et un délai de quinze jours leur a été imparti pour présenter leurs observations sur le moyen ainsi communiqué.

Par un mémoire, enregistré le 22 décembre 2022, M. D a présenté des observations en réponse à la communication d'un moyen relevé d'office.

Il soutient que les conclusions tendant à l'abrogation de l'arrêté attaqué sont recevables.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A de Baleine, président,

- les observations de Me Jeanneteau, avocate de M. D,

- les observations de M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant sénégalais né en 1984, s'est marié au Sénégal le 30 avril 2017 avec une ressortissante française et ce mariage a été transcrit en 2019 dans les registres de l'état civil français. Il est arrivé sur le territoire français le 5 mai 2019 muni d'un passeport en cours de validité revêtu d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité de conjointe de cette française jusqu'au 1er mai 2020. Un second titre de séjour en la même qualité lui a été délivré au titre de la période du 27 octobre 2020 au 26 octobre 2021. M. D a demandé le renouvellement de ce titre de séjour en se prévalant de sa qualité de père de l'enfant né à Cholet le 9 février 2020 de son union avec cette ressortissante française, enfant de nationalité française. Par l'arrêté du 20 janvier 2022 dont M. D demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande et assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue ce délai. L'intéressé ayant été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est sans objet.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. ll résulte de l'instruction que le préfet de Maine-et-Loire a, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation, examiné la situation personnelle de M. D.

3. Faute de préciser en quoi résideraient les erreurs sur la matérialité des faits de l'espèce dont serait affecté l'arrêté attaqué, le requérant ne met pas le tribunal à même d'apprécier le bien-fondé du moyen tiré d'une erreur de fait, qui n'est assorti d'aucune précision.

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. / Cette obligation ne cesse de plein droit ni lorsque l'autorité parentale ou son exercice est retiré, ni lorsque l'enfant est majeur. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est le père du jeune B, né le 9 février 2020 à Cholet et dont la mère est l'épouse du requérant. Cet enfant, français et mineur, réside en France. Il en ressort également que le requérant a exercé des violences conjugales à l'encontre de son épouse le 9 octobre 2020 et que la communauté de vie a cessé. Cet enfant réside à Cholet avec sa mère, le requérant résidant pour sa part à un autre domicile à Cholet. Il a, dans sa demande de titre de séjour, indiqué être divorcé ou séparé.

6. Si le requérant présente des tickets de caisse non nominatifs postérieurs au 30 octobre 2021 ainsi qu'un bon de facturation d'un salon de coiffure daté du 16 octobre 2021, outre des tickets de caisse nominatifs ou des factures nominatives d'achat postérieurs à l'arrêté attaqué, il n'établit pas, par de tels documents, contribuer effectivement à l'entretien de l'enfant depuis sa naissance, le 9 février 2020. Des photographies, non datées, présentées de l'intéressé avec l'enfant et des témoignages de tiers, datés des 19 et 20 janvier 2022 et rédigés en termes convenus, n'établissement pas une contribution effective à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance. Si le requérant se prévaut également de la circonstance qu'il a saisi le juge aux affaires familiales d'Angers d'une requête tendant à ce que soit fixé un droit de visite et d'hébergement de l'enfant au bénéfice de son père, le document présenté est daté du 29 septembre 2022. Dès lors, c'est par une exacte application et sans erreur d'appréciation que le préfet de Maine-et-Loire a estimé que M. D n'établit pas contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant depuis sa naissance et qu'en conséquence, il ne remplit pas les conditions ouvrant droit à la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an prévue par l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Aux termes de des stipulations de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. / () ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

8. Il ressort des pièces du dossier que l'enfant né à Cholet le 9 février 2020 réside dans cette localité avec sa mère, qui en assure à titre habituel et effectivement l'entretien, la garde et l'éducation. Il en résulte que l'obligation faite au requérant de quitter le territoire français n'a pas pour effet de priver cet enfant de la présence de la personne en assurant effectivement et habituellement l'entretien, la garde et l'éducation. Si le requérant soutient voir l'enfant et s'en occuper toutes les semaines, en particulier en fin de semaine, il ne l'établit pas, alors qu'il n'est pas divorcé de la mère de l'enfant, que la communauté de vie avec son épouse a cessé au moins depuis le mois d'octobre 2020 et qu'il ne ressort pas du dossier qu'à l'époque de l'arrêté attaqué il aurait engagé de quelconques diligences en vue de faire déterminer les modalités d'une contribution effective de sa part à l'entretien et à l'éducation de cet enfant comme de l'exercice à son égard de l'autorité parentale. Il ne ressort pas non plus du dossier qu'une telle obligation exposerait cet enfant à un risque particulier pour sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation. Dès lors, elle ne méconnaît pas l'intérêt supérieur de cet enfant et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

10. Il ressort des pièces du dossier que le séjour du requérant en France, remontant au mois de mai 2019, est récent, alors qu'il est âgé de 37 ans. Il est séparé au moins depuis le mois d'octobre 2020 de son épouse, à l'égard de laquelle il a exercé des violences ayant justifié le 11 octobre 2020 un placement sous contrôle judiciaire. En l'absence d'une communauté de vie habituelle avec son épouse et leur enfant, il ne justifie pas contribuer effectivement et habituellement à l'entretien, la garde et l'éducation de cet enfant et n'a, à l'époque de l'arrêté attaqué, entrepris aucune diligence en vue de faire fixer des modalités d'exercice de l'autorité parentale. Son épouse et l'enfant peuvent lui rendre visite ailleurs qu'en France, notamment au Sénégal où ils se sont mariés le 30 avril 2017 et il peut solliciter des visas à l'effet de se rendre en France auprès d'eux et en particulier de l'enfant. Il ne ressort pas du dossier que M. D ne pourrait poursuivre sa vie personnelle au Sénégal, où il a vécu pendant environ 35 ans, où résident ses parents et où il s'est marié en 2017. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour de l'intéressé en France, le préfet n'a pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours et en comptant le Sénégal au nombre des destinations en cas d'éloignement d'office à l'issue de ce délai.

11. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les conclusions à fin d'abrogation :

12. Il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir d'abroger des décisions individuelles refusant la délivrance d'un titre de séjour et assortissant ce refus d'une obligation de quitter le territoire français, décisions dont il lui appartient d'apprécier la légalité à la date à laquelle elles ont été prises. Il est loisible à l'étranger de saisir l'autorité compétente d'une demande tendant à l'abrogation de telles décisions ainsi qu'à un nouvel examen de sa situation de séjour, notamment pour se prévaloir de circonstances postérieures à cette date. Il en résulte qu'il ne peut être fait droit aux conclusions subsidiaires de la requête tendant à l'abrogation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Jeanneteau.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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