mercredi 2 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202920 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | GOZLAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 mars 2022 et le 29 août 2022, M. B A D et Mme F E épouse A D, représentés par Me Gozlan, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite née le 18 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions du consul général de France à Beyrouth (Liban) du 28 septembre 2021 rejetant leurs demandes de visas de long séjour présentées en qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant de nationalité française ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de leur délivrer les visas sollicités, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que les informations communiquées pour justifier des conditions du séjour sont complètes et fiables ;
- la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions de délivrance d'un visa de long séjour " ascendant à charge " ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A D et Mme F E épouse A D, ressortissants libanais nés respectivement le 5 février 1949 et le 19 février 1963, ont présenté des demandes de visas de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Beyrouth, en qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant français. Par deux décisions du 28 septembre 2021, ces autorités ont refusé de délivrer les visas sollicités. Par une décision implicite née le 18 janvier 2022, dont M. A D et Mme E épouse A D demandent au tribunal l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ces décisions consulaires.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. L'accusé de réception du recours administratif préalable obligatoire de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France indique : " En l'absence d'une réponse expresse de la commission dans un délai de deux mois à compter de la date de réception du recours mentionnée ci-dessus, le recours est réputé rejeté pour les mêmes motifs que ceux de la décision contestée (CAA de Nantes, 17 novembre 2020, n°20NT00588). ". Il en résulte que pour rejeter les demandes de visa de long séjour présentées par les requérants, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, qui s'est appropriée le motif des décisions consulaires du 28 septembre 2021, s'est fondée sur le caractère incomplet et/ou non fiable des informations communiquées pour justifier les conditions du séjour.
3. M. et Mme A D soutiennent qu'à l'appui de leurs demandes de visa de long séjour fondées sur leur qualité d'ascendant à charge d'un ressortissant français, M. H A D leur fils, ils ont fourni à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France toutes les indications et pièces nécessaires de nature à démontrer leur dépendance économique vis-à-vis de leur fils, et notamment ses fiches de paye, ses avis d'imposition mentionnant le versement régulier de sommes au profit des requérants ainsi que les pièces comptables justifiant de la situation déficitaire de la société exploitée par M. A D au Liban. En outre, pour justifier spécifiquement leurs conditions de séjour et d'hébergement, les intéressés ont toujours indiqué être accueillis par ce fils, qui est propriétaire d'un appartement de type 3 comprenant trois chambres et dont le revenu mensuel s'élève à plus de 3 200 euros selon les bulletins de paie produits. Dans ces conditions, et alors que le ministre ne conteste pas ces arguments, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en retenant ce motif.
4. L'administration peut toutefois faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
5. Pour établir que la décision contestée était légale, le ministre de l'intérieur invoque un autre motif tiré de ce que M. et Mme A D ne justifient pas de leur qualité d'ascendants à charge d'un ressortissant français dès lors qu'ils n'établissent pas qu'ils se trouvent dans un état d'indigence au Liban.
6. Lorsqu'elles sont saisies d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour présentée par un ressortissant étranger faisant état de sa qualité d'ascendant à charge de ressortissant français, la commission de recours peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne saurait être regardé comme étant à la charge de son descendant, dès lors qu'il dispose de ressources propres lui permettant de subvenir aux besoins de la vie courante dans des conditions décentes, que son descendant de nationalité française ne pourvoit pas régulièrement à ses besoins ou qu'il ne justifie pas des ressources nécessaires pour le faire.
7. Les requérants exposent que la société dirigée par M. A D au Liban ne lui procure plus de revenus. Ils produisent à cet égard deux reçus de déclarations d'impôt sur le revenu des sociétés au titre des années 2019 et 2020 auprès du ministre des finances libanais ainsi qu'un document établi par l'expert-comptable de la société qui certifie que les résultats de la société sont déficitaires depuis trois exercices mais qui ne comporte aucune indication sur les salaires de M. A D. Toutefois, il est constant que Mme E épouse A D n'exerce aucune activité professionnelle. En outre, il ressort des pièces du dossier que les intéressés sont locataires depuis 2019. Cet état d'indigence est enfin confirmé par le maire de la commune de résidence des requérants qui atteste que les seules ressources des consorts A D sont constituées des sommes versées par leur fils. La circonstance que Mme A D a sollicité la délivrance d'un visa de court séjour en 2018 sans indiquer être à charge de son fils, avant la crise économique et financière de son pays, ne remet pas en cause l'absence de ressources des requérants au Liban à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de procéder à la substitution de motifs demandée par le ministre.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. A D et Mme E épouse A D sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A D et Mme E épouse A D d'une somme globale de 1 200 euros en application de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les refus de visas d'entrée en France née le 18 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A D et Mme E épouse A D une somme globale de 1 200 (mille deux cents) euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A D, à Mme F E épouse A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
M.-P. GL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. C La greffière,
C. GUILLAS
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026