vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202922 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | REGENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 mars 2022, Mme D B épouse C, agissant tant en son nom personnel qu'en qualité de représentante légale de l'enfant mineur A C, représentée par Me Regent, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 20 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision en date du 4 novembre 2021 de l'autorité consulaire française à Beyrouth (Liban) leur refusant des visas d'entrée et de séjour en qualité de visiteurs ;
2°) à titre principal, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer les visas sollicités dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de
100 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire, de réexaminer la demande dans le délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de la commission de recours a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en l'absence de preuve de la réunion et de la régularité de la composition de cette commission ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation au sens des dispositions de l'article L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors notamment qu'elle ne fait pas mention des stipulations de l'article 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'ils disposent des ressources suffisantes pour couvrir la durée de leur séjour, que son époux s'engage à leur verser une somme mensuelle pendant leur séjour et que sa sœur peut les héberger voire participer aux frais de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à l'objet du séjour envisagé qui vise à permettre de scolariser son fils en France ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Regent, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D B épouse C, ressortissante libanaise, née le 27 novembre 1969, a sollicité auprès du consul général de France de Beyrouth (Liban) la délivrance de visas de long séjour pour son fils, A C, et pour elle, en qualité de " visiteurs ". L'autorité consulaire leur a opposé un refus par une décision en date du 4 novembre 2021. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a, par une décision du 20 janvier 2022 rejeté le recours formé contre la décision consulaire et maintenu le refus de visas. La requérante demande au tribunal d'annuler cette décision de la commission de recours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : 1° Des documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° () des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs, d'une part, à l'objet et aux conditions de son séjour et, d'autre part, s'il y a lieu, à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement () ". Aux termes de l'article L. 312-2 du même code : " () Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour. La durée de validité de ce visa ne peut être supérieure à un an. () ". Aux termes de l'article L. 426-20 du même code : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. / Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour () ".
3. Il résulte de ces dispositions que d'une part, lorsqu'elle est saisie d'une demande tendant à la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de visiteur, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France peut légalement fonder sa décision de refus sur la circonstance que le demandeur ne justifie pas des moyens d'existence suffisants pour faire face aux dépenses liées à son séjour en France.
4. D'autre part, l'administration peut, indépendamment d'autres motifs de rejet tels que la menace pour l'ordre public, refuser la délivrance d'un visa, qu'il soit de court ou de long séjour, en cas de risque avéré de détournement de son objet, lorsqu'elle établit que le motif indiqué dans la demande ne correspond manifestement pas à la finalité réelle du séjour de l'étranger en France. Elle peut à ce titre opposer un refus à une demande de visa de court séjour en se fondant sur l'existence d'un risque avéré de détournement du visa à des fins migratoires. En revanche, un tel motif n'est pas de nature à justifier un refus de visa de long séjour en qualité de visiteur, qui permet de séjourner en France pendant une durée supérieure à trois mois et de solliciter, le cas échéant, avant l'expiration de la durée du visa, la délivrance d'un titre de séjour. Toutefois, dans l'hypothèse où le motif de la demande d'un visa de long séjour visiteur est de s'installer durablement en France, ce visa peut être refusé si l'administration établit que l'étranger n'est manifestement pas susceptible de remplir les conditions lui permettant d'obtenir le titre de séjour qui lui sera nécessaire après la période couverte par le visa.
5. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter les demandes de visas litigieuses, la commission de recours s'est fondée sur le motif tiré de l'absence de preuve que Mme B et son fils disposent de ressources suffisantes pour couvrir les frais de toute nature durant leur séjour en France, et de ce fait, de l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa, " d'autant qu'Amjad est scolarisé en France depuis le 4 septembre 2021 ", sous couvert d'un visa de court séjour.
6. Mme B fait valoir que son fils et elle justifient de tels moyens leur permettant de financer leur séjour en France. Elle produit pour l'établir un relevé bancaire de son époux présentant un solde créditeur au 1er novembre 2021 de 15 286 dollars, un relevé bancaire d'un compte bancaire français au nom de Mme B mentionnant un montant de 22 833 euros au
15 décembre 2021. Par ailleurs, elle produit une " attestation d'hébergement " et une " attestation d'hébergement et de prise en charge financière " pour " une période de longue durée ", rédigées par sa sœur demeurant à Antibes (Alpes-Maritimes) respectivement les 25 septembre 2021 et 12 décembre 2021. Par suite, en l'absence de contestation sérieuse du ministre en défense sur la réalité des moyens de la requérante, Mme B justifie disposer des ressources suffisantes pour couvrir les frais de toute nature pendant la durée de leur séjour. Dans ces conditions, en retenant l'insuffisance des ressources de la demandeuse pour refuser de délivrer les visas de long séjour demandés, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions citées au point 2.
7. Toutefois, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
8. Le ministre, dans son mémoire en défense, communiqué à la requérante, fait valoir que Mme B, disposant déjà de visas court séjour, souhaite obtenir des visas long séjour pour s'installer en France avec son dernier fils, scolarisé en France, alors que ses deux autres enfants étudient déjà en France et de ce fait, que sa demande constitue un détournement de l'objet des visas long séjour " visiteurs ".
9. Si Mme B admet qu'elle sollicite des visas long séjour à la place des visas court séjour déjà obtenus précédemment afin, au regard de la " situation catastrophique au Liban " de scolariser son fils A en classe de 5ème au sein d'un collège français et de se " rapprocher de ses deux fils qui étudient actuellement en France ", il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne remplirait pas les conditions lui permettant d'obtenir un titre de séjour à l'issue de la période couverte par le visa. Par suite, la demande de substitution de motif opposée par le ministre de l'intérieur en défense ne peut être accueillie.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision contestée.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement implique, eu égard aux motifs qui le fondent, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des demandes de visa dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais d'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement à Mme B de la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France en date du 20 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen des visas sollicités, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B une somme de 1 200 euros (mille deux cents euros) au titre de l'article L. 761 1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La rapporteure,
M.-A. RONCIERE
La présidente,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026