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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2202926

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2202926

jeudi 19 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2202926
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantFRANZA-MAZAURIC

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de M. B, qui contestait la décision du ministre de l'intérieur du 5 août 2021 déclarant irrecevable sa demande de réintégration dans la nationalité française. Le tribunal a jugé que la décision ministérielle était suffisamment motivée et que le requérant ne remplissait pas la condition de résidence en France, ni ne justifiait d'une activité professionnelle pour le compte de l'État français ou d'un organisme d'intérêt particulier, conformément aux articles 24-1 et 21-26 du code civil. La solution retenue est le rejet de la requête, confirmant ainsi la légalité de la décision attaquée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires respectivement enregistrés les 4 mars et 22 avril 2022 et le 10 janvier 2024, M. A B, représenté par Me Franza-Mazauric, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 5 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré irrecevable sa demande de réintégration dans la nationalité française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire droit à sa demande de réintégration sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision ministérielle attaquée est entachée d'un défaut de motivation, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 et L.211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ; il est né en Algérie à une date à laquelle l'Algérie faisait partie de la République française ; ayant perdu sa nationalité française en 1962, il sollicite sa réintégration conformément aux dispositions des articles 24 et 24-1 du code civil et est, de ce fait, dispensé de la condition d'âge et de stage ; le ministre ne peut lui opposer la condition de résidence, présente à l'article 21-26 du code civil dès lors qu'il est né français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il remplit l'ensemble des conditions exigées par l'article 19-3 du code civil et par l'ordonnance du 21 juillet 1962, pour être réintégré dans la nationalité française ; il a formulé une telle demande de réintégration dans la nationalité française ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2023, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-8 du code de justice administrative, M. B n'a pas élu domicile dans le ressort du tribunal ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 10 juin 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution ;

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en octobre 1954, demande l'annulation de la décision du 5 août 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a déclaré irrecevable sa demande d'acquisition de la nationalité par réintégration.

Sur le moyen tiré du défaut de motivation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'". Il ressort des termes de la décision du 5 août 2021, qui vise l'article 21-26 1° du code civil que, pour rejeter la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur, qui n'avait pas à énoncer l'ensemble des éléments qu'il a pris en considération mais uniquement ceux sur lesquels il a entendu fonder sa décision, s'est fondé sur le motif tiré de ce que le postulant, qui n'exerce pas une activité pour le compte de l'Etat français ou d'un organisme présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française, ne remplit pas la condition de résidence telle que précisée à l'article 21-26 1° du code civil. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 24-1 du code civil : " La réintégration par décret peut être obtenue à tout âge et sans condition de stage. Elle est soumise, pour le surplus, aux conditions et aux règles de la naturalisation ". Aux termes de l'article 21-16 du même code : " Nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation ". Enfin, aux termes de l'article 21-26 du même code : " Est assimilé à la résidence en France lorsque cette résidence constitue une condition de l'acquisition de la nationalité française : / 1° Le séjour hors de France d'un étranger qui exerce une activité professionnelle publique ou privée pour le compte de l'Etat français ou d'un organisme dont l'activité présente un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française () ".

4. Ces dispositions imposent à tout candidat à l'acquisition de la nationalité française de résider en France. Si les personnes demandant leur réintégration ne sont pas soumises à l'obligation de stage, elles doivent cependant résider sur le territoire français et y avoir fixé durablement le centre de leurs intérêts familiaux à la date à laquelle il est statué sur leur demande où, à défaut, remplir l'une des conditions alternatives à la résidence prévues par l'article 21-26 du code civil, tenant notamment à l'exercice d'une activité présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française. Lorsque l'une de ces conditions n'est pas remplie, le ministre est tenu de refuser la réintégration, la demande étant alors déclarée irrecevable.

5. D'une part, à la date de la décision attaquée, il est constant que M. B résidait en Algérie, pays dont il est ressortissant, et n'avait donc pas sa résidence en France au sens des dispositions précitées de l'article 21-16 du code civil. D'autre part, le ministre de l'intérieur soutient, sans être contesté par le requérant, qui n'apporte aucune précision sur son activité professionnelle, que ce dernier n'établit pas travailler dans un organisme présentant un intérêt particulier pour l'économie ou la culture française au sens des dispositions de l'article 21-26 du code civil. Par ailleurs, la circonstance invoquée par le requérant, qui ne conteste pas avoir perdu la nationalité française en 1962, selon laquelle il serait né en Algérie et remplirait l'ensemble des conditions exigées par l'article 19-3 du code civil et par l'ordonnance du 21 juillet 1962 pour être réintégré dans la nationalité française est, à cet égard, indifférente. Il résulte de ce qui précède que le requérant ne remplit ni les conditions fixées par l'article 21-16 du code civil ni celles prévues à l'article 21-26 de ce même code permettant d'assimiler certaines situations à la résidence en France. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation, ni d'erreur de droit, que le ministre a constaté l'irrecevabilité de sa demande de réintégration pour le motif précité au point 2.

6. En troisième et dernier lieu, et dès lors que le ministre était tenu de déclarer irrecevable la demande de réintégration formulée par M. B, comme cela a été dit au point précédent, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui, en outre, est dépourvu de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé, est inopérant et doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée par le ministre de l'intérieur, que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur et à Me Franza-Mazauric.

Délibéré après l'audience du 5 juin 2025 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2025.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre d'Etat, ministre de l'intérieur

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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