mercredi 18 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202936 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | PERROT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 mars 2022, M. D C, représenté par Me Perrot, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 juin 2021 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé la cessation des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'OFII, à titre principal, de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive, à compter du jour où il aurait dû en bénéficier, soit depuis l'enregistrement de sa demande d'asile, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du présent jugement, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 200 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice d'incompétence ;
- n'est pas suffisamment motivée dès lors que l'OFII n'indique pas le motif d'une cessation totale alors qu'une cessation partielle était possible et vise l'article R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'existe pas ;
- est entachée d'un vice de procédure :
° dès lors qu'il n'a pas bénéficié de l'entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité ;
° en ce qu'elle méconnait les dispositions de l'article R. 551-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile ;
- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation de vulnérabilité et méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors que l'OFII s'est estimé en situation de compétence liée ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation de vulnérabilité ;
- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ainsi que le principe de dignité humaine.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
Par décision du 5 janvier 2022, la section administrative du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 4 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 28 mai 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant guinéen né en 1994, déclare être entré en France le 15 octobre 2020. Il a accepté le 2 novembre suivant l'offre de prise en charge proposée par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Il a fait l'objet le 7 décembre 2020 d'un arrêté du préfet de Maine-et-Loire prononçant son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile et a été assigné à résidence. Le 6 avril 2021, un procès-verbal de carence a été établi pour non-respect de la mesure d'assignation à résidence. Il a ensuite été considéré en fuite. Par un courrier du 18 mai 2021, l'OFII lui a notifié son intention de mettre totalement fin aux conditions matérielles d'accueil et l'a invité à transmettre ses observations dans un délai de quinze jours. Par une décision du 11 juin 2021, dont M. C demande l'annulation, l'OFII a prononcé la cessation des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable () / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'Etat. La durée de validité de l'attestation est fixée par arrêté du ministre chargé de l'asile. / () ". Aux termes de l'article L. 744-1 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, () sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction en vigueur à la date de l'acceptation de l'offre de prise en charge : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / () ". Selon l'article L. 744-7 de ce code : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () / 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ". Enfin, l'article L. 744-8 du même code dispose : " Outre les cas, mentionnés à l'article L. 744-7, dans lesquels il est immédiatement mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, () ".
4. En premier lieu, par une décision du 27 aout 2020, publiée sur le site Internet de l'OFII, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné à Mme A B, directrice territoriale, délégation pour signer toutes les décisions se rapportant aux missions de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment les articles L. 744-7 et
R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquels étaient applicables à la situation de M. C et mentionne que l'intéressé n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter devant elles. D'une part, la circonstance que la décision attaquée vise par erreur l'article R. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et non le D. 551-18, simple coquille, est sans incidence sur la motivation régulière de cette décision qui, au demeurant, vise également les dispositions en vigueur à la date de l'acceptation par l'intéressé de l'offre de prise en charge. D'autre part, l'article L. 744-8 de ce code, dont les dispositions sont rappelées au point 3 énonce que, dans les cas prévus par l'article L. 744-7 du même code, applicable à la situation de l'intéressé, il est mis fin de plein droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, l'OFII n'avait pas à motiver qu'il prononçait la cessation de manière totale et non partielle. La décision attaquée indiquant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, le moyen tiré de l'absence d'entretien de vulnérabilité est inopérant pour contester une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Il doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 744-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, dont les dispositions sont désormais reprises par l'article R. 551 - 23 du même code : " I.-Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'office lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. / () ".
8. M. C soutient qu'il " revient à l'OFII de démontrer qu'il a respecté les conditions procédurales prévues par l'article susvisé, prévoyant une information dans une langue comprise lors du passage au GUDA ". Toutefois, il ne ressort d'aucune pièce au dossier que l'intéressé, guinéen, ne comprendrait pas le français. Le moyen doit donc être écarté.
9. En cinquième lieu, il ne résulte pas de la motivation de la décision attaquée n'il ne ressort des pièces du dossier que l'administration n'aurait pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ou de sa vulnérabilité ni qu'elle se serait estimée en situation de compétence liée. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'erreur de droit doivent être écartés.
10. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
11. M. C ne fait valoir aucune circonstance tendant à établir une situation de vulnérabilité autre que celle intrinsèque à la qualité de demandeur d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait transmis des observations à l'OFII expliquant les raisons pour lesquelles il n'a pas exécuté l'arrêté de transfert dont il faisait l'objet. En l'absence d'éléments sur sa situation de vulnérabilité, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la méconnaissance du principe de dignité humaine et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales doivent être écartées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée y compris en ce qu'elle comporte des conclusions à fin d'injonction et une demande présentée au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Me Perrot et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 28 mai 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juin 2025.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre d'État, ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026