mardi 31 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2202965 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP GALLOT LAVALLEE IFRAH |
Vu les procédures suivantes :
I. Par une requête et un mémoire, enregistrée le 7 mars 2022 et le 23 mars 2022 sous le n° 2202965, M. G D, représenté par Me Ifrah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ou, à défaut, de l'abroger ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut et dans le même délai comme sous la même astreinte, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour n'est pas régulièrement motivé ;
- sa situation n'a pas été examinée et sa demande n'a pas été instruite ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;
- l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et le droit d'être entendu ont été méconnus ;
- cette obligation est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
II. Par une requête et un mémoire, enregistrée le 7 mars 2022 et le 23 mars 2022 sous le n° 2202966, Mme E, représentée par Me Ifrah, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2022 par lequel le préfet de la Sarthe lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ou, à défaut, de l'abroger ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler, dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut et dans le même délai comme sous la même astreinte, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- le refus de titre de séjour n'est pas régulièrement motivé ;
- sa situation n'a pas été examinée et sa demande n'a pas été instruite ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de titre de séjour méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas motivée ;
- l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et le droit d'être entendu ont été méconnus ;
- cette obligation est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas motivée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur l'Union européenne ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. D et Mme E, son épouse, pour statuer par une seule décision.
2. M. D, ressortissant arménien né en 1968 et Mme E, ressortissante arménienne née en 1967, son épouse, sont entrés sur le territoire français au mois de décembre 2019 munis de passeports en cours de validité revêtus de visas de type C valable du 26 novembre au 24 décembre 2019 délivrés le 26 septembre 2019 par les autorités polonaises. Les demandes d'asile qu'ils avaient présentées en décembre 2019 ont été rejetées par des décisions du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 mars 2020 et de la Cour nationale du droit d'asile du 24 août 2021. Avant même l'intervention de ces décisions du 18 mars 2020, M. D a demandé au préfet de la Sarthe de lui délivrer une carte de séjour temporaire en se prévalant de son état de santé ou au titre de l'admission exceptionnelle de séjour. Son épouse en a fait de même sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les arrêtés du 2 février 2022 dont les requérants demandent l'annulation, le préfet de la Sarthe a rejeté ces demandes et assorti ces rejets d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du ministre de l'intérieur du 27 octobre 2017, M. A, signataire des arrêtés attaqués, a été nommé dans l'emploi de conseiller d'administration de l'intérieur et de l'outre-mer en qualité de directeur de la citoyenneté et de la légalité de cette préfecture à compter du 26 juin 2017. Dès lors et sur le fondement des dispositions du 2° de l'article 43 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements et par un arrêté du 5 novembre 2021, le préfet de la Sarthe a pu légalement lui donner délégation de signature à l'effet de signer les actes entrant dans les attributions de la direction de la citoyenneté et de la légalité, au nombre desquels sont les obligations de quitter le territoire français et les décisions fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire ne peut qu'être écarté.
4. Les arrêtés attaqués comportent l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer des titres de séjour aux requérants. Il en résulte que ces décisions sont régulièrement motivées. Par suite et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il en va de même de celles portant obligation de quitter le territoire français. Ces arrêtés, qui visent notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 de code, constatent que les intéressés sont de nationalité arménienne et qu'il est leur est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que les décisions fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire sont, de ce seul fait, régulièrement motivées.
5. Il ressort des pièces des dossiers que le préfet de la Sarthe, qui, sans méconnaître l'étendue de sa compétence d'appréciation notamment au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, a examiné les situations des requérants avant de prendre les décisions attaquées, a procédé à l'instruction de leurs demandes de titre de séjour.
6. Les dispositions de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables aux relations régissant les rapports entre les étrangers et l'administration en matière de droit au séjour et d'éloignement des étrangers, ceux-ci étant entièrement régis par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.
7. Aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un État membre est inopérant. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
8. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que les requérants, qui ont sollicité l'asile et, avant même que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'ait statué sur ces demandes, ont demandé la délivrance de titres de séjour sur d'autres fondements, auraient vainement sollicité un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'ils auraient été empêchés de faire valoir auprès de l'administration tous éléments jugés utiles à la compréhension de leur situation personnelle et familiale, notamment tous éléments de nature à justifier qu'ils ne fassent pas l'objet de décisions de retour. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance du droit d'être entendu doivent être écartés.
9. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".
10. Il résulte des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance du titre de séjour qu'elles prévoient, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'étranger, et en particulier d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'étranger, l'autorité administrative ne peut également refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptées, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si cet étranger peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
11. S'il est saisi, à l'appui de conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus, d'un moyen relatif à l'état de santé du demandeur, aux conséquences de l'interruption de sa prise en charge médicale ou à la possibilité pour lui d'en bénéficier effectivement dans le pays dont il est originaire, il appartient au juge administratif de prendre en considération l'avis médical rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Si le demandeur entend contester le sens de cet avis, il appartient à lui seul de lever le secret relatif aux informations médicales qui le concernent, afin de permettre au juge de se prononcer en prenant en considération l'ensemble des éléments pertinents, notamment l'entier dossier du rapport médical au vu duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, en sollicitant sa communication, ainsi que les éléments versés par le demandeur au débat contradictoire.
12. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de délivrer au requérant le titre de séjour qu'il avait sollicité en se prévalant de son état de santé, le préfet de la Sarthe, faisant sien la teneur de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 décembre 2021, a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, son état de santé lui permettant de voyager sans risque vers le pays d'origine.
13. S'il ressort du dossier médical de l'intéressé que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, le requérant n'apporte aucun élément quelconque propre à établir que, contrairement à ce qu'a estimé l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 28 décembre 2021, n'existeraient pas en Arménie des possibilités de traitement permettant que son état de santé n'entraîne pas pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, par suite, des possibilités de traitement approprié. Il en résulte que c'est par une exacte application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Sarthe, qui n'a pas commis d'erreur de droit, a refusé de délivrer à M. D la carte de séjour temporaire prévue par ces dispositions.
14. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
15. Le séjour en France de la requérante, remontant au mois de décembre 2019, est récent. Elle ne justifie pas de liens personnels et familiaux intenses, anciens et stables sur le territoire français. Son époux fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français du 2 février 2022. Elle peut, avec son époux, retourner en Arménie, où elle a vécu de manière habituelle pendant plusieurs dizaines d'années et où elle s'est mariée avec cet époux en 1990, deux enfants, étant nés de ce mariage en 1991 et 1994, et aucun d'eux n'étant présent sur le territoire français. Il en résulte que Mme E n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ouvraient droit à la délivrance de la carte de séjour temporaire qu'elles prévoient et faisaient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.
16. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ".
17. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que le préfet de la Sarthe aurait, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission exceptionnelle des requérants au séjour en France, ni ne répond à des considérations humanitaires, ni ne se justifie au regard de motifs exceptionnels. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
18. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, dont les demandes d'asile ont été définitivement rejetées et dont les demandes de titre de séjour sur d'autres fondements ont été rejetées, se trouvent dans les cas prévus aux 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans lesquels le préfet peut, sans erreur de droit, obliger un étranger à quitter le territoire français.
19. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
20. Compte tenu de la durée et des conditions du séjour des requérants en France, le préfet de la Sarthe, en refusant de leur délivrer des titres de séjour et en assortissant ces refus d'obligations de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, n'a pas porté à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces décisions ont été prises. Il en résulte que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.
21. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en décidant de faire aux requérants obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de telles décisions de retour sur leurs situations personnelles.
22. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, qui sont distinctes de celles fixant la destination en cas d'éloignement d'office.
23. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par suite, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'ils présentent.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ces titres.
D É C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D et de Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G D, à Mme C E, au préfet de la Sarthe et à Me Ifrah.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. B de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
A. B DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
S. THOMAS
La greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2202965, 2202966
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026