jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203001 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BECHAUX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 8 mars 2022 et le 30 août 2022, Mme E A, agissant en son nom et en tant que représentante légale des enfants B et C F, et I H épouse F, représentées par Me Béchaux, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine du 29 juillet 2021 refusant de délivrer à Mme E A un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant français ;
2°) d'annuler la décision par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a implicitement rejeté le recours dont elle a accusé réception le 20 septembre 2021 ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de délivrer à Mme A un visa de long séjour ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elles soutiennent que :
- la décision est insuffisamment motivée en droit ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;
- la décision a été prise en méconnaissance de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la commission ne l'a pas invitée à produire les pièces manquant à son dossier concernant la souscription d'une assurance maladie ;
- la décision méconnaît le droit des enfants B et C F au respect de leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est contraire à l'intérêt supérieur des enfants B et C F et méconnaît leur droit de rejoindre le territoire national ;
- la décision est entachée d'erreur de droit en tant qu'elle fait application, à tort, des stipulations de l'article 6-4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Mme G H épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, ressortissante algérienne née en 1991, demande au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours formé contre la décision du 29 juillet 2021 de l'autorité consulaire française à Annaba et Constantine en Algérie refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité de parent étranger d'un enfant de nationalité française. Elle demande également au tribunal d'annuler la décision par laquelle la même commission a implicitement rejeté son recours, réceptionné le 20 septembre 2021. La décision explicite prise par la commission le 9 février 2022 s'étant toutefois substituée à cette décision implicite, la requête doit être regardée comme dirigée contre la seule décision explicite.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ". Ces dispositions obligent de manière générale l'administration à inviter tout demandeur à compléter sa demande lorsque celle-ci ne comporte pas toutes les pièces ou informations exigées par les textes législatifs ou réglementaires.
3. Aux termes de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour entrer en France, tout étranger doit être muni : / 1° Sauf s'il est exempté de cette obligation, des visas exigés () / 2° Sous réserve des conventions internationales, et de l'article 6, paragraphe 1, point c, du code frontières Schengen, du justificatif d'hébergement prévu à l'article L. 313-1, s'il est requis, et des autres documents prévus par décret en Conseil d'Etat relatifs à l'objet et aux conditions de son séjour et à ses moyens d'existence, à la prise en charge par un opérateur d'assurance agréé des dépenses médicales et hospitalières, y compris d'aide sociale, résultant de soins qu'il pourrait engager en France, ainsi qu'aux garanties de son rapatriement ; () ".
4. La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est fondée sur les motifs tirés de ce que l'intéressée ne pouvait se prévaloir de sa qualité de parent étranger de ressortissant français dans la mesure où aucun de ses enfants ne résident en France, qu'elle ne démontre pas qu'elle-même et ses garants disposeraient de ressources régulières et suffisantes pour vivre en France et qu'elle ne justifie pas disposer d'une assurance maladie couvrant l'ensemble de ses soins de santé pour la durée de son séjour.
5. En fondant sa décision sur le constat que Mme A " ne justifie pas disposer d'une assurance maladie couvrant l'ensemble de ses soins de santé durant toute la durée du séjour demandé ", par référence aux documents exigés notamment à l'article L. 311-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans que le ministre justifie dans le cadre de la présente instance qu'une lettre aurait été adressée à l'intéressée l'invitant à compléter son dossier en ce sens conformément à l'obligation posée à l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, la commission a méconnu ces dispositions.
6. En second lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Tout étranger souhaitant entrer en France en vue d'y séjourner pour une durée supérieure à trois mois doit solliciter auprès des autorités diplomatiques et consulaires françaises un visa de long séjour dont la durée de validité ne peut être supérieure à un an. / Ce visa peut autoriser un séjour de plus de trois mois à caractère familial, en qualité de visiteur, d'étudiant, de stagiaire ou au titre d'une activité professionnelle, et plus généralement tout type de séjour d'une durée supérieure à trois mois conférant à son titulaire les droits attachés à une carte de séjour temporaire ou à la carte de séjour pluriannuelle prévue aux articles L. 421-9 à L. 421-11 et L. 421-13 à L. 421-24. ".
7. En l'absence de toute disposition législative ou réglementaire déterminant les cas où le visa peut être refusé à un étranger désirant se rendre en France, sous réserve de l'application des stipulations de conventions internationales, et eu égard à la nature d'une telle décision, les autorités françaises disposent d'un large pouvoir d'appréciation et peuvent fonder leur décision non seulement sur des motifs tenant à l'ordre public mais sur toute considération d'intérêt général.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est la mère des enfants B et C F nés en 2017 et en 2019, de nationalité française, que son époux, M. D F, père des enfants, est décédé le 1er avril 2019 à Merouana (Algérie) et qu'elle est hébergée depuis ce décès chez ses parents à Merouana (Algérie) où ses enfants sont inscrits à la crèche. Elle soutient qu'elle souhaite scolariser ses enfants en France et que si sa propre situation est précaire, sa belle-famille qui réside en France est disposée à l'accueillir et à l'aider financièrement.
9. Si les ressources de Mme A et de sa belle-famille doivent être regardées comme insuffisantes pour couvrir les frais de son séjour en France, il ne résulte pas de l'instruction que la commission aurait pris une décision identique en se fondant sur ce seul motif.
10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 9 février 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de la requérante. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État le versement de la somme demandée en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 février 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A, à Mme G H épouse F et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026