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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203076

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203076

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203076
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation7ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, M. C D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 septembre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique à titre principal de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son avocate en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- il n'est pas établi que la signataire de l'arrêté était compétente ; l'empêchement du préfet, autorité titulaire, n'est pas établi ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il est entré en France à l'âge de 17 ans ; sa grand-mère, son frère, chez qui il est hébergé, et des oncles vivent en France ; il n'a que des liens de nature professionnelle en Espagne et justifie en outre d'un emploi régulier en France depuis novembre 2018 ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il vit continument en France depuis la fin de l'année 2017 et travaille depuis novembre 2018 ; il est inséré professionnellement en France et justifie de la présence de membres de sa famille ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays d'éloignement :

- les décisions sont illégales en raison de l'illégalité du refus de séjour.

Une mise en demeure a été adressée le 19 octobre 2022 au préfet de la Loire-Atlantique.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 31 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative ;

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,

- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant marocain né en mars 1994, a déposé, en février 2021, une demande de titre de séjour. Par des décisions du 23 septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. D demande au tribunal d'annuler les décisions du 23 septembre 2021.

2. En premier lieu, l'arrêté litigieux a été signé pour le préfet et par délégation par Mme B A, directrice des migrations et de l'intégration. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 106 du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation de signature à la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique à l'effet de signer " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration, à l'exception des arrêtés réglementaires et des circulaires aux maires ", et notamment au titre du bureau du séjour " - les décisions portant refus de séjour () assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire, d'une décision fixant le pays de renvoi, d'une décision portant sur le délai de retour volontaire () " et au titre du bureau du contentieux et de l'éloignement, " - les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire () - les décisions fixant le pays de renvoi () ". Cette délégation n'est pas subordonnée à l'empêchement du préfet de la Loire-Atlantique. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué du 23 septembre 2021 manque en fait et doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc conclu à Rabat le 9 octobre 1987 stipule que : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles () ". L'article 9 de ce même accord stipule que : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord () ".

4. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". L'article L. 426-11 du même code dispose que : " L'étranger titulaire de la carte de résident de longue durée-UE, définie par les dispositions de la directive 2003/109/ CE du Conseil du 25 novembre 2003 relative au statut des ressortissants de pays tiers résidents de longue durée, accordée dans un autre Etat membre de l'Union européenne, et qui justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir à ses besoins et, le cas échéant, à ceux de sa famille, ainsi que d'une assurance maladie obtient, sous réserve qu'il en fasse la demande dans les trois mois qui suivent son entrée en France, et sans que la condition prévue à l'article L. 412-1 soit opposable : / 1° La carte de séjour temporaire portant la mention portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "entrepreneur/ profession libérale" s'il remplit les conditions prévues aux articles L. 421-1, L. 421-3 ou L. 421-5 () / Pour l'application du présent article, sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur et, le cas échéant, de son conjoint, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. Ces ressources doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance et sont appréciées au regard des conditions de logement () ".

5. L'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. Tout d'abord, l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, traitant ainsi de ce point au sens de l'article 9 de cet accord, il fait obstacle à l'application des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers lors de l'examen d'une demande d'admission au séjour présentée par un ressortissant marocain au titre d'une telle activité. Cet examen ne peut être conduit qu'au regard des stipulations de l'accord, sans préjudice de la mise en œuvre par le préfet du pouvoir discrétionnaire dont il dispose pour apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité de délivrer à titre de régularisation un titre de séjour à un étranger ne remplissant pas les conditions auxquelles cette délivrance est normalement subordonnée, pouvoir dont les stipulations de l'accord ne lui interdisent pas de faire usage à l'égard d'un ressortissant marocain. Il suit de là que M. D ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Par ailleurs, si M. D invoque la méconnaissance des dispositions de l'article L. 426-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il indique être entré en dernier lieu en France après des séjours en Espagne au cours de l'année 2018. Il est donc constant qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour notamment " salarié " dans les trois mois suivant sa dernière entrée en France. Il suit de là que M. D n'est pas fondé, en tout état de cause, à invoquer la méconnaissance de ces dispositions.

8. Enfin, l'accord franco-marocain renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 délivré sur présentation d'un contrat de travail " visé par les autorités compétentes ", des dispositions des articles R. 5221-17 et suivants du code du travail, qui précisent les modalités selon lesquelles les éléments d'appréciation en vertu desquels le préfet se prononce, au vu notamment du contrat de travail, pour accorder ou refuser une autorisation de travail. Il est constant que si M. D a exercé des emplois en intérim, de manière discontinue, depuis la fin de l'année 2018, il n'est pas titulaire d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes conformément aux stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et des dispositions du code du travail.

9. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et des dispositions des articles L. 421-1, L. 426-11 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Par ailleurs l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

11. Si M. D déclare être entré en France en 2011 à l'âge de 17 ans, il ressort des pièces du dossier qu'il n'y a pas vécu continument et a résidé en Espagne, pays dans lequel il est titulaire d'une carte de résident longue durée. Les pièces produites n'établissent que des séjours ponctuels notamment en 2014, 2015 et 2016. Le requérant indique lui-même ne résider continument en France que depuis la fin de l'année 2018, soit depuis moins de trois ans à la date des décisions contestées. S'il fait état de la présence en France d'une grand-mère, d'un frère qui l'héberge et d'oncles, d'une part, il n'apporte aucune justification à l'appui de ces allégations et d'autre part, il n'établit ni même ne soutient être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine ou en Espagne, pays dans lequel il dispose d'un titre de séjour de longue durée. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a travaillé en intérim pour de courtes durées en France depuis la fin de l'année 2018. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu son droit à une vie privée et familiale normale et n'a donc méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

12. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, compte tenu de la durée du séjour continu en France de l'intéressé, des emplois occupés et de ses attaches privées et familiales, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas apprécié de manière manifestement erronée les conséquences de ses décisions sur la situation de M. D en ne délivrant pas à l'intéressé un titre de régularisation.

13. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 12 que M. D n'est pas fondé à invoquer par voie d'exception, à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement, le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées, ainsi par voie de conséquence que ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

M. E

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2203076

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