mercredi 29 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203124 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 mars 2022, M. A B C, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en le munissant dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à son avocat en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- il n'est pas établi que la signataire de la décision était compétente et bénéficiait d'une délégation régulière ;
- la décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen de sa situation personnelle ;
- la décision est entachée d'un vice de procédure :
o il n'est pas établi que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne comprenait pas le médecin ayant rédigé le rapport en méconnaissance des dispositions de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
o il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins était complet en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
o il n'est pas établi que l'avis du collège de médecins a été adopté collégialement en méconnaissance des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;
- la décision est entachée d'erreur de droit, le préfet s'étant estimé lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine ; le préfet se fonde probablement sur une fiche pays élaborée en 2006 quinze ans avant la décision contestée ; la fiche n'est pas précise quant aux médicaments disponibles ; le coût du traitement d'un diabète en République démocratique du Congo est très élevé sans aucun soutien financier pour les personnes malades ; la République démocratique du Congo est très affectée par des contrefaçons de médicaments ; le préfet n'invoque aucun changement de circonstance alors qu'il a bénéficié de titres de séjour en raison de son état de santé depuis quatre années ; son état de santé s'est au surplus dégradé ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il s'est intégré dans la société française, notamment par le travail, et ses liens se sont distendus avec ses enfants demeurés en République démocratique du Congo avec leur mère depuis 2009 ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle et médicale ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- la décision est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;
- la décision méconnait les dispositions du 9°) de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :
- la décision est entachée des mêmes vices de légalité externe que le refus de séjour ;
- la décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour ;
- le préfet a commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation et les conséquences d'un éventuel retour en République démocratique du Congo ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de la Loire-Atlantique a produit des pièces enregistrées le 20 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative ;
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure,
- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, représentant M. B C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né en novembre 1976, est entré en France en janvier 2015. Il a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 septembre 2015. Son recours contre cette décision a été rejeté par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 14 avril 2016. A la suite de ce rejet, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en mai 2016. Il a sollicité ultérieurement un titre de séjour en raison de son état de santé, titre de séjour qui lui a été accordé puis a été renouvelé. Il a sollicité à nouveau le renouvellement de son titre de séjour sur ce motif. Par des décisions du 25 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. M. B C demande au tribunal d'annuler les décisions du 25 octobre 2021.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".
3. Pour refuser le renouvellement du titre de séjour dont bénéficiait M. B C, le préfet de la Loire-Atlantique s'est notamment fondé sur un avis rendu le 27 mai 2021 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aux termes duquel l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale, dont le défaut peut entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, l'état de santé de M. B C pouvait lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Il ressort néanmoins des pièces du dossier que M. B C a bénéficié pendant quatre années successives, entre 2017 et 2021, d'un titre de séjour délivré en raison de son état de santé, impliquant que l'intéressé ne pouvait alors bénéficier effectivement d'un traitement approprié en République démocratique du Congo. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé souffre d'un diabète de type IB nécessitant, outre un suivi très régulier sous les trois à six mois, un traitement par insuline par plusieurs injections quotidiennes, par administration de TRESIBA(r) et NOVORAPID(r). Il ressort en particulier des ordonnances produites, établies notamment en janvier 2021, mai 2021 puis la dernière en mars 2022 qui bien que postérieure à l'arrêté attaqué révèle une situation antérieure, que le traitement du diabète cétosique dont est atteint l'intéressé n'était aucunement, à la date de la décision attaquée, stabilisé, les praticiens du centre hospitalier universitaire de Nantes ayant ainsi prescrit en mai 2021 et mars 2022 le passage hebdomadaire d'un infirmier au domicile de M. B C pour adapter au fur et à mesure les doses d'insuline devant être administrées à l'intéressé. Dans ces conditions, alors d'une part que les documents médicaux concomitants du refus de séjour attaqué soulignent le déséquilibre chronique du diabète cétosique de M. B C nécessitant des traitements importants et fluctuants, et d'autre part que les documents généraux produits par le requérant rappellent que les traitements contre le diabète sont supportés par les patients en République démocratique du Congo, M. B C est fondé à soutenir qu'en refusant de renouveler son titre de séjour, le préfet de la Loire-Atlantique, qui s'est borné à évoquer sans aucune précision une fiche pays non datée et non produite, a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
4. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête que M. B C est fondé à demander l'annulation, pour ce motif, du refus de séjour qui lui a été opposé le 25 octobre 2021, ainsi par voie de conséquence que l'annulation des décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
5. Compte tenu du motif d'annulation retenu, l'annulation prononcée par le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B C dans un délai qu'il y a lieu de fixer à deux mois une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " en application des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'y a pas lieu dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais du litige :
6. M. B C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bourgeois, avocat de M. B C, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : Les décisions du 25 octobre 2021 par lesquelles le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de renouveler le titre de séjour de M. B C, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait reconduit d'office sont annulées.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. B C une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois la somme de 1200 euros en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Echasserieau, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
M. D
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
B. ECHASSERIEAU
La greffière,
Y. BOUBEKEUR
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2203124
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026