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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203146

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203146

vendredi 30 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203146
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 7ème chambre
Avocat requérantSCP BARBARY MORICE L'HELIAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2022 et des pièces complémentaires enregistrées les 8 avril et 2 mai 2022, M. A D, représenté par Me L'Helias, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de la Mayenne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de police ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente de ce réexamen, le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté attaqué ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- la décision faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il pense pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour et il envisage de déposer une demande afin d'en obtenir un ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mai 2022, le préfet de la Mayenne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. D par une décision du 12 mai 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Kaczynski, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Kaczynski, magistrat désigné a été entendu au cours de l'audience publique du 12 septembre 2022 à 14H00.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4o La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3o ".

2. La demande d'asile de M. A D, ressortissant libérien, né le 17 novembre 1995, entré en France le 27 juillet 2019, a été rejetée par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) en date du 30 juillet 2020, confirmée par un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) en date du 17 décembre 2021. M. D demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 14 février 2022 par lequel le préfet de la Mayenne, en application du 4° de l'article L. 611-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a en conséquence fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait obligation de se présenter une fois par semaine au commissariat de police.

3. En premier lieu, par arrêté du 8 mars 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Mayenne a donné délégation à M. B C, directeur de la citoyenneté, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, notamment, les décisions portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le pays de destination et les décisions portant assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen suffisant de la situation personnelle du requérant, au vu des éléments que ce dernier a pu transmettre aux services de la préfecture. A cet égard, il ne saurait être fait grief au préfet de ne pas avoir tenu compte, dans la décision attaquée, de ce que M. D est père d'un enfant né en France le 14 juin 2021, dans la mesure où l'intéressé n'a reconnu cet enfant que postérieurement à la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales. En particulier, lorsqu'il demande l'asile, l'étranger, du fait même de l'accomplissement de cette démarche qui vise à ce qu'il soit autorisé à se maintenir en France et ne puisse donc pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement forcé, ne saurait ignorer qu'en cas de refus il sera en revanche susceptible de faire l'objet d'une telle décision. Il lui appartient, lors du dépôt de cette demande qui doit en principe faire l'objet d'une présentation personnelle du demandeur en préfecture, d'apporter toutes les précisions qu'il juge utile. En principe, il se trouve ainsi en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une mesure d'éloignement. Enfin, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'entraîner l'annulation de la décision faisant grief que si la procédure administrative aurait pu, en fonction des circonstances de fait et de droit spécifiques de l'espèce, aboutir à un résultat différent du fait des observations et éléments que l'étranger a été privé de faire valoir.

6. En l'espèce, M. D, qui ne pouvait ignorer, depuis le rejet définitif de sa demande d'asile, qu'il était susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement, n'établit ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que le droit d'être entendu n'a pas été mis en œuvre avant l'édiction de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.

7. En quatrième lieu, M. D soutient que la mesure d'éloignement méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il fait valoir à cet effet la présence en France d'un enfant, né le 14 juin 2021 et qu'il n'a reconnu que le 7 avril 2022. Toutefois, le requérant n'apporte à l'appui de sa requête aucun élément de nature à démontrer qu'il aurait entretenu des liens avec cet enfant qu'il dit être né d'une ancienne concubine, ni avoir participé à son entretien. De plus, pour démontrer l'existence en France d'un " réseau relationnel et amical ", il se borne à faire valoir qu'il est membre d'une association et qu'il a pris des cours de français. Par suite, et eu égard à la durée et aux conditions du séjour en France de M. D, la mesure d'éloignement prise à son encontre ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

8. En cinquième lieu, il ne ressort nullement des éléments du dossier que M. D remplirait les conditions légales pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit.

9. En sixième lieu, M. D soutient qu'il serait exposé au Libéria à des traitements inhumains et dégradants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, à l'appui de ce moyen, le requérant se borne à produire le récit qui accompagnait sa demande d'asile faite à l'OFPRA, le compte rendu de l'entretien mené par l'officier de protection ainsi que les deux décisions de rejet de sa demande. La réalité des risques allégués ne peut être tenue pour établi au vu de ces seuls propos. Si M. D produit à l'instance la copie d'un article d'un journal qui relate ses problèmes au Libéria, cette production ne peut être regardée comme ayant un caractère probant dans la mesure où l'intéressé n'explique ni les circonstances dans lesquelles cet article aurait été préparé par son auteur, alors qu'à la date de sa publication supposée il avait déjà quitté son pays, ni les raisons pour lesquelles l'original de cet article n'a été produit ni devant l'OFPRA, ni devant la CNDA. En outre ce texte comporte des discordances avec les propos tenus par l'intéressé lors de l'instruction de sa demande d'asile. Par suite, l'existence des risques allégués n'est pas établie.

10. En septième et dernier lieu, M. D n'ayant pas démontré l'illégalité de la mesure d'éloignement, il n'est pas fondé à en exciper pour contester la légalité de la décision lui faisant obligation de se présenter, une fois par semaine, au commissariat de police.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Mayenne et à Me L'Hélias.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

D. KACZYNSKI La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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