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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203192

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203192

vendredi 4 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantKIOUNGOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mars 2022 et le 4 octobre 2022, Mme D H, représentée par Me Kioungou, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé contre la décision en date du 10 septembre 2021 de l'autorité consulaire française à Casablanca (Maroc) rejetant sa demande de visa d'entrée et de séjour en qualité de parent étranger d'enfant de nationalité française ;

2°) d'enjoindre à l'administration de délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a justifié de l'entretien et de l'éducation de ses enfants ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme H ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme G a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme H, ressortissante marocaine, née le 1er janvier 1986, a eu avec M. E F, ressortissant français, quatre enfants qui sont de nationalité française. Tandis que les deux ainées, C, née le 1er aout 2011, et A, né le 6 aout 2013, résident avec leur père en France, où ils sont scolarisés, les deux plus jeunes, B, née le 11 septembre 2017, et Fatima, née le 27 décembre 2018, vivent avec leur mère au Maroc. Mme H a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour, auprès des autorités consulaires françaises à Casablanca (Maroc), en qualité de parent étranger d'enfants de nationalité française afin de rejoindre M. E F avec leur fille B " qu'elle souhaite scolariser en France ". Par une décision en date du 10 septembre 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision implicite née le 12 janvier 2022, dont Mme H demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme H ait demandé la communication des motifs de la décision implicite de rejet de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision implicite doit être écarté.

3. En deuxième lieu, en vertu de l'article 371-2 du code civil, chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. En conséquence, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment des ressources de chacun des deux parents et des besoins de l'enfant, la contribution financière de l'intéressé à l'entretien de son enfant français et son implication dans son éducation.

4. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa présentée par Mme H, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce que la requérante ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses enfants mineurs résidant en France à savoir les jeunes C et A depuis leur naissance ou depuis au moins deux ans à la date dépôt de la demande de visa.

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme H est bien la mère des quatre enfants mentionnés au point 2 et en particulier, des jeunes C et A, résidant en France avec leur père, ressortissant français. Toutefois, en se bornant à produire des certificats de scolarité pour l'année 2021-2022 pour ces deux ainés C et A ainsi que des photographies non circonstanciées avec deux de ses filles et des justificatifs d'achat de vêtements et de produits alimentaires dans des enseignes marocaines, sur une période allant de 2019 à 2022, concernant, au regard des tailles mentionnées sur les factures de vêtements, uniquement les deux plus jeunes filles du couple qui résident avec leur mère au Maroc, elle ne produit aucun élément probant de nature à établir qu'elle participerait à leur entretien et contribuerait à l'éducation des deux jeunes C et A.

6. En troisième lieu, comme il a été dit au point précédent, Mme H n'établit pas participer effectivement à l'éducation et à l'entretien des enfants C et A. En outre, il ressort des pièces du dossier, d'une part, que l'intéressée vit au Maroc avec ses deux dernières filles et que s'il était envisagé que l'une d'entre elles soit scolarisée en France, il n'était pas envisagé que la plus jeune rejoigne sa famille en France, et d'autre part, que M. E F et les enfants C et A seraient dans l'impossibilité désormais de la retrouver régulièrement au Maroc. Dans ces conditions, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale et n'a pas méconnu ni les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme H doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D H et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Roncière, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.

Le rapporteur,

M.-A. RONCIERE

Le président,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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