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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203195

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203195

lundi 26 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203195
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation10ème chambre
Avocat requérantMEZINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 mars 2022, M. B C et Mme E D épouse C, représentés par Me Mezine, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 12 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis (Tunisie) refusant de délivrer à M. C un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de faire procéder au réexamen de la demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à leur conseil, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée et la décision consulaire sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions méconnaissent les dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, A lors notamment que M. C est reparti volontairement en Tunisie à la suite du refus de délivrance d'un titre de séjour lui ayant été opposé ;

- elle méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par courrier du 29 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de prononcer d'office une injonction de délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Mme D épouse C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Guilloteau, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 5 décembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, s'est marié le 14 août 2019 à Béthune (Pas-de-Calais) avec Mme D, ressortissante française. Il a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française auprès de l'autorité consulaire française à Tunis, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 27 septembre 2021. La commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre ce refus consulaire par une décision implicite née le 12 janvier 2022, laquelle, en application des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à cette décision consulaire. Les requérants doivent donc être regardés comme demandant au tribunal l'annulation de la seule décision implicite de la commission.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes des dispositions de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public ". Il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'une ressortissante française dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa.

3. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur et des outre-mer que la décision attaquée est fondée sur le motif tiré du caractère frauduleux du mariage, conclu dans le seul but de faciliter l'installation du M. C sur le territoire français.

4. Pour démontrer le caractère frauduleux du mariage, le ministre fait notamment valoir que M. C, arrivé sur le territoire français à la fin de l'année 2017 ou au début de l'année 2018, déclare avoir rencontré Mme D A le mois de février 2018, et avoir emménagé avec elle le mois suivant, sans que les conditions de leur rencontre et la preuve de cette communauté de vie ne soient établies. Il ressort toutefois des pièces du dossier que le mariage des intéressés n'est intervenu qu'un an et demi plus tard, au mois d'août 2019. La circonstance que M. C ait attendu le mois de janvier 2021 pour déposer une demande de titre de séjour auprès du préfet du Pas-de-Calais ne permet par ailleurs pas de conclure au caractère frauduleux de la demande de visa. Il en va de même de ce que le couple ne vivrait que de prestations sociales, circonstance dont le ministre ne précise pas en quoi elle corroborerait l'hypothèse d'un mariage frauduleux. Enfin, les requérants justifient être restés en contact depuis le retour de M. C en Tunisie à l'été 2021 par la production d'extraits de conversation par messagerie instantanée et des preuves d'un séjour de Mme D épouse C en Tunisie. Dans ces conditions, les éléments mis en avant par l'administration ne suffisent pas à établir que le mariage aurait été conclu à la seule fin de faciliter l'établissement de M. C en France et revêtirait par suite un caractère frauduleux. A lors, les requérants sont fondés à soutenir que la décision attaquée méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que les requérants sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur l'injonction :

6. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint d'office au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme D épouse C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Mezine de la somme de 1 000 euros, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 12 janvier 2022 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à M. C le visa de long séjour sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mezine la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, Mme E D épouse C, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Mezine.

Délibéré après l'audience du 5 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2022.

Le rapporteur,

T. GUILLOTEAU

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

S. LE DUFF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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