vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203248 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DANET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mars 2022 et le 1er septembre 2022, M. E C et Mme A B C, représentés par Me Danet, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision en date du 3 février 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a confirmé la décision du 25 octobre 2021 de l'ambassade de France à Téhéran (Iran) refusant un visa d'entrée et de séjour à Mme B C au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa sollicité dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de la demande dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros au profit de leur conseil, qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- il appartiendra au ministre de l'intérieur de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qui s'est réunie le 3 février 2022 était régulièrement composée ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée au sens des dispositions de l'article
L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'aucune disposition légale ne prévoit que la validité d'un acte de mariage étranger serait conditionnée par la délivrance d'un certificat de mariage par le directeur général de l'OFPRA ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et méconnaît le principe d'unité de la famille et les dispositions des articles L. 561-2 et L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'un acte de mariage est produit, que la requérante a consenti ainsi que son père à ce mariage et que l'identité de la demandeuse de visa et son lien matrimonial, à défaut le concubinage, avec le réunifiant sont établis par la production d'actes d'état civil et par la possession d'état ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 octobre 2022 :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Bearnais, substituant Me Danet, représentant M. C, et de M. C lui-même.
Considérant ce qui suit :
1. M. E C, ressortissant afghan, né le 31 décembre 1986 à Kaboul (Afghanistan), a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 27 août 2019. Par une décision en date du 25 octobre 2021, l'ambassade de France à Téhéran (Iran) a rejeté la demande de visas de long séjour présentée par Mme A B C, son épouse alléguée, née le 1er août 1994 à Kaboul (Afghanistan) en qualité de membre de famille de bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par une décision du 3 février 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision de l'ambassade. Les requérants demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur les points en litige au vu des éléments versés au dossier par les parties. S'il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance, il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées. En soutenant que " Il appartiendra au ministre de l'intérieur de démontrer que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France qui s'est réunie pour rejeter le recours de l'intéressée, était régulièrement composée " les requérants n'apportent pas les précisions de nature à permettre au tribunal d'apprécier la teneur du moyen. Au demeurant, il ressort du procès-verbal de la réunion qui s'est tenue le 3 février 2022 que la commission était composée de quatre membres outre son président et qu'elle a ainsi siégé conformément à la règle de quorum prévue l'article D. 312-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée se réfère aux articles L. 311-1, L. 561-2 à L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle indique que, pour rejeter la demande de visa litigieuse, la commission de recours s'est fondée sur les motifs tirés, d'une part, de ce que le lien familial unissant M. C et Mme B C n'est pas établi, le mariage n'a pas été reconnu par l'Office français pour la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) " (contraire au droit local et national) " et, d'autre part, de ce qu'en l'absence d'éléments de possession d'état probants, alors que le réunifiant réside en France depuis 2016, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme n'ont pas été méconnus. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides est habilité à délivrer aux réfugiés et bénéficiaires de la protection subsidiaire ou du statut d'apatride, après enquête s'il y a lieu, les pièces nécessaires pour leur permettre soit d'exécuter les divers actes de la vie civile, soit de faire appliquer les dispositions de la législation interne ou des accords internationaux qui intéressent leur protection, notamment les pièces tenant lieu d'actes d'état civil. / Le directeur général de l'office authentifie les actes et documents qui lui sont soumis. Les actes et documents qu'il établit ont la valeur d'actes authentiques. / Ces diverses pièces suppléent à l'absence d'actes et de documents délivrés dans le pays d'origine. Les pièces délivrées par l'office ne sont pas soumises à l'enregistrement ni au droit de timbre. ".
5. M. C et Mme C C soutiennent que la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur de droit dès lors que la démonstration de l'existence du lien matrimonial entre les requérants était subordonnée à la délivrance d'un certificat de mariage par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA). Toutefois, en se bornant à soutenir, sans assortir leur moyen d'aucune précision et notamment sans viser l'article mentionné au point 4, " qu'aucune disposition légale ne prévoit que la validité d'un acte de mariage étranger serait conditionnée par la délivrance de ce certificat de mariage par le directeur général de l'OFPRA ", les requérants ne mettent pas le tribunal en mesure d'apprécier la portée de leurs écritures. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; ()". Aux termes de l'article L. 561-5 de ce même code : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis () peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. () ".
7. Le droit pour les réfugiés et titulaires de la protection subsidiaire de faire venir auprès d'eux leur conjoint et leurs enfants âgés de moins de dix-neuf ans implique que ceux-ci puissent solliciter et, sous réserve de motifs d'ordre public et à condition que leur lien de parenté soit établi, obtenir un visa d'entrée et de long séjour en France.
8. Aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ".
9. Le visa sollicité a été rejeté, ainsi qu'il a été dit au point 3, aux motifs tirés de ce que le lien familial unissant les requérants n'est pas établi en l'absence de reconnaissance par l'OFPRA de leur mariage et d'éléments de possession d'état.
10. Les requérants versent aux débats un certificat de mariage, délivré le 17 octobre 2019, faisant état de l'enregistrement du mariage musulman des intéressés le 1er février 2010 à Wazir Abad, district de Kaboul, (Afghanistan). Toutefois, ce mariage n'a pas été reconnu par l'OFPRA du fait que Mme B C au jour de la célébration du mariage avait seize ans et doit être considéré, de ce fait, comme contraire à la conception française de l'ordre public international. Le ministre relève également que ce mariage est contraire aux dispositions de l'article 71 du code civil afghan qui impose le consentement du père ou à défaut d'une décision de justice dès lors que l'intéressée était âgée de moins de seize ans au moment du mariage. Il ressort des pièces du dossier que si les requérants soutiennent qu'ils " ont célébré leur union le 1er février 2010 à Kaboul (Afghanistan) soit avant la demande de protection et la décision de la cour nationale du droit d'asile (CNDA) ", le mariage n'a été confirmé devant la cour d'appel de la deuxième zone de la province de Kaboul que le 17 octobre 2019 puis certifié par la Cour suprême de la province de Kaboul et la direction consulaire du ministère des affaires étrangères afghanes les 20 et 26 octobre 2019, soit postérieurement à la demande d'asile de M. C. Si Mme B atteste de son consentement par un courrier en date du 12 décembre 2021, soit postérieurement à la date de la demande d'asile de M. C, elle ne peut être considérée comme conjointe au sens du 1° du I de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, les attestations de proches peu circonstanciées, les échanges vidéo non datés et les rares photographies de couple, qui selon eux auraient été prises lors de leur séjour en Iran ne suffisent pas à démontrer alors même que M. C a quitté l'Afghanistan en août 2010 et est arrivé en Italie dès la fin de l'année 2010 l'existence d'une relation suffisamment stable et continue entre eux avant le dépôt par M. C de sa demande d'asile, le 19 septembre 2019. Dans ces conditions, la qualité de concubine au sens des dispositions du 2° du I de l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut pas davantage être reconnue à Mme B C. Par suite, la commission de recours n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en refusant de délivrer à l'intéressée un visa de long séjour.
11. En dernier lieu, faute d'établissement du lien familial de la demandeuse de visa avec M. C, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C et Mme B C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, leurs conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des frais liés au litige doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. C et Mme B C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et Mme B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Roncière, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
Le rapporteur,
M.-A. D
Le président,
H. DOUET
Le greffier,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026