jeudi 10 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203253 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | AMELLOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 mars 2022 et le 25 août 2022, M. F A, représenté par Me Amellou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française à Dakar refusant de lui délivrer un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de délivrer le visa d'entrée en France sollicité dans un délai d'un mois à compter du jugement à venir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Amellou en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que le délai d'instruction de sa demande de visa a été anormalement long ;
- la décision est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa demande ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision méconnaît l'article L. 752-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision crée une rupture d'égalité entre lui et son frère aîné.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 janvier 2022.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. G A, ressortissant mauritanien né en 1965, s'est vu reconnaître la qualité de réfugié par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en 2003 et réside régulièrement en France sous couvert d'une carte de résident valable jusqu'en 2024. M. F A, né en 2001, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour au titre de la réunification familiale en se présentant comme le fils de M. G A. Par sa requête, M. F A demande au tribunal d'annuler la décision du 30 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours en contestation du refus consulaire de lui délivrer un visa d'entrée en France au titre de la réunification familiale.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Si le requérant soutient que sa demande de visa a fait l'objet d'un délai d'instruction anormalement long, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait déjà contesté devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France des précédents refus implicites de délivrance d'un visa d'entrée en France, nés du silence gardé par l'autorité consulaire saisie sur de précédentes demandes. Le moyen doit dès lors, en tout état de cause, être écarté.
3. Il ne ressort pas de la lecture de la décision attaquée, qui relève notamment que " aucune demande de visa n'a été formée pour le frère cadet du demandeur et pour Mme C B A, remettant ainsi en cause le principe d'unité de famille dont s'était initialement prévalu le réfugié ", que la commission n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. A.
4. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que la commission s'est fondée pour rejeter le recours de M. A sur le motif unique tiré de ce qu'en l'absence de demande de visa formée pour le frère cadet du demandeur et pour Mme C B A, mère du demandeur et épouse du réfugié, la demande de visa de M. A avait pour effet de remettre en cause le principe d'unité de famille.
5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; / 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; / 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 561-5 du même code dispose : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
6. L'article L. 561-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile rend applicables aux procédures de réunification familiale notamment les dispositions de l'article L. 434-1 aux termes duquel : " Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées aux articles L. 434-2 à L. 434-4. Un regroupement partiel peut toutefois être autorisé pour des motifs tenant à l'intérêt des enfants. ".
7. Il résulte de ces dispositions que le regroupement familial doit concerner, en principe, l'ensemble de la famille du ressortissant étranger qui demande à en bénéficier et qu'un regroupement familial partiel ne peut être autorisé, à titre dérogatoire, que si l'intérêt des enfants le justifie.
8. Dans une attestation sur l'honneur signée le 5 avril 2022 et portant la marque d'une légalisation de signature faite le même jour, Mme C B indique avoir renoncé à bénéficier du regroupement familial afin de rester au Sénégal s'occuper de sa mère, tombée gravement malade en 2012 et de son père trop âgé pour s'occuper seul de son épouse. Elle ajoute que son fils cadet, dont le ministre soutient sans être contredit qu'il est né en 2008, était trop jeune pour qu'elle le laisse partir vivre en France. Par ailleurs, il est constant que le frère aîné du requérant, M. E A, a obtenu un visa d'entrée en France au mois d'avril 2015 et s'est vu remettre par la suite une carte de résident valable jusqu'en 2025. Dans ces conditions, la demande de M. F A, qui était âgé de 17 ans à la date d'enregistrement de sa demande de visa le 5 novembre 2018, tendant à rejoindre son père, installé en France depuis l'année 2002, et son frère aîné, impliquait que l'intéressé se sépare de sa mère et de son frère cadet, restant vivre au Sénégal. Eu égard aux attaches familiales conservées par l'intéressé au Sénégal, au temps écoulé depuis le départ de son père et au temps passé au Sénégal, c'est sans faire d'inexacte application des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que la commission a estimé qu'il n'était pas dans l'intérêt du demandeur de rejoindre son père en France, sans sa mère et sans son plus jeune frère, dans le cadre d'une réunification familiale partielle dérogatoire.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
10. Si le requérant soutient que la décision litigieuse porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, il est constant qu'en se maintenant au Sénégal, M. F A reste vivre auprès de sa mère et de son plus jeune frère. Le requérant ne démontre pas, par ailleurs, avoir entretenu des liens intenses et stables avec son père, établi en France depuis l'année 2002 ou avec son frère aîné. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.
11. Si le requérant soutient que le refus opposé par les autorités consulaires et par la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, après que son frère aîné a, lui, obtenu un visa d'entrée en France au titre de la réunification familiale, est constitutive d'une rupture d'égalité, le frère du requérant a obtenu un visa au cours de l'année 2015, soit environ trois années avant la demande de visa litigieuse, sur la base d'un dossier nécessairement différent de celui du requérant. Par suite le moyen doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 30 juin 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours de M. A contre la décision refusant de lui délivrer un visa d'entrée en France.
Sur les conclusions accessoires :
13. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête à fin d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction et celles relatives aux frais du litige doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.
La rapporteure,
A. DLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026