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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203269

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203269

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203269
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. A D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré, ainsi que la décision du préfet de la Loire-Atlantique du 10 janvier 2022 rejetant son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son conseil en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique, sous réserve pour ce conseil de renoncer à la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de son identité dans les conditions prévues aux articles R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 47 du code civil ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle indique à tort qu'il " ne mentionne aucune attache familiale " ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour les prive de base légale ;

- elles seront annulées pour les mêmes moyens que ceux soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 26 mai 2023 à 17 heures en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.

Un mémoire en réplique, présenté pour M. D par Me Rodrigues Devesas, a été enregistré le 6 juin 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Livenais, président-rapporteur,

- et les observations de Me Rodrigues Devesas, représentant M. D.

Une note en délibéré, présentée pour M. D par Me Rodrigues Devesas, a été enregistrée le 16 juin 2023 à 13 h 30, postérieurement à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant guinéen né le 27 août 2001, déclare être entré irrégulièrement en France le 5 avril 2018 et a sollicité une mesure de protection au regard de sa situation alléguée de mineur isolé. Sa demande a été, dans un premier temps, rejetée et classée sans suite le 25 avril 2018 par le procureur de la République près le tribunal de grande instance de Nantes avant qu'il ne soit pris en charge en qualité de mineur isolé par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique en exécution d'un jugement en assistance éducative rendu par le juge des enfants du tribunal de grande instance de Nantes du 2 août 2018. Le département de la Loire-Atlantique a cependant interjeté appel de cette décision du 2 août 2018, qui a fait l'objet d'une annulation prononcée par le juge des tutelles, lequel a mis fin à sa prise en charge au cours du mois d'avril 2019. M. D, s'étant maintenu sur le territoire national, a sollicité le 23 mars 2020 auprès du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 4 novembre 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté, ainsi que la décision du 10 janvier 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux contre cet arrêté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué du 4 novembre 2022 a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021 régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français avec ou sans délai de départ volontaire et fixation du pays de destination. La délégation consentie n'est pas conditionnée par l'empêchement du préfet. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision "

4. La décision attaquée énonce, avec une précision suffisante, les stipulations conventionnelles et les dispositions légales qui la fondent, en particulier la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles L. 422-1, L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, la décision attaquée indique les conditions d'entrée sur le territoire français de M. D et mentionne des éléments biographiques et les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant, notamment les circonstances dans lesquelles il a été pris en charge au titre de l'aide sociale à l'enfance et cette prise en charge a pris fin. La décision en cause comporte ainsi, contrairement à ce que soutient M. D, un énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. D soutient qu'il est entré en France au mois d'avril 2018, alors qu'il était encore mineur. Il se prévaut, d'une part, de son intégration sur le territoire français, notamment par le biais de sa scolarisation dans différents certificats d'aptitude professionnelle et de l'obtention d'une promesse d'embauche, au demeurant non datée, en contrat d'apprentissage au sein de la SARL Retailleau, et, d'autre part, des liens qu'il a pu tisser avec ses deux familles d'accueil. Toutefois, à supposer même que M. D aurait été mineur lors de son entrée en France, les circonstances selon lesquelles il a obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) " agent polyvalent de restauration collective " au titre de l'année 2019-2020 et " électricien " au titre de l'année 2020-2021 et poursuivait, à la date de la décision contestée, au titre de l'année 2021-2022 un baccalauréat professionnel " technicien froid et conditionnement " sont, à elles seules, insuffisantes pour justifier d'une insertion suffisante dans la société française. En outre, M. D, dont la présence en France était de plus de trois ans à la date de la décision attaquée, est célibataire et sans enfant, et n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie et où réside sa sœur. Enfin, si M. D verse au dossier plusieurs attestations des membres ou entourages de ses deux familles d'accueil, qui retracent, pour la plupart, le parcours scolaire du requérant et desquels il ressort que M. D participe à la vie familiale, ces attestations sont insuffisantes, par elles-mêmes, pour établir que M. D aurait durablement noué en France des liens personnels et familiaux présentant les caractéristiques définies à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, M. D n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique, qui pouvait se fonder sur le seul motif tiré du défaut d'établissement durable de sa vie privée et familiale en France pour fonder la décision contestée, aurait méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs de fait, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant à M. D la délivrance d'un titre de séjour, n'a pas porté à l'intéressé une atteinte disproportionnée au respect de sa vie privée et familiale et n'a, par suite, pas davantage méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

8. Il ressort des pièces du dossier que, pour refuser de faire droit à la demande de M. D tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé notamment sur la circonstance que l'intéressé ne justifie pas d'une entrée en France sous couvert d'un visa de long séjour, ce que M. D ne conteste pas. En outre, l'intéressé n'établit pas avoir suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et pouvoir ainsi se voir délivrer le titre de séjour sollicité, par dérogation à l'article L. 412-1 précité, sans que lui soit opposable la condition d'une entrée régulière sous couvert d'un visa de long séjour. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement, en se fondant sur ces seuls motifs, rejeter la demande de titre de séjour formée par M. D au titre de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Pour les mêmes motifs de fait que ceux rappelés précédemment et qui, à eux seuls, justifiaient le refus de régularisation exceptionnelle du droit au séjour de l'intéressé, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées en estimant que l'admission de l'intéressé au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie par des motifs exceptionnels.

Sur la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

11. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de cette illégalité, que M. D invoque à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

12. D'autre part, et à les supposer également invoqués contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination de M. D, les moyens de légalité externe et interne soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour seront rejetés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points précédents.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. D doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 16 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le président-rapporteur,

Y. LIVENAIS

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

V. ROSEMBERG

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

cnd/ell

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