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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203280

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203280

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203280
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantPOULARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. E A, représenté par Me Poulard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, le tout dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- il n'est pas établi qu'elles ont été signées par une autorité compétente ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article 47 du code civil ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mars 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er avril 202Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant guinéen né le 1er avril 1993, déclare être entré irrégulièrement en France le 9 octobre 2012. Sa demande de reconnaissance de la qualité de réfugié a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 25 novembre 2013 et un arrêt de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 1er septembre 2014. Par la suite, il a obtenu un titre de séjour, valable du 8 juin au 7 décembre 2015, en raison de son état de santé. Par un arrêté du 7 juillet 2017, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé le renouvellement de son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français. En septembre 2018, se maintenant sur le territoire national en dépit de cette mesure d'éloignement, M. A a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 et de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Cette demande a été rejetée par un arrêté du 8 octobre 2019 portant en outre obligation de quitter le territoire français. La légalité de cet arrêté a été confirmée par jugement n° 2000729 du 2 février 2021 de ce tribunal. A la suite de l'intervention de ce jugement, M. A a de nouveau sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des mêmes dispositions. Par un arrêté du 27 janvier 2022, dont il demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a pris à son encontre un troisième arrêté portant refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire Atlantique. Par arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 106 du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

4. M. A se prévaut de la durée de sa présence sur le territoire français, à savoir neuf ans et trois mois à la date de la décision attaquée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement en France en octobre 2012, que si une partie de la durée de sa présence en France s'explique par le temps d'instruction de sa demande d'asile et le titre de séjour qui lui a été délivré en qualité d'étranger malade, valable de juin à décembre 2018, après le rejet de sa demande d'asile, la durée du séjour de M. A en France résulte aussi de son maintien sur le territoire français en situation irrégulière, ce en dépit de deux mesures d'éloignement prises à son encontre les 7 juillet 2017 et 8 octobre 2019. S'il se prévaut de la stabilité de sa vie privée et familiale sur le territoire français et de l'intensité des liens qu'il y a tissés, notamment de la présence de sa concubine, Mme F A, compatriote née en 1996, et de leurs trois enfants nés en France en 2015, 2017 et 2020, dont les deux ainés sont actuellement scolarisés, il n'est toutefois pas contesté que Mme A se maintient elle aussi irrégulièrement sur le territoire français. Par ailleurs, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, la cellule familiale que M. A forme avec sa concubine a vocation à se reconstituer en Guinée, où il n'est pas allégué que les enfants du requérant ne pourraient poursuivre normalement leur scolarité. En outre, M. A, qui ne démontre aucun lien sur le territoire français en dehors de ceux précédemment décrits, ne fait pas état d'une intégration particulière en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Loire-Atlantique au regard de ces dispositions doivent être écartés.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

6. Eu égard aux motifs développés au point 4 ci-dessus et en dépit de sa volonté d'intégration et des deux expériences professionnelles, relativement courtes et anciennes, dont se prévaut M. A, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait, dans l'exercice du large pouvoir qu'il tient de ces dispositions, commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission de l'intéressé au séjour ne répond pas à des considérations humanitaires ni ne se justifie par des motifs exceptionnels. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

7. Enfin, s'agissant du moyen tiré de la méconnaissance de l'article 47 du code civil invoqué par M. A pour contester le motif tiré de ce qu'il ne justifie pas de la réalité de l'état civil qu'il allègue, il résulte de l'instruction que le préfet de la Loire-Atlantique aurait pris la même décision de refus de titre de séjour en se fondant sur les seuls motifs, légaux, développés aux points 4 et 6 du présent jugement.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, eu égard à ce qui été dit précédemment, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits de libertés d'autrui ".

10. Eu égard aux motifs énoncés au point 4 du présent jugement, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni n'a commis d'erreur manifeste d'appréciation en prenant à l'encontre de M. A une obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

11. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

12. En se bornant à soutenir, sans plus de précision, que la décision attaquée prise à son encontre l'exposerait à des traitements contraires aux stipulations et dispositions précitées en cas de renvoi dans son pays d'origine, M. A n'établit pas une telle allégation alors, au demeurant, que sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'OFPRA, confirmée par la CNDA. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations précitées en fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que, par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction et la demande présentée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, à Me Poulard et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. DLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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