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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203281

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203281

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203281
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mars 2022, M. C A, représenté en dernier lieu par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 août 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande, dans les mêmes conditions de délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant du moyen commun aux décisions attaquées :

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-3 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2023, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Par une décision du 8 février 2022, M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale. Par une décision modificative du 12 décembre 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accepté la demande de changement d'avocat présentée par Me Crabières.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C A, ressortissant malien né le 7 mars 2003, déclare être entré irrégulièrement en France le 4 janvier 2020. Le 17 janvier 2020, M. A a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance du département de la Sarthe dans le cadre d'une ordonnance de placement provisoire à l'âge de seize ans, puis à compter du 19 mai 2020 dans le cadre d'une mesure de tutelle. Il a sollicité du préfet de la Sarthe la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-3 ou de l'article L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à défaut, sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 5 août 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance ou du tiers digne de confiance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; () ". Aux termes de l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Enfin, aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. () ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'un acte d'état civil étranger, hormis le cas où le document produit aurait un caractère frauduleux. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit, en conséquence, se fonder sur l'ensemble des éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conséquences à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

4. Pour refuser à M. A la délivrance d'un titre de séjour, le préfet de la Sarthe a retenu que l'intéressé ne justifie pas de son état civil ni, par suite et au regard des dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, avoir été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et celui de dix-huit ans.

5. A l'appui de sa demande de titre de séjour, M. A a produit un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu le 10 octobre 2018 par le tribunal de grande instance de la commune IV du district de Bamako, le volet n°3 de l'acte de naissance dressé en transcription de ce jugement par un officier d'état civil le 17 octobre 2018 ainsi qu'un extrait d'acte de naissance dressé le 24 octobre 2018 par un officier d'état civil du centre secondaire de Bougoudam. Pour remettre en cause le caractère authentique des actes d'état civil ainsi produits, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur les constatations des trois rapports simplifiés d'analyse documentaire datés du 7 décembre 2020, qui lui ont au demeurant été communiqués par le requérant lui-même dans le cadre de sa demande de titre de séjour, réalisés par la cellule " fraude documentaire et identité " des services de la police aux frontières de Nantes à l'encontre de chacun de ces actes. Au regard de ces rapports, l'authenticité du volet n°3 de l'acte de naissance n°0948/2018 est critiquée au motif que ce document ne présente pas les garanties d'une impression sécurisée, est démuni de numération de souche et de numéro NINA prévu par les articles 5 et 7 de la loi n° 06-040 du 11 août 2006, n'est pas conforme aux articles 126 et 124 du code de la personne et de la famille malien en tant qu'il comporte une date écrite en chiffres et non en toutes lettres, présente des incomplétudes en ce qui concerne les catégories 8, 13, 18 et 19 de l'acte, n'est pas conforme aux articles 554 et 555 du code de la procédure civile, commerciale et sociale eu égard au court délai qui s'est écoulé entre le jugement supplétif et la date de transcription dans les registres d'état civil de ce jugement tenant lieu d'acte de naissance, et enfin, n'est pas conforme aux articles 93 et 94 du code des personnes et de la famille dans la mesure où la compétence de l'officier d'état civil pour établir un tel acte n'est pas démontrée. De l'ensemble de ces constatations, il a été conclu à l'existence d'un acte de naissance contrefait, entrainant de ce fait l'absence de caractère probant de l'extrait d'acte de naissance pris sur son fondement. Toutefois, s'agissant du jugement supplétif d'acte de naissance n° 1585 produit par l'intéressé, le rapport d'analyse simplifié se borne à indiquer qu'il n'est pas recevable en raison des critiques formulées à l'encontre du volet n°3 de l'acte de naissance. Or, ce jugement supplétif étant réputé à lui seul tenir lieu d'acte de naissance, son inauthenticité ne saurait être établie à raison d'anomalies figurant dans l'acte de naissance pris en transcription de ce jugement. Dès lors, M. A est fondé à soutenir que le préfet a inexactement apprécié les faits de l'espèce en estimant que sa minorité lors de son entrée en France et son identité n'étaient pas établies. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête et alors que la préfet s'était seulement fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas de son état civil et ne faisait pas valoir que les autres conditions tenant à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'étaient pas remplies, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation à quitter le territoire français et celle fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

6. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Sarthe délivre à M. A un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, il y a lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de la Sarthe d'y procéder dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement, sous réserve de l'absence de changement de circonstances de droit et de fait dans la situation de l'intéressé. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cloarec renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à son profit de la somme de 1 200 euros.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 5 août 2021 du préfet de la Sarthe est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer un titre de séjour à M. A sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.

La rapporteure,

S. BLe président,

Y. LIVENAISLe greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

ell

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