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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203340

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203340

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantPERROT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, Mme D E, représentée par Me Perrot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2021 par lequel le préfet de Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de sept jours à compter de la notification de la décision à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation et méconnu l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " ; elle remplit les conditions énoncées par la circulaire INTK1229185C ;

- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant refus de titre de séjour ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée d'un an :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- son annulation sera prononcée par voie de conséquence de celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- le préfet a méconnu l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 avril 2023 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me Perrot, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante camerounaise née le 27 avril 1981, déclare être entrée en France le 15 février 2016 via la Belgique, munie d'un visa de court séjour. Elle a déposé une demande d'asile qui a été rejetée par une décision du 30 novembre 2016 du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 4 avril 2017. Sa fille mineure, A, née en 2007, l'a rejointe en septembre 2017. Après s'être vu refuser la délivrance d'un titre de séjour " vie privée et familiale " en invoquant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, Mme E a, le 11 mars 2021, réitéré sa demande. Par un arrêté du 12 octobre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a désigné le Cameroun comme pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par la présente requête, Mme E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié le 1er septembre 2021 au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Loire-Atlantique lui a donné délégation à l'effet de signer, notamment, les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français assortie ou non d'un délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui () constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté en litige, en tant qu'il porte refus de séjour, vise les textes dont il fait application, notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également que la demande de titre de Mme E a été étudiée sur le fondement de ces deux derniers articles et indique les motifs pour lesquels le préfet a estimé que cette demande ne pouvait être accueillie. Il précise notamment que l'intéressée s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire français après qu'une obligation de quitter le territoire français a été prononcée à son encontre le 14 septembre 2018. Il ajoute que la fille de Mme E, née en 2007, est scolarisée en France mais qu'aucun élément n'a été apporté pour permettre d'établir qu'il lui serait impossible de poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine. Il indique encore que la requérante ne justifie d'aucun motif exceptionnel ni d'aucune considération humanitaire lui ouvrant droit à un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment au regard au regard de sa faible insertion professionnelle. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen précis et approfondi de la situation personnelle de Mme E avant de rejeter sa demande de titre de séjour.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1 Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. () ". Pour l'application de ces dispositions et stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. Mme E se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France à la date de la décision attaquée, de plus de cinq ans, de la situation de sa fille mineure, scolarisée depuis 2017 et qui se trouvait en classe de troisième à la date de l'arrêté attaqué, et de ses liens sociaux, familiaux et amicaux hors du Cameroun. Toutefois, la durée de sa présence en France s'explique notamment par la non-exécution d'une première décision l'obligeant à quitter le territoire français datée du 14 septembre 2018. S'il ressort des pièces du dossier que sa fille s'est bien insérée, l'équipe enseignante du collège considérant qu'en dépit de ses difficultés de compréhension, elle s'est montrée volontaire, sérieuse, assidue, bien intégrée, a travaillé avec sérieux et persévérance et fait de réels efforts, elle n'était présente, à la date de la décision attaquée, que depuis quatre ans sur le territoire français et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un élément particulier ferait obstacle à la poursuite de sa scolarité dans son pays d'origine. La circonstance que son père, qui vit à Dubaï, se soit manifesté pour faire savoir qu'il souhaitait renoncer à son autorité parentale sur sa fille au profit de sa mère et obtienne un jugement en ce sens d'un tribunal camerounais est sans incidence à cet égard. De même, Mme E ne peut utilement se prévaloir de ce qu'elle a donné naissance à une seconde fille le 14 février 2022, dès lors que cet évènement est postérieur à l'arrêté attaqué et, dès lors, sans incidence sur sa légalité. Si la requérante justifie également de son engagement bénévole dans différentes associations caritatives, de son travail à la cueillette du muguet en avril 2017 et de sa participation à un atelier d'anglais, ces éléments, pour méritoires qu'ils soient, ne suffisent pas à démontrer une insertion particulièrement remarquable de l'intéressée en France. Enfin, si Mme E fait valoir que son père est décédé, qu'aucune de ses sœurs ne vit au Cameroun, une étant installée en Allemagne et une autre, de nationalité française, domiciliée à Cergy, et produit un nombre important de photos dont on peut supposer qu'elles ont été prises à l'occasion de regroupements familiaux ou amicaux, elle a déclaré que sa mère résidait toujours au Cameroun où elle-même a vécu jusqu'à l'âge de trente-quatre ans. Dans ces conditions, il n'est pas établi que le préfet, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, aurait porté atteinte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait () des tribunaux, des autorités administratives (), l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent utilement être invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. La décision attaquée n'a pas pour effet de séparer Mme E de sa fille A et, comme il a été dit, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à la date de cette décision, la cellule familiale composée de la requérante et de sa fille A ne pouvait pas se reconstituer hors du territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté. Pour les mêmes raisons et celles mentionnées au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision sur la situation de la requérante.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

10. Mme E se prévaut des mêmes éléments que ceux dont elle a fait état à l'appui de sa demande fondée sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces éléments ne permettent pas de démontrer l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions citées au point précédent. Par suite, en refusant à l'intéressée le bénéfice de ces dispositions, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, par suite, être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ". Le 3° de l'article L. 611-1 correspond au cas où, comme en l'espèce, l'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour. Ainsi qu'il a été dit au point 4, la décision porte refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, opposée à la requérante, ayant été écartés, Mme E n'est pas fondée à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, la requérante n'est fondée à soutenir, ni que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

14. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il désigne le Cameroun comme pays de renvoi, vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il indique que Mme E est de nationalité camerounaise et qu'elle n'établit pas que sa vie ou sa liberté seraient menacées dans son pays d'origine ou qu'elle y serait exposée à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où sa demande d'asile a été rejetée et qu'elle n'a produit aucun élément qui justifierait d'un risque en cas de retour dans son pays d'origine. Ainsi, la décision fixant comme pays de destination le pays dont la requérante a la nationalité est suffisamment motivée. Il ressort de cette motivation que le préfet a bien procédé à un examen approfondi de la situation de l'intéressée avant de désigner le pays de destination.

16. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8 du présent jugement, la requérante n'est fondée à soutenir, ni que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

18. Mme E fait valoir qu'elle encourt le risque d'être victime de violences de la part de son ancien compagnon en cas de retour dans son pays d'origine. Elle produit une plainte déposée par sa mère le 2 juin 2017, à l'encontre de son ex-conjoint violent, auprès du procureur de la République près du tribunal de première instance de Douala-Bonanjo et une documentation à caractère général de la commission de l'immigration et du statut de réfugié au Canada relative aux violences conjugales au Cameroun. Toutefois, elle ne fournit aucune indication sur la suite donnée par les autorités judiciaires camerounaises à la plainte déposée par sa mère. Aussi, ces seuls documents ne constituent pas une preuve suffisante de ce que la requérante serait exposée à un risque actuel et personnel d'exposition à des violences ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Cameroun. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

20. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai déterminé d'une interdiction de retour sur ce territoire pendant une durée ne pouvant dépasser deux ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressé, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.

21. En l'espèce, le préfet de la Loire-Atlantique, pour prononcer à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, a considéré que si l'intéressée ne représente pas une menace pour l'ordre public, elle a fait l'objet d'une mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré. Il a indiqué qu'il convenait en conséquence de fixer la durée de l'interdiction de retour à un an et que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, cette durée ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée au regard de sa vie privée et familiale. Il ressort de cette formulation que l'autorité administrative a, pour prononcer la mesure d'interdiction et en fixer la durée, tenu compte de l'ensemble des critères précités. La décision est, par suite, suffisamment motivée.

22. En deuxième lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à la requérante, ayant été écartés, Mme E n'est pas fondée à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

23. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'une circonstance humanitaire s'opposait à ce que le préfet prononce à l'encontre de Mme E une interdiction de retour sur le territoire français. Comme il a été dit, le préfet a pris en compte, pour fixer la durée de cette interdiction, la situation familiale de Mme E, sa durée de présence sur le territoire français et la non-exécution d'une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre. Dans ces conditions, même s'il est constant que la présence en France de Mme E ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Loire-Atlantique, en prononçant une interdiction de retour d'une durée de douze mois, n'a ni méconnu les dispositions citées au point 19, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

24. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6 et 8, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant

25. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 12 octobre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par Mme E entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

27. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par Mme E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Anne Perrot.

Délibéré après l'audience du 13 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSELa greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. Malingre

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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