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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203360

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203360

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203360
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mars 2022, M. A F D, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a retiré son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer le titre sollicité, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire au séjour assortie d'une autorisation de travail, dès la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant retrait de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle ait été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen complet de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les articles L. 313-7 et L. 313-5-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, commis une erreur de fait ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le préfet a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste dans son appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant retrait de son titre de séjour ;

- à titre subsidiaire, le motif de retrait de son titre de séjour, avancé par le préfet, n'est, à ce jour, plus fondé ; cette décision de retrait est donc devenue illégale ; par voie de conséquence, la décision de l'éloigner est, elle-même, devenue illégale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle sera annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 11 mai 2021 :

- le rapport de M. Martin, président-rapporteur,

- et les observations de Me Le Floch, substituant Me Rodrigues Devesas, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant guinéen né le 15 juillet 1990, est entré en France le 9 septembre 2017, muni d'un visa de long séjour pour études valant titre de séjour et valable du 25 août 2017 au 25 août 2018. M. D a ensuite sollicité et obtenu des titres de séjour temporaire en qualité d'étudiant, dont, en dernier lieu, une carte de séjour temporaire valable du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2021. Toutefois, le préfet a décidé de contrôler en cours d'année si l'intéressé remplissait toujours les conditions pour bénéficier de son titre de séjour. Après avoir mis en œuvre une procédure contradictoire, il a constaté que M. D n'était plus inscrit dans son établissement et ne suivait plus d'études. Aussi, par un arrêté du 16 avril 2021, il a décidé de retirer le titre de séjour, de faire obligation à M. D de quitter le territoire français sous trente jours et de désigner la Guinée comme pays de renvoi. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen soulevé à l'encontre de l'ensemble des décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 17 mars 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 18 mars 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a donné délégation à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer " tous arrêtés et décisions individuelles relevant des attributions de la direction des migrations et de l'intégration (), les décisions portant retrait d'un titre de séjour (), les décisions portant obligation de quitter le territoire assorties ou non d'une décision portant sur le délai de retour volontaire avec ou sans mesure de surveillance () les décisions fixant le pays de renvoi () ". Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant retrait de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. Pour retirer le titre de séjour de M. D, le préfet de la Loire-Atlantique s'est fondé sur les articles L. 313-7 et L. 313-5-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur la circonstance qu'à la date à laquelle il a demandé au requérant de justifier de ce qu'il remplissait toujours les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", ce dernier avait décidé de cesser de suivre sa formation. Ce faisant, le préfet de la Loire-Atlantique a suffisamment motivé sa décision. La circonstance, alléguée par M. D, que le préfet aurait inexactement interprété le courrier du 24 novembre 2020 adressé par l'intéressé à son école ainsi que la production par l'intéressé d'un contrat de travail est sans incidence sur le caractère suffisant de cette motivation et ne traduit pas un défaut d'examen, de la part du préfet, de sa situation.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-7, alors en vigueur, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - La carte de séjour temporaire accordée à l'étranger qui établit qu'il suit en France un enseignement ou qu'il y fait des études et qui justifie qu'il dispose de moyens d'existence suffisants porte la mention " étudiant " () ". Aux termes de l'article L. 313-5-1, alors en vigueur, du même code : " L'étranger titulaire d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle doit être en mesure de justifier qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte. L'autorité administrative peut procéder aux vérifications utiles pour s'assurer du maintien du droit au séjour de l'intéressé et, à cette fin, convoquer celui-ci à un ou plusieurs entretiens. / Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée ou son renouvellement refusé par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de l'année universitaire 2017/2018, M. D s'est inscrit à l'Université du Littoral-Côte d'Opale, à Calais, et a validé une année de licence 2 STS mention informatique. Au titre de l'année 2018/2019, il s'est inscrit à l'IUT de Saint-Malo et a obtenu en septembre 2019 une licence professionnelle " administration et sécurité des réseaux ". Au titre de l'année 2019/2020, il s'est inscrit à Campus Academy Rennes en master 1 informatique. Au titre de l'année 2020/2021, il s'est inscrit à l'EPSI (école d'ingénierie informatique) de Nantes à une formation d'expert en informatique et systèmes d'informations. Cette formation commençant le 31 août 2020, il a cherché une entreprise pour l'accueillir en alternance. Le 24 novembre 2020, il a cependant écrit à l'EPSI qu'il avait décidé de " quitter ce cursus ", " pour des raisons de manque d'entreprise et moyen financier lui permettant de poursuivre ses études ". Or, comme il a été dit, une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant ", valable du 1er décembre 2020 au 30 novembre 2021 lui avait été délivrée par le préfet de la Loire-Atlantique. Si l'intéressé justifie avoir finalement trouvé une entreprise acceptant de l'accueillir en alternance et avoir repris ses études à l'EPSI au titre de l'année 2021/2022, cette circonstance n'a pu lui conférer à nouveau le statut d'étudiant que postérieurement à la décision attaquée, laquelle se borne à prendre acte de la perte de ce statut en avril 2021. Le fait que l'interruption temporaire de ses études ait été imposée à M. D par l'impossibilité de trouver, au début de l'année universitaire, une entreprise susceptible de l'accueillir en alternance et de financer ses études est sans incidence à cet égard. Dans ces conditions, le préfet de la Loire-Atlantique n'a entaché le retrait litigieux ni d'une erreur de fait, ni d'une erreur manifeste d'appréciation et n'a pas méconnu les articles L. 313-7 et L. 313-5-1 précités du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

8. Si M. D, dont l'épouse, l'enfant et les autres membres de la famille résident en Guinée, se prévaut de sa présence régulière en France depuis l'année 2017 et soutient que la décision attaquée, en l'empêchant de poursuivre ses études, a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu'il résidait sur le territoire français sous couvert de titres de séjour portant la mention "étudiant", tandis que les documents relatifs à son parcours universitaire n'établissent pas que le centre de ses intérêts privés, familiaux, professionnels ou amicaux se situerait en France. Au demeurant, le retrait de son titre de séjour ne lui interdit pas de solliciter à nouveau la délivrance d'un titre de séjour " étudiant ", ce qu'il a d'ailleurs fait. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En quatrième lieu, pour les motifs exposés au point précédent, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas manifestement mal apprécié les conséquences de sa décision de retrait sur la situation personnelle de M. D.

En ce qui concerne les autres moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, l'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour, opposée à M. D, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En second lieu, la circonstance que M. D a repris ses études, postérieurement au retrait de son titre de séjour, est sans incidence sur la légalité de ce retrait, laquelle s'apprécie à la date d'édiction de celui-ci. Par suite et en tout état de cause, M. D ne peut utilement soutenir que, la décision de retrait attaquée étant devenue illégale à la date du présent jugement, la mesure d'éloignement dont ce retrait est assorti devrait être annulée par voie de conséquence de cette illégalité.

En ce qui concerne l'autre moyen soulevé à l'encontre de la décision fixant le pays de destination :

12. L'ensemble des moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, opposée à M. D, ayant été écartés, l'intéressé n'est pas fondé à se prévaloir de l'annulation de cette décision pour demander, par voie de conséquence, celle de la décision fixant la Guinée comme pays de destination.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 16 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction et tendant à l'application de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

14. D'une part, le rejet des conclusions à fin d'annulation présentées par M. D entraîne, par voie de conséquence, celui de ses conclusions à fin d'injonction.

15. D'autre part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que la somme demandée au profit de son conseil par M. D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F D, au préfet de la Loire-Atlantique, et à Me Stéphanie Rodrigues Devesas.

Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Nathalie Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

Le président-rapporteur,

L. MARTINL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

D. LABOUYSSE

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

gf

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