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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203404

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203404

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSMATI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 16 mars 2022, M. D B, représenté par Me Smati, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour dans les quinze jours de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation, dans les deux mois de cette notification et sous la même astreinte, en le munissant de l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de lui délivrer un titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français ne sont pas suffisamment motivés ;

- ce refus méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- ces décisions méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procèdent d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence ;

- les fixations du délai de départ et du pays de destination sont illégales en conséquence ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Il soutient que les conclusions tendant à l'abrogation de l'arrêté attaqué sont recevables.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant rwandais né en 1988, est entré en France en 2016, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant pour la période du 23 septembre 2016 au 23 septembre 2017. Ce titre de séjour a été renouvelé jusqu'au 20 novembre 2021. Par l'arrêté du 27 janvier 2022 dont M. B demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire en a refusé un nouveau renouvellement et a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, laquelle fixe le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue ce délai.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. L'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de délivrer au requérant le titre de séjour qu'il avait sollicité. Il en résulte que cette décision est motivée. Dès lors et conformément aux dispositions du second alinéa de l'article

L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée.

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / () ". Ces dispositions subordonnent le renouvellement de la carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " notamment à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu à l'issue de l'année scolaire 2017/2018 un brevet de technicien supérieur, le requérant s'est inscrit pour l'année 2018/2019 en première année de licence à l'université d'Angers et n'a pas validé cette année, sans poursuivre ensuite ces études de licence. Il n'était inscrit dans aucun établissement au cours des années scolaires 2019/2020 et 2020/2021 et si, pour l'année 2021/2022, il est à nouveau inscrit dans la même première année de licence dans la même université, il ne justifie toutefois pas de quelconques résultats ni de l'obtention d'aucun diplôme, cette inscription ne caractérisant pas une progression dans les études du requérant, d'ailleurs âgé de trente-trois ans à la date de cette nouvelle inscription en première année. Le requérant, qui doit justifier de moyens d'existence suffisants pour bénéficier d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant, ne peut utilement se prévaloir de difficultés financières qu'il aurait rencontrées et de la nécessité dans laquelle il se serait trouvé d'exercer des activités salariées. Il en résulte qu'en estimant que l'intéressé ne justifie pas de la réalité et du sérieux des études qu'il déclare suivre et, par suite, n'est pas en droit de prétendre à la délivrance du titre de séjour sollicité, le préfet de Maine-et-Loire ne s'est pas livré à une inexacte application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. Les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles toute personne a droit au respect d'une vie familiale normale sont par elles-mêmes sans incidence sur l'appréciation par l'administration de la réalité et du sérieux des études poursuivies lors de l'instruction d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, le moyen tiré par M. B de ces stipulations est inopérant à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de renouveler la carte de séjour temporaire qui lui avait été délivrée en qualité d'étudiant. En outre, le préfet, qui n'en avait pas l'obligation, n'a pas recherché d'office si l'intéressé serait en droit de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour en une autre qualité que celle d'étudiant.

7. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est célibataire et n'a aucune tierce personne à charge. Il ne justifie pas de liens personnels particuliers, notamment familiaux, intenses, anciens et stables en France. S'il a pu exercer des activités professionnelles en France, cette possibilité découlait seulement de la titularité d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui n'avait pas été délivrée à l'intéressé en vue d'un établissement pérenne par l'exercice d'une activité professionnelle, ni au titre de la vie privée et familiale. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour en une autre qualité que celle d'étudiant. Il lui est loisible de le faire ou de solliciter un visa de long séjour en vue de s'établir en France par l'activité professionnelle. Le requérant peut poursuivre sa vie personnelle ailleurs qu'en France, notamment au Rwanda, pays dont il est le ressortissant et où il a vécu pendant plus de vingt-huit ans. Dès lors, en lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de départ volontaire de trente jours, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquels a été prise cette décision qui, par suite, ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus quant à la légalité du refus de lui délivrer un titre de séjour, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de ce refus. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que le délai de départ volontaire serait illégal en raison de l'illégalité de cette obligation.

9. Compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus quant à la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination en cas d'éloignement d'office à l'issue du délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de ce refus.

10. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, il ne saurait être fait droit aux conclusions à fin d'injonction qu'il présente.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme à ce titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Smati.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

Le président-rapporteur,

A. A DE BALEINEL'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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