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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203468

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203468

lundi 7 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203468
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10ème chambre
Avocat requérantPOLLONO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 mars 2022 et le 5 septembre 2022, Mme E G épouse F et M. D H F, agissant en leur nom propre et en qualité de représentants légaux de Divine Matuba A F, représentés par Me Pollono, doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'ambassade de France en Angola refusant de délivrer un visa d'entrée et de long séjour à Divine Matuba A F au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal, de faire délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de faire réexaminer la demande de visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à Me Pollono en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Ils soutiennent que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de leur situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit s'agissant de l'inéligibilité de Divine A à la procédure de réunification familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation s'agissant de l'identité et du lien familial allégué ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juillet 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Les requérants ont produit des pièces complémentaires qui ont été enregistrées le 12 octobre 2022 et n'ont pas été communiquées.

Mme G épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 janvier 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2022 :

- le rapport de Mme C, rapporteuse,

- les observations de Me Pollono, avocate des requérants.

Considérant ce qui suit :

1. M. D H F et Mme E G épouse F, ressortissants congolais (République démocratique du Congo) se sont respectivement vu reconnaître la qualité de réfugiés par des décisions de la Cour nationale du droit d'asile et de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) des 13 juillet 2016 et 9 février 2017. Ils ont demandé la délivrance de visas de long séjour au titre de la réunification familiale à l'ambassade de France en Angola pour Divine Matuba A F, qu'ils présentent comme leur fille. Cette autorité a rejeté leur demande. Par une décision du 15 juillet 2021, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé à l'encontre du refus de l'autorité consulaire. Mme et M. F demandent au tribunal l'annulation de cette décision du 15 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Pour rejeter le recours formé à l'encontre de la décision consulaire, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés de ce que l'identité de la demandeuse et le lien de filiation l'unissant aux réunifiants n'étaient pas établis et de ce que l'intéressée n'était pas éligible à la procédure de réunification familiale.

3. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Par ailleurs, aux termes des stipulations du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

4. D'une part, pour justifier de l'identité de la demandeuse, les requérants versent devant le tribunal la photocopie de la première page du passeport délivré le 14 mars 2018, dont la valeur probante n'est pas contestée en défense. Dans ces conditions, l'identité de la demandeuse doit être tenue pour établie par ce seul document.

5. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la demandeuse, dont le père est décédé en 2006 et dont la mère est tenue pour disparue depuis, a été recueillie par Mme et M. F alors qu'elle était âgée de deux ans. Les déclarations constantes et précises des requérants, les photographies ainsi que les diverses attestations versées à l'appui de la requête permettent ainsi d'établir que Divine appartient à la cellule familiale des époux, quand bien même le lien de filiation allégué ne pourrait être établi par des documents d'état civil suffisamment probants. Dans ces conditions, la demandeuse se trouvait, à la date de la décision attaquée, dans une situation d'isolement compte tenu de la séparation du reste de la fratrie avec qui elle a toujours vécu. La présence de M. F à ses côtés en Angola, pays dont la demandeuse n'a, au demeurant, pas la nationalité, bien que postérieure à la décision attaquée, permet de corroborer cet état de fait. Compte tenu de ces considérations, et alors que la cellule familiale a vocation à se reconstituer sur le territoire français, le respect dû à la vie privée et familiale des intéressés et l'intérêt de la jeune B A commandent que cette dernière soit mise à même de rejoindre les requérants et sa fratrie pour demeurer à leurs côtés en France. Par suite, dans les circonstances particulières de l'espèce, la requérante est fondée à soutenir que la décision en litige méconnaît les stipulations citées au point 3 du présent jugement.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la partie requérante est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. Le présent jugement, eu égard au motif d'annulation retenu, implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Divine Matuba A F le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au ministre de faire délivrer à l'intéressée ce visa dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais d'instance :

8. Mme G épouse F a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de ces dispositions, sous réserve que Me Pollono renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du 15 juillet 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de faire délivrer à Divine Matuba A F le visa de long séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Pollono la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme E G épouse F, à M. D H F, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Pollono.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Guilloteau, conseiller,

Mme Louazel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2022.

La rapporteuse,

M. C

La présidente,

S. RIMEU

La greffière,

S. JEGO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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