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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203501

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203501

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203501
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête et un mémoire enregistrés le 18 mars 2022 et le 21 octobre 2022, Mme D G, agissant en son nom et au nom des enfants mineurs N L B E et M B I, et O C K B G, représentées A Me Le Floch, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 septembre 2021 A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Pointe-Noire au Congo refusant de délivrer un visa de long séjour à Mme C K B G, N L B E et Bergina Sophia B I au titre de la réunification familiale ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur, à titre principal de faire délivrer les visas de long séjour sollicités à Mme B G, N L B E et Bergina Sophia B I dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros A jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer leurs demandes de visa dans le même délai sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elles soutiennent que :

- il n'est pas établi que la commission s'est effectivement réunie pour statuer sur leur recours en étant régulièrement composée ;

- la décision méconnaît l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

A un mémoire en défense, enregistré le 12 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête ;

Il fait valoir que les moyens soulevés A les requérantes ne sont pas fondés.

A décision du 7 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme G au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 :

- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,

- et les observations de Me Le Floch, représentant les requérantes.

Une note en délibéré, enregistrée le 21 novembre 2022, a été présentée A Mmes G et B G.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D G, ressortissante congolaise née en 1982, à qui la qualité de réfugiée en France a été reconnue au mois de mars 2019, et Mme C K B G, qui se présente comme sa fille, de nationalité congolaise, née en 2003, demandent au tribunal d'annuler la décision du 30 septembre 2021 A laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre les décisions de l'autorité consulaire française à Pointe-Noire au Congo du 18 juin 2021 refusant de délivrer à Mme C K B G, et aux enfants mineures N L B E et M B I des visas de long séjour au titre de la réunification familiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 décembre 2009 relatif aux modalités de fonctionnement de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France : " La commission instituée à l'article D. 211-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile susvisé siège à Nantes. () / Elle délibère valablement lorsque le président ou son suppléant et deux de ses membres au moins, ou leurs suppléants respectifs, sont réunis. "

3. Il ressort de la feuille de présence à la séance de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 30 septembre 2021, produite A le ministre en défense qu'ont siégé à cette séance le président de la commission, la seconde suppléante du représentant du ministre de l'intérieur, la première suppléante du membre d'une juridiction administrative et le second suppléant du représentant du ministre chargé de l'immigration. A suite, les règles de composition de la commission ayant été respectées, le moyen de la requête tiré de leur méconnaissance ne peut qu'être écarté.

4. La commission s'est fondée pour rejeter le recours des intéressées sur le motif tiré de ce que l'identité et la filiation de Mme B G, et des enfants N L B E et M B I ne pouvaient être tenues pour établies au regard de l'incohérence des déclarations de Mme D G quant à l'identité et aux dates de naissance de ses enfants alléguées et compte tenu de l'établissement tardif des actes de naissance des trois enfants.

5. Aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / () 3° A les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". Les articles L. 434-3 et L. 434-4 du même code, rendus applicables à la procédure de réunification familiale A l'article L. 561-4 de ce code, disposent respectivement que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ", et que : " Le regroupement familial peut être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et ceux de son conjoint, qui sont confiés, selon le cas, à l'un ou l'autre, au titre de l'exercice de l'autorité parentale, en vertu d'une décision d'une juridiction étrangère. Une copie de cette décision devra être produite ainsi que l'autorisation de l'autre parent de laisser le mineur venir en France. ".

6. L'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis A l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".

7. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies A l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue A tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation A l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits A les parties.

8. Aux termes de l'article 45 du code de la famille congolais dont le ministre produit des extraits en défense : " Toute naissance doit être déclarée à l'officier de l'état-civil dans le délai franc d'un mois. () Lorsqu'une naissance n'aura pas été déclarée dans le délai imparti, l'officier de l'état civil pourra néanmoins en recevoir une déclaration tardive pendant un délai de trois mois sur réquisition du procureur de la République. () ".

9. Mme G verse à l'appui de sa requête deux duplicatas d'acte de naissance datés du 8 octobre 2021 et un acte de naissance original du 15 décembre 2020 d'après lesquels elle est la mère de trois filles, C K B G, N P B E et M B I, nées respectivement le 23 novembre 2003, le 11 mai 2006 et le 19 avril 2008, dont le père est M. F B E. Les trois actes font cependant référence à trois " réquisitions de T.I de Tié-Tié.P/Noire " déclaration tardive de naissance " " datées respectivement du 29 septembre 2020, du 16 décembre 2020 et du 16 septembre 2020, que les requérantes ne versent pas au dossier sans présenter d'explication à cette omission et sans préciser les conditions dans lesquelles auraient eu lieu les déclarations tardives de naissance, permettant l'établissement des actes de naissance plusieurs années après les naissances. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la commission a refusé de tenir compte de ces trois actes de naissance pour vérifier l'identité et le lien de filiation de la réfugiée avec ses trois enfants allégués.

10. S'agissant des éléments susceptibles d'établir la filiation entre les demanderesses et la requérante A le mécanisme de la possession d'état, la requérante produit des captures d'écran de téléphone portable montrant des appels passés et des échanges de messages écrits, sans toutefois que l'identité des correspondants puisse être établie clairement, et verse au dossier quelques photographies ne permettant pas toutefois d'en identifier les sujets avec certitude. Mme G joint également à sa requête des attestations de fréquentation scolaire et des " cartes d'identité scolaires " de l'année scolaire 2019-2020 pour les enfants C K B G, N L B E et M B I dont il ressort qu'elle aurait déclaré être la mère des intéressées. Il ressort cependant du formulaire de demande d'asile complété A Mme G le 6 février 2017 que l'intéressée a déclaré avoir trois filles nommées H B, J B et C G, nées respectivement en 2003, le 11 mai 2006 et le 23 novembre 2008. Si la requérante a renseigné dans sa fiche familiale de référence au mois d'avril 2019 ainsi que dans le formulaire complété en 2021 pour la demande de réunification familiale l'identité et les dates de naissance des trois jeunes femmes en donnant les mêmes noms, prénoms et dates que celles des actes de naissance produits dans le cadre de la présente instance, les différences apparaissant entre 2017 et 2021 dans les noms, prénoms et dates de naissance des trois enfants déclarés présentent un caractère substantiel, que les autres éléments versés à l'instance pour établir l'existence des liens allégués ne suffisent pas à pallier. Les requérantes ne peuvent dès lors être regardées comme démontrant l'identité et la filiation des trois jeunes femmes A le mécanisme de la possession d'état. Il s'ensuit que les requérantes ne sont pas fondées à soutenir qu'en rejetant leur recours au motif que l'identité et le lien de famille des trois demanderesses de visa avec Mme G n'étaient pas établis la commission aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Faute pour les requérantes de démontrer l'existence d'un lien de famille entre Mme G, et les personnes se présentant sous l'identité de Mme B G, N L B E et Bergina Sophia B I, les moyens de la requête tirés de la méconnaissance A la décision litigieuse de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales concernant le droit au respect de la vie privée et familiale, et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant concernant la protection de l'intérêt supérieur de l'enfant, ne peuvent qu'être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 30 septembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France doivent être rejetées.

Sur les conclusions accessoires :

13. Le présent jugement rejetant les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision du 30 septembre 2021, il y a lieu de rejeter A voie de conséquence les conclusions tendant au prononcé d'une mesure d'injonction sous astreinte ainsi que celles relatives aux frais du litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mmes G et B G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, à Mme C K B G et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

La rapporteure,

A. CHATALLa présidente,

H. DOUETLa greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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