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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203621

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203621

mardi 11 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203621
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDELANNOY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 11 mars 2022 et 26 janvier 2024, la société à responsabilité limitée (SARL) Ruaud-Briffault-Ballereau, représentée par la SARL inter-barreaux MAUDET-CAMUS, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 septembre 2021 par lequel le garde des sceaux, ministre de la justice a supprimé un bureau annexe ouvert à Soudan (Loire-Atlantique) et a autorisé l'ouverture d'un bureau annexe à Saffré (Loire-Atlantique), ainsi que la décision implicite portant rejet de son recours gracieux formé contre cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les décisions attaquées sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires enregistrés les 12 juillet 2022 et 6 juillet 2024, la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Saphir Notaires, représentée par Me Delannoy, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Elle fait valoir que le moyen soulevé dans la requête n'est pas fondé.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que le moyen soulevé par la société requérante n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 2015-990 du 6 août 2015 ;

- l'ordonnance n° 45-2590 du 2 novembre 1945 ;

- le décret n°71-942 du 26 novembre 1971 ;

- le décret n°2016-661 du 20 mai 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Barès,

- les conclusions de M. Vauterin, rapporteur public,

- les observations de Me Maudet, représentant la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau,

- et les observations de Me Delannoy, représentant la SELARL Saphir Notaires.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 7 septembre 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a supprimé le bureau annexe de Soudan (Loire-Atlantique) que la société civile professionnelle " Guillaume Josso, notaire associé ", devenue la société d'exercice libéral à responsabilité limitée (SELARL) Saphir Notaires, titulaire d'un office de notaire à la résidence de Chateaubriant (Loire-Atlantique), avait été autorisée à ouvrir en 1987 et l'a autorisée à ouvrir un bureau annexe à Saffré (Loire-Atlantique). Par la présente requête, la société à responsabilité limitée (SARL) Ruaud-Briffault-Ballereau, titulaire d'un office notarial à la résidence de Blain (Loire-Atlantique), demande l'annulation de cet arrêté, ainsi que de la décision implicite par laquelle le ministre a rejeté son recours gracieux formé contre cette mesure.

Sur la légalité des décisions attaquées :

2. D'une part, aux termes de l'article 2-7 du décret du 26 novembre 1971 relatif aux créations, transferts et suppressions d'office de notaire, à la compétence d'instrumentation et à la résidence des notaires, à la garde et à la transmission des minutes et registres professionnels des notaires : " La création ou la suppression d'un office, la transformation d'un bureau annexe en office distinct et l'ouverture ou la suppression d'un bureau annexe font l'objet d'un arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice. () ". Aux termes du 2ème alinéa de l'article 10 de ce décret : " Le garde des sceaux, ministre de la justice peut, à la demande du titulaire de l'office, prendre un arrêté autorisant l'ouverture d'un ou plusieurs bureaux annexes soit à l'intérieur du département, soit à l'extérieur du département dans un canton ou une commune limitrophe du canton où est établi l'office. Le ou les bureaux annexes ainsi ouverts restent attachés à l'office sans qu'il soit besoin, lors de la nomination d'un nouveau titulaire, de renouveler l'autorisation accordée. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 2 novembre 1945 relative au statut des notaires : " Les notaires sont les officiers publics établis pour recevoir tous les actes et contrats auxquels les parties doivent ou veulent faire donner le caractère d'authenticité attaché aux actes de l'autorité publique, et pour en assurer la date, en conserver le dépôt, en délivrer des grosses et expéditions ". En vertu de l'article 52 de la loi du 6 août 2015 pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques : " I. - Les notaires () peuvent librement s'installer dans les zones où l'implantation d'offices apparaît utile pour renforcer la proximité ou l'offre de services. / Ces zones sont déterminées par une carte établie conjointement par les ministres de la justice et de l'économie, sur proposition de l'Autorité de la concurrence en application de l'article L. 462-4-1 du code de commerce. Elles sont définies de manière détaillée au regard de critères précisés par décret, parmi lesquels une analyse démographique de l'évolution prévisible du nombre de professionnels installés. / A cet effet, cette carte identifie les secteurs dans lesquels, pour renforcer la proximité ou l'offre de services, la création de nouveaux offices de notaire () apparaît utile. / Afin de garantir une augmentation progressive du nombre d'offices à créer, de manière à ne pas bouleverser les conditions d'activité des offices existants, cette carte est assortie de recommandations sur le rythme d'installation compatible avec une augmentation progressive du nombre de professionnels dans la zone concernée. / Cette carte est rendue publique et révisée tous les deux ans. / II.- Dans les zones mentionnées au I, lorsque le demandeur remplit les conditions de nationalité, d'aptitude, d'honorabilité, d'expérience et d'assurance requises pour être nommé en qualité de notaire, () le ministre de la justice le nomme titulaire de l'office de notaire () créé. () / Si, dans un délai de six mois à compter de la publication de la carte mentionnée au I, le ministre de la justice constate un nombre insuffisant de demandes de créations d'office au regard des besoins identifiés, il procède () à un appel à manifestation d'intérêt en vue d'une nomination dans un office vacant ou à créer ou de la création d'un bureau annexe par un officier titulaire. / Si l'appel à manifestation d'intérêt est infructueux, le ministre de la justice confie la fourniture des services d'intérêt général en cause (), à la chambre départementale des notaires () concernée (). / III. - Dans les zones autres que celles mentionnées au I, il ne peut être créé de nouveaux offices qu'à la condition de ne pas porter atteinte à la continuité de l'exploitation des offices existants et à la qualité du service rendu. L'arrêté portant création d'un ou plusieurs nouveaux offices est pris après avis de l'Autorité de la concurrence () ".

4. Il appartient au garde des sceaux, ministre de la justice, dans l'exercice des pouvoirs qui lui sont conférés par les dispositions du décret du 26 novembre 1971 citées au point 2, de se fonder, dans l'intérêt du service public, sur les besoins du public, la situation géographique et l'évolution démographique et économique pour décider l'ouverture d'un bureau annexe à un office de notaire existant, et ce, quelle que soit la zone où celle-ci est envisagée, et de tenir compte, pour cela, du nombre et de la localisation des offices existants ou à créer. Dans l'appréciation de ces intérêts, il peut également tenir compte des exigences liées à la viabilité d'un office de notaire dont le maintien apparaît nécessaire. Il lui appartient également de veiller à ce que, par ses effets, l'ouverture d'un bureau annexe ne remette pas en cause la création d'offices, particulièrement lorsque le nombre de demandes de création de ces offices est supérieur aux recommandations.

5. Il est constant que la commune de Saffré, qui se situe en zone dite d'installation libre depuis 2021, ne comprenait, à la date de la décision attaquée aucune étude de notaires ni bureau annexe. Pour contester l'autorisation accordée par le ministre de la justice à la SELARL Saphir Notaires d'y ouvrir un bureau annexe, la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau soutient qu'elle assure de manière suffisante le service public notarial sur cette zone géographique dès lors qu'elle dispose d'un bureau annexe à Nozay, commune située à 8 km de Saffré et que se trouvent également deux autres études notariales à Héric et Nort-sur-Erdre, villes situées à environ dix minutes de Saffré. A cet égard, elle produit une attestation en date du 16 novembre 2021 par laquelle le maire de Saffré fait état de ce que sa commune a régulièrement fait appel aux services de Me Ruaud pour ses transactions immobilières et pour bénéficier de conseils. En outre, elle soutient que la fermeture du bureau annexe de Soudan entraîne une rupture d'accès au service public notarial pour les habitants de cette commune dès lors que l'étude notariale la plus proche, celle de la SELARL Saphir Notaires, est distante de 8 km. Toutefois, par ces seuls éléments, la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau n'établit pas que l'arrêté attaqué lui porterait un quelconque préjudice économique, qu'il serait contraire aux besoins du public et à l'évolution démographique et économique de la zone géographique ni, en tout état de cause, qu'il entraverait la libre installation de nouvelles études notariales. Au contraire, il ressort des pièces du dossier que la population de la commune de Saffré est en augmentation et que le plan local d'urbanisme intercommunal prévoit de nombreux projets immobiliers sur le secteur géographique. Au surplus, il est constant qu'en dépit du classement en zone d'installation libre de la commune de Saffré, aucune nouvelle étude ne s'est installée sur les territoires concernés. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de ce qui précède que la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions qu'elle conteste.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau la somme de 2 000 euros à verser à la SELARL Saphir Notaires au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la SELARL Saphir Notaires, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Ruaud-Briffault-Ballereau est rejetée.

Article 2 : La SARL Ruaud-Briffault-Ballereau versera à la SELARL Saphir Notaires la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Ruaud-Briffault-Ballereau, à la société d'exercice libéral à responsabilité limitée Saphir Notaires et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 février 2025.

Le rapporteur,

M. BARÈS

Le président,

C. CANTIÉ La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

No 2203621

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