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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203652

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203652

vendredi 2 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203652
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantLEVY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mars 2022 et le 21 septembre 2022, M. E A, représenté par Me Lévy, demande au tribunal :

1°) avant-dire droit d'ordonner une expertise pour prouver le lien de filiation entre M. A et Mme B ;

2°) d'annuler la décision implicite née le 24 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 27 septembre 2021 des autorités consulaires françaises à Bamako (Mali) lui refusant la délivrance d'un visa de long séjour pour regroupement familial ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui délivrer le visa demandé dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard :

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

' la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

' la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait ;

' la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire, enregistré le 24 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-'le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B a obtenu par décision du 12 mars 2020 du préfet du Val-de-Marne, une autorisation de regroupement familial au profit de M. E A, ressortissant malien, né le 19 octobre 1998, son fils déclaré. Ce dernier a sollicité le 17 août 2020 un visa de long séjour en qualité de bénéficiaire de la procédure de regroupement familial auprès du consul général de France à Bamako (Mali). Par une décision du 27 septembre 2021, notifiée le 29 septembre suivant, cette autorité a rejeté sa demande. Par une décision implicite née le 24 janvier 2022, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre cette décision consulaire. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 24 janvier 2022.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 24 janvier 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2.Dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public et à condition que le lien familial soit établi.

3.Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, recodifié à l'article L. 811-2 du même code : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

4.Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre le refus de visa opposé à M. A au motif que les documents d'état civil produits à l'appui de la demande de visa ne permettaient pas d'établir l'identité de l'intéressé et le lien de filiation l'unissant à Mme B. Pour établir son identité et le lien de filiation, le requérant verse aux débats un extrait de jugement supplétif rendu le 28 décembre 2015 par le tribunal de grande instance de Kati, faisant état de la naissance de l'intéressé le 19 octobre 1998 de Mariam B et de Hamidou A, ainsi que l'acte de naissance dressé le 31 décembre 2015 qui en assure la transcription. Il produit également une copie littérale d'acte de naissance dressé le 28 mai 2020 et un carnet de famille établi le 31 décembre 2015. Le requérant ne produit pas les jugements supplétifs susmentionnés dans leur intégralité mais seulement des extraits qui ne comportent ni le nom d'un juge, ni la date de la requête, ni même le nom du requérant. En outre, ainsi que le fait valoir le ministre de l'intérieur, le déclarant mentionné sur l'acte de naissance dressé le 31 décembre 2015 est le requérant lui-même alors que celui-ci était encore mineur à cette date, sans que le requérant n'apporte d'explication sur ce point. Cette anomalie majeure est de nature à remettre en cause le caractère authentique des documents d'état civil ainsi produits. Si M. A produit quelques mandats de transfert d'argent, pour la plupart illisibles, et des photos non datées, ces éléments sont insuffisants pour établir le lien de filiation entre le demandeur de visa et la regroupante par possession d'état. Dans ces conditions, en rejetant la demande de visa, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'a pas entaché sa décision ni d'erreur d'appréciation ni d'erreur de fait.

5.En dernier lieu, faute d'établissement de l'identité de M. A et de son lien de filiation avec Mme C B, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant.

6.Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

M. Rosier, premier conseiller,

Mme Chatal, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.

Le rapporteur,

P. D

La présidente,

H. DOUET

Le greffier,

A.-L. LEGOUALLEC

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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