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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203658

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203658

mercredi 23 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203658
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantMARVILLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 21 mars 2022 et le 16 septembre 2022, Mme D B épouse C, représentée par Me Marville, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 novembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision des autorités consulaires françaises à Abidjan (Côte d'Ivoire) refusant de lui délivrer un visa de court séjour ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer le visa sollicité.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors que les conditions fixées par les dispositions de l'article L. 312-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont remplies ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que le motif professionnel de son séjour est avéré.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 août 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B épouse C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;

- le règlement (CE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes (code frontières Schengen) ;

- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B épouse C, ressortissante ivoirienne née le 29 avril 1966, a présenté une demande de visa d'entrée et de court séjour auprès des autorités consulaires françaises à Abidjan. Par une décision en date du 2 août 2021, ces autorités ont refusé de lui délivrer le visa sollicité. Par une décision du 5 novembre 2021, dont Mme B épouse C demande l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre cette décision consulaire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation de la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :

2. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour rejeter la demande de visa de court séjour présentée par Mme B épouse C, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur le motif tiré de ce qu'il existe " un risque de détournement de l'objet du visa à des fins médicales ".

3. Aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". Aux termes de l'article 32 du règlement n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur () ". Aux termes de l'annexe II du même règlement : " Liste non exhaustive de documents justificatifs / Les justificatifs visés à l'article 14, que les demandeurs de visa doivent produire, sont notamment les suivants : / A. DOCUMENTS RELATIFS À L'OBJET DU VOYAGE / 1) pour des voyages à caractère professionnel : / a) l'invitation d'une entreprise ou d'une autorité à participer à des entretiens, à des conférences ou à des manifestations à caractère commercial, industriel ou professionnel ; / b) d'autres documents qui font apparaître l'existence de relations commerciales ou professionnelles ; / c)les cartes d'entrée à des foires et à des congrès, le cas échéant ; / d )les documents attestant les activités de l'entreprise ; / e) les documents attestant le statut d'emploi du demandeur dans l'entreprise ; (). L'article R. 313-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose enfin que : " En fonction de ses déclarations sur les motifs de son voyage, l'étranger dont le séjour ne présente pas un caractère familial ou privé présente selon les cas : () / 2° Pour un voyage professionnel, tout document apportant des précisions sur sa profession ou sa qualité ainsi que sur les établissements ou organismes situés sur le territoire français par lesquels il est attendu. (). ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme B épouse C a déposé le 29 juillet 2021 une demande de visa de court séjour dit de circulation, d'une validité de cinq ans, pour motif professionnel, avec une première entrée sur le territoire français prévue du 25 août au 7 septembre 2021. Si le ministre de l'intérieur et des outre-mer soutient que le but de ce premier séjour est de permettre à la requérante d'honorer un rendez-vous médical prévu le 31 août 2021 à Paris, dont la requérante a justifié la réalité, il ne résulte d'aucune disposition que la titulaire d'un visa de circulation de cinq ans ne puisse, à l'occasion d'un voyage professionnel pour lequel elle apporte l'ensemble des justificatifs nécessaires, se rendre à un rendez-vous médical ponctuel. Par ailleurs, la demandeuse de visa a fourni à l'occasion de sa demande de visa une attestation de travail au sein de sa société Art concept international basée à Abidjan et de nombreuses pièces probantes attestant de la réalité de son activité professionnelle. Elle a en outre fourni, pour justifier de l'objet de son voyage, deux invitations à des séances de travail par des entreprises partenaires, un ordre de mission et une attestation de prise en charge par sa société, cohérentes avec les dates du premier séjour envisagé. Il en résulte que la requérante doit être regardée comme justifiant, conformément à l'annexe II du règlement n° 810/2009 du 13 juillet 2009 ci-avant rappelée, de l'objet professionnel de son séjour en France. Enfin, Mme B épouse C a déjà été titulaire de trois visas de circulation, dont elle a toujours respecté le terme, qui lui ont également été attribués pour motif professionnel dans le cadre de l'activité de sa société Art concept international. Si le ministre soutient qu'elle aurait profité d'un précédent visa pour se rendre à un rendez-vous médical en 2018, il n'établit pas qu'elle n'aurait pas respecté l'objet professionnel de ce visa. Dans ces conditions, la commission de recours a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant de délivrer à Mme B épouse C le visa sollicité pour le motif exposé au point 2.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B épouse C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visas d'entrée en France du 5 novembre 2021 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de délivrer à Mme B épouse C le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B épouse C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 2 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Beyls, conseillère,

Mme Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2022.

La rapporteure,

H. A

La présidente,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

C. GUILLAS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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