lundi 18 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203688 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 10ème chambre |
| Avocat requérant | MEGHERBI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mars et 28 mars 2022, Mme C A, représentée par Me Megherbi, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 17 mars 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours dirigé contre la décision de l'autorité consulaire française à Alger (Algérie) refusant de lui délivrer un visa de long séjour en qualité d'étudiante ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande de visa, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 400 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle doit être regardée comme soutenant que :
- la décision consulaire est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant le risque de détournement du visa à des fins migratoires ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 12 de la déclaration universelle des droits de l'homme et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive (UE) 2016/801 du Parlement européen et du Conseil du 11 mai 2016 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- et les observations de Me Megherbi, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne, a sollicité la délivrance d'un visa de long séjour en qualité d'étudiante auprès de l'autorité consulaire française à Alger, laquelle a rejeté sa demande par une décision du 27 décembre 2021. Le recours formé contre ce refus consulaire devant la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a été rejeté par une décision du 17 mars 2022, laquelle, par l'effet des dispositions de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, s'est substituée à la décision consulaire. La requérante doit donc être regardée comme demandant l'annulation de la seule décision du 17 mars 2022, et les moyens de sa requête doivent être regardés comme étant dirigés contre cette décision, et écartés comme inopérants en tant qu'ils sont dirigés contre la décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'instruction interministérielle relative aux demandes de visas de long séjour pour études dans le cadre de la directive UE 2016/801 du 4 juillet 2019, en son point 2.1 intitulé " L'étranger doit justifier qu'il a été admis dans un établissement d'enseignement supérieur pour y suivre un cycle d'études ", indique notamment : " Il présente () au dossier de demande de visa un certificat d'admission dans un établissement en France ". Le point 2.2 de cette instruction, intitulé " L'étranger doit justifier qu'il disposera de ressources suffisantes pour couvrir ses frais d'études " indique : " L'étranger doit apporter la preuve qu'il dispose de moyens d'existence suffisants pour la durée de validité du visa de long séjour pour études. Ces ressources doivent être équivalentes, pour l'ensemble de la période concernée, au moins au montant de l'allocation d'entretien mensuelle de base versée, au titre de l'année universitaire écoulée, aux boursiers du Gouvernement français, soit 615 euros en 2019 ".
3. Par ailleurs, l'instruction, en son point 2.4 intitulé " Autres vérifications par l'autorité consulaire " indique que cette dernière " () peut opposer un refus s'il existe des éléments suffisamment probants et des motifs sérieux permettant d'établir que le demandeur séjournera en France à d'autres fins que celles pour lesquelles il demande un visa pour études ". Ainsi, l'autorité administrative peut, le cas échéant, et sous le contrôle des juges de l'excès de pouvoir restreint à l'erreur manifeste, rejeter la demande de visa de long séjour pour effectuer des études en se fondant sur le défaut de caractère sérieux et cohérent des études envisagées, de nature à révéler que l'intéressé sollicite ce visa à d'autres fins que son projet d'études.
4. La décision attaquée est fondée sur les motifs tirés de ce que la date limite de rentrée à ESI GREEN et SOCIAL BUSINESS SCHOOL étant dépassée, la demande de visa est devenue sans objet, de l'absence de preuve que Mme A dispose de ressources suffisantes pour couvrir ses frais de toute nature durant la durée de son séjour en France, et du risque de détournement de l'objet du visa à d'autres fins. Le ministre de l'intérieur, qui développe des arguments supplémentaires relatifs à l'absence de sérieux du projet d'études de l'intéressé, doit être regardé comme développant le motif tiré du risque de détournement du visa à d'autres fins que le projet d'études, et non comme sollicitant une substitution de motifs.
5. En premier lieu, le motif tiré de ce qu'à la date de la décision attaquée la date limite de rentrée tardive était dépassée n'est pas susceptible de fonder légalement ladite décision, ainsi que le reconnaît le ministre de l'intérieur dans son mémoire en défense.
6. En deuxième lieu, les documents produits par la requérante, notamment les éléments relatifs aux revenus et à la composition du foyer familial de sa sœur, Mme B A, qui s'est engagée à la prendre en charge durant son séjour en France pour études permettent d'établir que l'intéressée satisfait à la condition de ressources prévue par les dispositions du point 2.2 de l'instruction précitée, ainsi que l'admet d'ailleurs le ministre de l'intérieur en défense.
7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A, titulaire d'un master en sciences biologiques spécialité sciences pharmacologiques obtenu en 2019 en Algérie, occupe depuis le mois d'octobre 2020 un poste d'assureur qualité au sein du groupe pharmaceutique Saidal. Au titre de l'année universitaire 2021/2022, elle s'est inscrite en Master 2 (5ème année) in " green, social and digital management " au sein de l'ESI GREEN et SOCIAL BUSINESS SCHOOL à Boulogne-Billancourt. Si le service de coopération et d'action culturelle a émis un avis défavorable au projet d'études de l'intéressée, en raison d'un " manque notoire d'informations sur l'école d'accueil, son statut et ses diplômes décernés ", il a également relevé que Mme A " détient des aptitudes académiques et linguistiques avantageuses ", ainsi qu'une " expérience pratique appréciable et un objectif professionnel clair " et a estimé cohérent le projet d'études. La requérante soutient que la formation envisagée lui permettra d'acquérir des connaissances supplémentaires par rapport à son précédent diplôme, dans le cadre de son projet d'évolution professionnelle au sein du groupe qui l'emploie actuellement. Elle produit également une lettre d'appui émanant de l'établissement d'accueil, aux termes de laquelle Mme A y a été acceptée au regard de sa note obtenue après étude de son dossier de candidature et de son projet d'études et de ses expériences professionnelles jugées cohérentes avec son choix de formation. Ainsi, contrairement à ce que fait valoir le ministre, Mme A démontre l'apport de la formation à laquelle elle a postulé en France par rapport au diplôme dont elle est titulaire, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que cette formation ne déboucherait pas sur un diplôme académique reconnu par le ministère de l'enseignement supérieur. Par ailleurs, la circonstance que le contrat de travail de Mme A avec la société Saidal ait été prolongé d'un an par un avenant conclu le 24 octobre 2021 ne permet pas d'établir que l'intéressée souhaiterait se rendre en France à d'autres fins que son projet d'études. Enfin, eu égard au cadre juridique rappelé aux points 2 et 3, le ministre ne saurait utilement se fonder sur la possibilité pour l'intéressée de suivre les cours à distance, ni, dès lors que le caractère sérieux et cohérent des études a été établi, sur la présence en France de membres de sa famille. Dans ces conditions, la requérante est fondée à soutenir que le dernier motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
9. Eu égard aux motifs du présent jugement, et dès lors que Mme A justifie d'une nouvelle inscription au titre de l'année universitaire 2022/2023, le présent jugement implique nécessairement la délivrance du visa sollicité. Par suite, il n'y a pas lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur de procéder au réexamen de la demande et d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 17 mars 2022 est annulée.
Article 2 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 27 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Desimon, conseiller,
M. Guilloteau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2022.
Le rapporteur,
T. D
La présidente,
S. RIMEU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026