vendredi 17 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203696 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 mars 2022 et le 7 novembre 2022, M. B A, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a refusé le renouvellement de son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour dans le délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, dans tous les cas sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros qui sera versée à Me Leudet sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation régulièrement publiée ;
- la décision est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin rapporteur qui a transmis son rapport au collège des médecins de l'Office français d'immigration et d'intégration (OFII) n'a pas siégé au sein du collège qui a rendu l'avis ; en outre, il n'est pas établi que le collège ait effectivement délibéré de manière collégiale ; il appartient au préfet de rapporter la preuve que les signatures électroniques apposées par les médecins sur l'avis de l'OFII présentent les garanties de signatures authentiques ;
- elle méconnaît les stipulations du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, le préfet s'étant cru au demeurant à tort en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée ; au surplus et contrairement à ce que fait valoir le préfet, une partie des spécialités thérapeutiques qui lui sont prescrites ne sont pas ou plus disponibles en Algérie ;
- elle a été prise en violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été signée par une autorité ne disposant pas d'une délégation régulièrement publiée ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière ;
- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord du 27 décembre 1968 entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction antérieure à l'entrée en vigueur des dispositions de l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 et du décret n° 2020-1734 du 16 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de M. Livenais, président-rapporteur ;
-et les observations de Me Dahani, substituant Me Leudet, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né en 1989, est entré en France, selon ses déclarations, au cours de l'année 2012. Il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence en qualité d'étranger malade, initialement refusé par arrêté du préfet de la Loire-Atlantique du 11 octobre 2013 dont la légalité a été confirmée par jugement de ce tribunal n° 1400047 du 6 mai 2014, puis par un arrêt de la cour administrative d'appel de Nantes n° 14NT01593 du 30 avril 2015. M. A a cependant sollicité de nouveau la délivrance du même titre, sur le fondement d'une pathologie différente, qui a conduit l'autorité administrative à lui délivrer un tel certificat de résidence, lequel a été renouvelé jusqu'au 26 mars 2021. Par une décision du 4 février 2022, le préfet de la Loire-Atlantique a toutefois refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination vers lequel il pourra être reconduit d'office. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.
Sur la légalité des décisions attaquées :
2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " Le certificat de résidence portant la mention vie privée et familiale est délivré de plein droit : () / 7°) Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays (). ".
3. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour, dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
4. Pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité sur le fondement du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968, le préfet de la Loire-Atlantique, dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il se serait cru en situation de compétence liée, s'est notamment fondé sur l'avis du collège de médecins de l'OFII qui a estimé que si l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, celui-ci peut en bénéficier dans son pays d'origine vers lequel il lui est possible de voyager.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. A souffre d'un trouble psychotique chronique marqué notamment par des épisodes délirants et dépressifs ainsi que d'une psychose hallucinatoire d'évolution déficitaire, pour le traitement desquels l'intéressé justifie bénéficier d'un suivi psychiatrique régulier ainsi que d'un traitement médicamenteux mobilisant notamment le trihexiphenidyle chlorhydrate, l'oxazepam, la loxapine et la rispéridone. M. A soutient également, d'une part que le caractère rebelle à ces traitements médicamenteux de son affection psychiatrique conduit le corps médical, comme en atteste le courrier du praticien hospitalier suivant le requérant en date du 9 mars 2022, à envisager la poursuite exploratoire d'un traitement médicamenteux plus efficace dans le cadre d'une prise en charge hospitalière adaptée, et d'autre part que le lorazepam, molécule qui a été également prescrite à M. A, ainsi que la rispéridone ne sont plus disponibles en Algérie. Si le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir que le système de santé algérien permet la prise en charge des affections psychiatriques et que les molécules prescrites à M. A sont disponibles en Algérie, il ne remet pas utilement en cause l'indisponibilité en Algérie de la rispéridone, molécule prescrite à M. A à la date de la décision attaquée, en produisant une nomenclature non datée des spécialités thérapeutiques disponibles en officine en Algérie, alors même qu'il n'est pas sérieusement contesté que, eu égard à l'état instable du requérant, cette molécule est indispensable à son traitement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que le préfet de Loire-Atlantique s'est livré à une inexacte application du 7° de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 en refusant le renouvellement de son certificat de résidence.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant le renouvellement de son titre de séjour ainsi que, par voie de conséquence, la décision portant obligation pour lui de quitter le territoire français et celle fixant son pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif sur lequel il se fonde pour prononcer l'annulation de l'arrêté contesté, qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
8. M. A ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, son avocate peut se prévaloir des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de celui-ci la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 février 2022 du préfet de la Loire-Atlantique est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de délivrer à M. A un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet, avocate de M. A, la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Emmanuelle Leudet et au préfet de la Loire-Atlantique.
Délibéré après l'audience du 17 février 2023, à laquelle siégeaient :
M. Livenais, président,
Mme Rosemberg, première conseillère,
Mme Thierry, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.
Le président-rapporteur,
Y. LIVENAIS
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
V. ROSEMBERG
Le greffier,
E. LE LUDEC
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2203696
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026