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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203785

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203785

mardi 2 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203785
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 mars 2022, M. B A E, représenté par Me Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 mars 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au profit de son conseil qui renoncera, dans cette hypothèse, à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'ensemble des décisions attaquées :

- elles n'ont pas été signées par une autorité compétente ;

- elles ne sont pas suffisamment motivées ;

- le préfet de Maine-et-Loire n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour prive de base légale la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le délai de départ volontaire ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français prive de base légale la décision fixant le pays de destination.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2023, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

M. A E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mars 2022.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et son décret d'application n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A E, ressortissant tunisien né le 25 mai 1989, est entré irrégulièrement en France le 15 janvier 2020 sous couvert d'un visa de long séjour délivré en sa qualité de conjoint d'une ressortissante française, valable jusqu'au 8 janvier 2021. Suite à la séparation du couple et à la requête en divorce déposée par son épouse, M. A E a sollicité auprès du préfet de Maine-et-Loire, le 7 juillet 2021, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 3 mars 2022, le préfet a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. Par sa requête, M. A E demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture de Maine-et-Loire, qui disposait, en application d'un arrêté du 7 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Maine-et-Loire d'une délégation pour signer " tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire ", à l'exception de certains actes limitativement énumérés au nombre desquels ne figurent pas les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations conventionnelles et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application. Il fait par ailleurs état des éléments de fait propres à la situation personnelle et familiale de M. A E, notamment des conditions de son entrée et de son séjour sur le territoire. Dans ces conditions, cet arrêté est suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet de Maine-et-Loire a procédé à l'examen de la situation personnelle de M. A E avant de prendre les décisions litigieuses.

5. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Il est constant que M. A E, qui séjournait en France depuis une période très récente d'environ deux ans à la date de l'arrêté attaqué, était séparé de son épouse à cette date. S'il entend se prévaloir de sa relation avec Mme D C, de nationalité française, avec laquelle il résiderait depuis le mois de janvier 2022, les seules attestations établies par l'intéressée et ses proches ne sont pas suffisantes pour justifier de la réalité de leur vie commune, au demeurant particulièrement récente à la date de l'arrêté attaqué du 3 mars 2022. La circonstance que, depuis son entrée en France, il a été employé en qualité d'électricien dans le cadre d'un contrat à durée déterminée du 13 février 2020 au 30 septembre 2020, puis en qualité de peintre dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée à compter du 16 novembre 2020, alors d'ailleurs que ses contrats de travail n'avaient pas été visés par l'autorité compétente, ne permet pas, en outre, de justifier d'une intégration d'une particulière intensité sur le territoire, les contrats de travail établis au cours de l'année 2022 également produits par le requérant, postérieurs à l'arrêté en litige, étant sans incidence à cet égard. Enfin, M. A E, qui ne se prévaut pas d'autres attaches personnelles ou familiales sur le territoire, n'en est pas dépourvu dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 30 ans et où résident sa mère et son frère. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait le droit de M. A E au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

7. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". L'article 11 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail stipule : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".

8. Dès lors que l'accord franco-tunisien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour semblables à celles prévues par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient alors au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

9. Il résulte des mêmes éléments de fait relatifs à la situation personnelle de M. A E sur le territoire que ceux mentionnés au point 6 que le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser de l'admettre, à titre exceptionnel, à séjourner en France.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A E à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux exposés au point 6, M. A E n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

12. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A E à l'encontre de la décision fixant le délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de cette illégalité, invoqué par M. A E à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de Maine-et-Loire du 3 mars 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation de M. A E, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. A E doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. A E au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A E, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

Mme Thierry, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 2 mai 2023.

La rapporteure,

V. F

Le président,

Y. LIVENAIS

Le greffier,

E. LE LUDEC

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

5

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