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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203817

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203817

mercredi 7 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203817
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLAPLANE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2022, M. D A, représenté par Me Laplane, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer, dans cette attente, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en méconnaissance du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- il n'est pas établi qu'elle a été signée par une autorité compétente ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 janvier 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- en l'absence de signature, la requête est irrecevable ;

- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Béria-Guillaumie, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant tunisien né en juillet 1994, déclare être entré irrégulièrement en France au mois de décembre 2017. A la suite d'une première interpellation, à l'occasion de laquelle il s'est présenté sous une autre identité et se disait ressortissant algérien, M. A a fait l'objet, par un arrêté du 7 août 2018, d'une obligation de quitter le territoire assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an. Son recours contre cette mesure d'éloignement a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Rennes du 10 août 2018. Le 31 mai 2019, suite à une nouvelle interpellation, toujours sous son autre identité, a été prise à son encontre une nouvelle mesure d'éloignement, ainsi qu'une assignation à résidence. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du tribunal de Nantes du 7 juin 2019. S'étant soustrait à la mesure d'assignation à résidence, il a fait l'objet, le 3 juillet 2019, d'une mesure de placement en centre de rétention administrative, laquelle a été confirmée par le juge des libertés et des détentions du tribunal de grande instance de Meaux, puis par la cour d'appel de Paris le 8 juillet 2019. Reconduit en juillet 2019 en Algérie, il a fait l'objet d'une procédure de rapatriement le 5 septembre 2019, les autorités algériennes n'ayant pu confirmer sa nationalité algérienne. Le 27 janvier 2020, M. A a été interpelé pour des faits de vol, recel, trafic de stupéfiants et maintien irrégulier sur le territoire. Un arrêté du 28 janvier 2020 lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai et interdiction de retour pour une durée de deux ans. Son recours contre ces deux arrêtés a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 7 février 2020. Par deux nouveaux arrêtés du 4 février 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, l'a interdit de retour en France pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence. Le recours contre cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Nantes du 14 février 2020. Au mois de février 2020, il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des articles L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur à la date de sa demande, dont les disposions sont reprises, depuis le 1er mai 2021, aux articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Sa demande a été rejetée par un arrêté du 9 juillet 2021 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré. M. A demande au tribunal d'annuler les décisions du 9 juillet 2021.

Sur les moyens communs aux différentes décisions :

2. En premier lieu, l'arrêté en cause a été signé par Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Loire-Atlantique. Par un arrêté du 17 mars 2021, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture de ce département, le préfet lui a donné délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties ou non d'une mesure d'obligation de quitter le territoire. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte manque en fait et doit donc être écarté.

3. En second lieu, le refus de titre de séjour opposé le 9 juillet 2021 comporte, contrairement à ce que soutient le requérant, l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, conformément aux dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisante motivation du refus de titre de séjour n'est pas fondé et doit être écarté. Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Il s'ensuit que l'obligation de quitter le territoire du 9 juillet 2021 est suffisamment motivée. Enfin, il ressort des pièces du dossier que la décision, contenue dans le même arrêté, fixant le pays à destination duquel M. A pourrait être éloigné comporte également l'exposé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Par suite, les moyens tirés des insuffisantes motivations de ces trois décisions manquent en fait et doivent être écartés.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier l'ancienneté, la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

5. M. A se prévaut de la relation qu'il a nouée sur le territoire français depuis le mois de février 2018 avec Mme E, ressortissante française avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) le 3 juin 2020. Il produit à cet égard une attestation de dépôt de dossier pour l'enregistrement d'un PACS en date du 11 février 2020 ainsi que le récépissé de l'enregistrement de la déclaration conjointe des partenaires du PACS. Il verse également au dossier un relevé de prestations de la caisse d'allocations familiales de la Loire-Atlantique perçu entre le mois de février 2020 et janvier 2022 sur lequel apparaît leurs deux noms. Par ailleurs, le préfet verse au dossier les pièces produites par M. A au soutien de sa demande de titre de séjour, notamment des factures d'abonnement Free établies aux noms de M. A et Mme E pour les mois de janvier, mars, avril, mai, juin, juillet et octobre 2020, ainsi que les témoignages, au demeurant peu circonstanciés, rédigés au début de l'année 2020 de Mme E, du fils et l'une des filles de cette dernière et d'un ami de M. A.

6. Toutefois, d'une part, les éléments versés au dossier sont insuffisants pour justifier de l'ancienneté, l'intensité et la stabilité de la relation entre les deux partenaires. D'autre part, même en admettant que sa relation avec Mme E ait débuté en 2018, il ressort des pièces du dossier que son pacte civil de solidarité ainsi que la communauté de vie, à la supposer établie par les factures d'abonnement Free et le relevé de prestations de la CAF, ne datait que d'un an à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, M. A, qui n'est présent en France que depuis moins de trois ans et demi à la date de la décision attaquée, n'établit pas être dépourvu d'attaches personnelles en Tunisie, où il a vécu jusqu'à l'âge de 23 ans, ne fait d'état d'aucune démarche particulière d'insertion et ne conteste pas être défavorablement connu des services de police pour des faits de vol, de recel et de trafic de stupéfiants. Par suite, compte tenu de ces circonstances, le préfet de la Loire-Atlantique, n'a, en refusant la délivrance du titre de séjour sollicité, méconnu ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

8. Les dispositions de l'article L. 435-1 précité, en tant qu'elles permettent une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", ne sont pas applicables aux ressortissants tunisiens. Toutefois, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant l'une ou l'autre de ces mentions. En revanche, ces dispositions, en tant qu'elles permettent une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", sont applicables aux ressortissants tunisiens.

9. Eu égard à ce qui a été dit précédemment au point 8, les éléments relatifs à la situation personnelle et à la durée de séjour en France, dont se prévaut M. A, ne permettent pas de caractériser des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'a pas méconnu ces dispositions en refusant son admission exceptionnelle au séjour.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas, en décidant d'obliger l'intéressé à quitter le territoire français, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni entaché la décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. L'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui vient d'être dit, le moyen tiré par voie de conséquence de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoins de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet, que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Laplane.

Délibéré après l'audience du 24 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Echasserieau, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.

La présidente-rapporteure,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE L'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

B. ECHASSERIEAU

La greffière,

Y. BOUBEKEUR

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

cnd

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