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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2203836

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2203836

mardi 24 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2203836
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKHADIR-CHERBONEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2022 et le 25 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Khadir-Cherbonel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande de naturalisation à compter du 24 avril 2021';

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. B soutient que :

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen complet ;

- il n'a pas obtenu communication de son dossier ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation concernant son insertion professionnelle, dès lors qu'il a toujours occupé un emploi depuis 2012 ;

- il a transféré en France le centre de ses intérêts professionnels et familiaux

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Brémond, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant comorien, demande au tribunal d'annuler la décision du 13 octobre 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a maintenu l'ajournement à deux ans de sa demande d'acquisition de la nationalité française à compter du 24 avril 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle :

2. En premier lieu, si M. B soutient qu'il a demandé la copie de son dossier avant son recours hiérarchique sans l'avoir obtenu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait effectué une telle demande. En outre, l'absence de communication de son dossier ne constitue pas un vice entachant la procédure ou la légalité de la décision attaquée. Il en résulte que le moyen tiré de l'absence de communication du dossier du requérant doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

5. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France.

6. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française présentée par M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen de son parcours professionnel apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B exerce depuis le mois de septembre 2013 un emploi de manutentionnaire à temps partiel, dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée et qu'il complète cette activité par d'autres emplois en contrats à durée déterminée. Toutefois, les revenus tirés de ses activités professionnelles ne s'élevaient qu'à 6 788 euros en 2020, 11 191 euros en 2019 et 11 647 euros en 2018, et étaient complétés par des prestations sociales et le revenu de solidarité active, pour un montant mensuel de 1 252 euros. Dès lors, les ressources provenant de ses seules activités professionnelles étaient, à la date de la décision contestée, insuffisantes pour subvenir à ses besoins et à ceux de son foyer, composé de sa femme et de ses deux enfants mineurs. Dans ces conditions, le ministre, dans le cadre de son large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite a pu, pour ce motif, ajourner à deux ans la demande de naturalisation de l'intéressé sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation,

8. En quatrième lieu, les circonstances selon lesquelles M. B déclare être intégré socialement et ses enfants sont nés en France sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, et ce eu égard aux motifs sur lesquels elle se fonde.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Khadir-Cherbonel.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Douet, présidente,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 septembre 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

La présidente,

H. DOUETLa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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