mardi 4 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203864 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | OQTF 6 semaines - 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL BENGONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 mars 2022, M. C D, représenté par Me Bengono, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2022 par lequel le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai ;
3°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de réexaminer sa situation et de lui renouveler son attestation de demande d'asile.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit, dès lors qu'il a présenté une demande d'aide juridictionnelle pour frapper de recours devant la Cour nationale du droit d'asile la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 5 novembre 2021 ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de renvoi n'est pas régulièrement motivée et méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2022, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
M. D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. A de Baleine, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. A de Baleine, président, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C D, ressortissant guinéen né en 1990, est, selon ses déclarations, arrivé en France le 24 février 2019, sans néanmoins justifier d'une entrée régulière. Y ayant demandé l'asile le 8 mars 2019, le préfet de Maine-et-Loire a, le 13 mai 2019, décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de cette demande. Les recours dirigés par M. D contre cette décision ont été rejetés et cette mesure de transfert a été exécutée le 7 août 2019. M. D est toutefois revenu en France, où, le 18 septembre 2019, il a présenté une nouvelle demande d'asile. Le 19 novembre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a, une nouvelle fois, décidé le transfert de l'intéressé en Espagne. Cette mesure n'ayant pas été exécutée, la France est devenue compétente pour en connaître et M. D a, le 13 avril 2021, présenté une nouvelle demande d'asile, qui a été placée en procédure accélérée et que le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejetée le 18 octobre 2021. Par l'arrêté du 21 février 2022 dont M. D demande l'annulation, le préfet de Maine-et-Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue de ce délai.
2. M. D a été admis en cours d'instance au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale et sa demande d'aide juridictionnelle provisoire est, dès lors, sans objet.
3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / () ". Aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci. ". Aux termes de l'article L. 532-1 de ce code : " La Cour nationale du droit d'asile, dont la nature, les missions et l'organisation sont notamment définies au titre III du livre I, statue sur les recours formés contre les décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides prises en application des articles L. 511-1 à L. 511-8, L. 512-1 à L. 512-3, L. 513-1 à L. 513-5, L. 531-1 à L. 531-35, L. 531-41 et L. 531-42. / A peine d'irrecevabilité, ces recours doivent être exercés dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision de l'office, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. ".
4. Il ressort des pièces du dossier que la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 18 octobre 2021 rejetant la demande d'asile de l'intéressé lui a été notifiée le 5 novembre 2021. Si, en vue de frapper cette décision d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, M. D avait, le 9 novembre 2021, présenté une demande d'aide juridictionnelle, il ressort toutefois du dossier que cette demande a fait l'objet d'une décision du 26 décembre 2021, dont le requérant ne conteste pas sérieusement l'existence en se bornant à alléguer qu'il n'a reçu aucune décision d'aide juridictionnelle, alors que cette demande d'aide juridictionnelle avait été présentée, au moyen d'une plateforme dématérialisée, par le ministère de l'avocate représentant l'intéressé devant le tribunal. La Cour nationale du droit d'asile n'a pas été saisie d'un recours après le 26 décembre 2021. Dès lors, le requérant n'établit pas, et il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, que la décision du 18 octobre 2021 aurait fait l'objet d'un recours devant la Cour nationale du droit d'asile dans le délai prévu à l'article L. 532-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En conséquence, à la date de l'arrêté attaqué, M. D ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français et, sa situation relevant du cas prévu au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de Maine-et-Loire a pu, sans commettre d'erreur de droit, lui faire obligation de quitter le territoire français.
5. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le séjour du requérant en France, remontant selon la requête au mois d'octobre 2021 mais en réalité à une date comprise entre le 7 août 2019 et le 18 septembre 2019, est, en tout état de cause, récent, alors que l'intéressé est âgé de plus de 31 ans. Il est entré irrégulièrement sur le territoire français. Il n'y justifie pas d'attaches privées ou familiales particulières, anciennes, intenses et stables. S'il est marié, son épouse et leur enfant mineur ne séjournent pas régulièrement en France mais, d'après les indications non contestées du préfet en défense, résident tous deux en Guinée, où la cellule familiale pourra se reconstituer et où le requérant a vécu pendant vingt-huit ans. Dès lors, compte tenu de la durée et des conditions du séjour du requérant en France, le préfet de Maine-et-Loire n'a, en décidant de lui faire obligation de quitter le territoire français, pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels a été prise cette décision, qui ne méconnaît par suite pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Compte tenu de ce qui a été dit quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de cette obligation.
8. L'arrêté attaqué, qui vise notamment les articles L. 721-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate que le requérant est de nationalité guinéenne et qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Il en résulte que la décision fixant le pays de destination en cas de reconduite d'office à l'issue du délai de départ volontaire est régulièrement motivée.
9. Le requérant, dont la demande d'asile a d'ailleurs été rejetée en procédure accélérée en application de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'apporte aucun élément permettant d'estimer qu'il risquerait effectivement et personnellement d'être soumis en Guinée à la torture ou à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. Il ne ressort ainsi pas des pièces du dossier qu'en comptant la Guinée au nombre des destinations possibles en cas de reconduite d'office, le préfet de Maine-et-Loire, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'il se serait estimé lié par la décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, aurait méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Les conclusions à fin d'injonction qu'il présente ne sauraient, par suite, être accueillies.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Bengono.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2022.
Le magistrat désigné,
A. A DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026