vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203895 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL EDEN ROUEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 mars 2022 et le 23 septembre 2022, Mme D E épouse A B et M. C A B, représentés par Me Leprince, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de délivrer à M. A B un visa d'entrée en France en qualité de conjoint étranger d'une ressortissante française ;
2°) d'annuler la décision du 28 septembre 2021 de l'autorité consulaire française à Tunis refusant de délivrer à M. A B un visa de long séjour de conjoint d'une ressortissante française ;
3°) d'enjoindre à l'administration de délivrer à M. A B un visa de long séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à la SELARL EDEN avocats d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Ils soutiennent que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors qu'il n'appartient pas à M. A B d'apporter la preuve de son intention matrimoniale ;
- la décision méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par décision du 5 avril 2022 le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme E épouse A B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- et les observations de Me Nève, substituant Me Leprince, représentant les requérants.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien né en 1991, a sollicité auprès des autorités consulaires française à Tunis la délivrance d'un visa de long séjour en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Par leur requête, M. A B et Mme E épouse A B demandent au tribunal d'annuler la décision du 9 décembre 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours formé contre la décision du 28 septembre 2021 de l'autorité consulaire française à Tunis rejetant la demande de visa et d'annuler également cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article D. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable au litige : " Une commission placée auprès du ministre des affaires étrangères et du ministre chargé de l'immigration est chargée d'examiner les recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France prises par les autorités diplomatiques ou consulaires. La saisine de cette commission est un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier ". Il résulte de ces dispositions que la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France se substitue à celle qui a été prise par les autorités diplomatiques ou consulaires. Par suite, la décision du 9 décembre 2021 de cette commission s'est substituée à la décision de l'autorité consulaire française à Tunis du 28 septembre 2021. Les conclusions de la requête doivent donc être regardées comme dirigées contre la seule décision de la commission de recours.
3. Il ressort de la lecture de la décision de la commission que celle-ci a rejeté le recours présenté devant elle en retenant l'existence d'un " faisceau d'indices suffisamment précis et concordants attestant du caractère complaisant du mariage contracté à des fins étrangères à l'institution matrimoniale dans le seul but de faciliter l'établissement en France du demandeur ".
4. L'article L. 312-3 du même code précise : " Le visa de long séjour est délivré de plein droit au conjoint de ressortissant français. Il ne peut être refusé qu'en cas de fraude, d'annulation du mariage ou de menace à l'ordre public. ". En application de ces dispositions, il appartient en principe aux autorités consulaires de délivrer au conjoint étranger d'un ressortissant français dont le mariage n'a pas été contesté par l'autorité judiciaire le visa nécessaire pour que les époux puissent mener une vie familiale normale. Pour y faire obstacle, il appartient à l'administration, si elle allègue une fraude, d'établir, sur la base d'éléments précis et concordants, que le mariage a été entaché d'une telle fraude, de nature à justifier légalement le refus de visa. La seule circonstance que l'intention matrimoniale d'un seul des deux époux ne soit pas contestée ne fait pas obstacle à ce qu'une telle fraude soit établie.
5. La commission retient l'existence d'un faisceau d'indices caractérisé par l'absence de " preuves convaincantes du maintien d'échanges réguliers et constants de quelque nature que ce soit " entre les époux, l'absence de preuve d'un " projet concret de vie commune ", l'absence de preuves de la contribution de M. A B aux charges du mariage et le fait que l'intéressé a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français au mois de mars 2021 qu'il n'a pas exécutée.
6. Le ministre fait valoir que M. A B a fait l'objet d'un arrêté du préfet de Seine-Maritime du 15 mars 2021 portant obligation de quitter le territoire français, se fondant notamment sur le sursis à célébration de mariage prononcé par le procureur de la République du tribunal judiciaire de Rouen le 24 février 2021 et sur le fait que M. A B s'est maintenu sur le territoire français après l'expiration d'un visa de court séjour sans effectuer de démarches en vue de régulariser sa situation administrative. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B et Mme E se sont mariés à Saint-Etienne-du-Rouvray (Seine-Maritime) le 17 avril 2021. Les requérants versent au dossier des attestations de paiement de prestations sociales par la caisse d'allocations familiales de Seine-Maritime dont il ressort que Mme E a déclaré sa situation maritale à l'organisme, ainsi qu'un échéancier de paiement de mensualités de consommations d'électricité, adressé par EDF le 20 mai 2021 aux deux époux. Les requérants justifient également par la copie des pages tamponnées du passeport de Mme E de ce que l'intéressée s'est rendue à plusieurs reprises en Tunisie au cours de l'année 2021. L'existence d'une vie de couple, présumée par l'acte de mariage versé au dossier, est par ailleurs corroborée par les photographies du couple produites à l'instance et les attestations écrites de leurs proches. Dans ces conditions, la commission ne peut être regardée comme apportant la preuve, sur la base d'éléments précis et concordants, du caractère complaisant du mariage de M. A B et Mme E. Les requérants sont donc bien fondés à soutenir qu'en rejetant le recours formé contre la décision refusant de délivrer un visa de long séjour à M. A B, la commission a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 312-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 9 décembre 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A B le visa de long séjour sollicité. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui faire délivrer ce visa dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme E A B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la présente affaire. Par suite, Me Leprince peut se prévaloir des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leprince renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Leprince de la somme de 1 200 euros.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 9 décembre 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer à M. A B le visa de long séjour sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leprince une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E épouse A B, M. C A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026