vendredi 2 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEUDET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 mars 2022 et le 21 septembre 2022, M. M'Bemba Mounir A, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France rejetant le recours formé contre la décision de l'autorité consulaire française à Conakry en Guinée du 7 mai 2021 refusant de délivrer à l'enfant Habibatoulaye A un visa de long séjour au titre de la réunification familiale ;
2°) d'enjoindre à l'administration, à titre principal de faire délivrer le visa de long séjour sollicité à Habibatoulaye A dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire de réexaminer la demande de visa dans le même délai sous la même astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 1 800 euros à verser à Me Leudet en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- il n'est pas établi que la commission s'est réunie en étant régulièrement composée ;
- la décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a bien déclaré la naissance de sa fille à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que la commission porte une critique sur ses déclarations pour remettre en cause la filiation avec sa fille alors que la preuve de la filiation s'apporte en premier lieu par des actes de l'état civil qu'il a produits et dont la valeur probante n'est pas contestée ;
- la décision est entachée d'erreur de droit dès lors que le fait de ne pas avoir déclaré un enfant à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides n'est pas un motif d'ordre public justifiant le refus de délivrance d'un visa ;
- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 septembre 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête ;
Il fait valoir que les moyens du requérant sont dépourvus de fondement.
Par décision du 27 janvier 2022, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes a admis M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, et son décret d'application ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 novembre 2022 :
- le rapport de Mme Chatal, rapporteure,
- les conclusions de M. Kaczynski, rapporteur public,
- et les observations de Me Leudet, représentant le requérant et celles de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant guinéen né en 1979, reconnu réfugié en France par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 13 mars 2008, demande au tribunal d'annuler la décision du 28 juillet 2021 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté son recours contre la décision de l'autorité consulaire française en Guinée refusant de délivrer à Habibatoulaye A un visa de long séjour en qualité d'enfant de réfugié.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que la commission s'est fondée pour rejeter le recours de M. A sur les motifs tirés de ce que, d'une part, le lien familial de l'enfant Habibatoulaye A avec M. A n'était pas établi en raison des déclarations incohérentes faites par M. A au sujet de sa situation familiale, et d'autre part, l'enfant, dont la naissance n'a pas été déclarée à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'entre pas dans le cadre du droit à réunification familiale.
3. En premier, lieu, aux termes de l'article L. 561-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, le ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié ou qui a obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre de la réunification familiale : / 1° Par son conjoint ou le partenaire avec lequel il est lié par une union civile, âgé d'au moins dix-huit ans, si le mariage ou l'union civile est antérieur à la date d'introduction de sa demande d'asile ; 2° Par son concubin, âgé d'au moins dix-huit ans, avec lequel il avait, avant la date d'introduction de sa demande d'asile, une vie commune suffisamment stable et continue ; () 3° Par les enfants non mariés du couple, n'ayant pas dépassé leur dix-neuvième anniversaire. () ". L'article L. 434-3 du même code, rendu applicable à la procédure de réunification familiale par l'article L. 561-4 de ce code, ajoute que : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : / 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; / 2° Ou lorsque l'autre parent est décédé ou déchu de ses droits parentaux. ".
4. L'article L. 561-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précise que : " Les membres de la famille d'un réfugié ou d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire sollicitent, pour entrer en France, un visa d'entrée pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois auprès des autorités diplomatiques et consulaires, qui statuent sur cette demande dans les meilleurs délais. Ils produisent pour cela les actes de l'état civil justifiant de leur identité et des liens familiaux avec le réfugié ou le bénéficiaire de la protection subsidiaire. / En l'absence d'acte de l'état civil ou en cas de doute sur leur authenticité, les éléments de possession d'état définis à l'article 311-1 du code civil et les documents établis ou authentifiés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, sur le fondement de l'article L. 121-9 du présent code, peuvent permettre de justifier de la situation de famille et de l'identité des demandeurs. Les éléments de possession d'état font foi jusqu'à preuve du contraire. Les documents établis par l'office font foi jusqu'à inscription de faux. ".
5. L'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que la vérification des actes d'état civil étrangers doit être effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. Cet article, dans sa rédaction applicable au litige, dispose quant à lui que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française. ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
6. Le requérant joint à sa requête le volet n°1 de l'acte de naissance de l'enfant Habibatoulaye A signé par l'officier d'état civil de la commune de Matoto en Guinée, dressé le 20 juin 2019 sur la déclaration de M. C B, se déclarant comme l'oncle de l'enfant. L'acte, dont les rubriques sont renseignées de façon complète, qui est dûment numéroté et revêtu de la signature de l'officier d'état civil ainsi que de celle du déclarant, indique que l'enfant est née le 31 mai 2019 à Matoto, que son père est M. M'Bemba Mounir A et sa mère Mme D B. Si le ministre soutient que le lien de paternité est improbable dès lors que la mère de l'enfant, Mme D B, que M. A indique avoir retrouvée en Espagne, n'a pas obtenu de visa Schengen de la part des autorités espagnoles et que le passeport de l'intéressé ne comporte pas de tampon des autorités espagnoles, et indique également qu'il existe en Guinée un contexte de fraude massive au niveau de l'état civil, ces circonstances ne suffisent pas, dans les circonstances très particulières de l'espèce, à retirer tout caractère probant à l'acte d'état civil produit. Il s'ensuit que le requérant est bien fondé à soutenir qu'en refusant de tenir pour établi son lien de filiation avec l'enfant Habibatoulaye A, la commission a commis une erreur d'appréciation.
7. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a bien sollicité auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, par courrier du 1er mars 2021, l'inscription de l'enfant Habibatoulaye, par ailleurs née d'une relation nouée par le requérant plusieurs années après sa demande d'asile, sur son livret de famille. Par suite, le second motif de la décision attaquée est entaché d'une erreur de fait.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 28 juillet 2021 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa présentée pour l'enfant Habibatoulaye A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à Me Leudet en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
D É C I D E :
Article 1er : La décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du 28 juillet 2021 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de réexaminer la demande de visa présentée pour l'enfant Habibatoulaye A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet une somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve pour celle-ci de renoncer à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. M'Bemba Mounir A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 novembre 2022 à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
Mme Roncière, première conseillère,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2022.
La rapporteure,
A. CHATALLa présidente,
H. DOUETLa greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026