vendredi 4 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2203975 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BALG |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 mars 2022 et le 2 septembre 2022, Mme B C, agissant pour le compte d'Emeline Audrey C et Marie Josette Asson, représentée par Me Balg, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 29 novembre 2021 contre la décision de l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) du 31 août 2021 rejetant la demande de visa d'entrée et de séjour présentée pour Marie Josette Daina Asson et Emeline Audrey C au titre du regroupement familial ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d'un défaut de motivation ;
- l'absence de prise en compte des jugements supplétifs transmis à la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France le 17 janvier 2022 traduit un défaut d'examen particulier de leur demande ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation du lien familial revendiqué.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 août 2022, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 octobre 2022 :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Balg représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante camerounaise a obtenu une autorisation de regroupement familial au bénéfice de Mme D C, née le 24 octobre 2003, et de Marie Josette Daina Asson, née le 5 juin 2005, qu'elle présente comme ses filles. Par une décision du 31 août 2021 l'autorité consulaire française à Douala (Cameroun) a refusé de délivrer les visas sollicités pour Emeline Audrey C et Marie Josette Daina Asson. Mme C demande l'annulation de la décision implicite par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours préalable formé le 29 novembre 2021 contre la décision de l'autorité consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme B C ait demandé que leur soient communiqués les motifs de la décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la commission aurait méconnu l'obligation de motivation qui s'imposait à elle en rejetant le recours par une décision implicite.
3. En deuxième lieu, s'agissant d'une décision implicite, le moyen tiré de ce que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la demande ne peut qu'être écarté comme inopérant.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 434-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui séjourne régulièrement en France depuis au moins dix-huit mois, sous couvert d'un des titres d'une durée de validité d'au moins un an prévus par le présent code ou par des conventions internationales, peut demander à bénéficier de son droit à être rejoint, au titre du regroupement familial : 1° Par son conjoint, si ce dernier est âgé d'au moins dix-huit ans ; 2° Et par les enfants du couple mineurs de dix-huit ans. ". Aux termes de l'article L. 434-3 du même code : " Le regroupement familial peut également être demandé pour les enfants mineurs de dix-huit ans du demandeur et pour ceux de son conjoint si, au jour de la demande : 1° La filiation n'est établie qu'à l'égard du demandeur ou de son conjoint ; ".
5. Dans le cas où la venue d'une personne en France a été autorisée au titre du regroupement familial, l'autorité diplomatique ou consulaire n'est en droit de rejeter la demande de visa dont elle est saisie à cette fin que pour des motifs d'ordre public et à condition que le lien conjugal ou le lien de filiation entre le demandeur de visa et le membre de famille que celui-ci entend rejoindre soit établi.
6. Il n'appartient pas aux autorités administratives françaises de mettre en doute le bien-fondé d'une décision rendue par une autorité juridictionnelle étrangère, hormis le cas où le jugement produit aurait un caractère frauduleux.
7. Il ressort du mémoire en défense du ministre de l'intérieur que la décision attaquée est fondée sur l'absence de caractère établi du lien de filiation.
En ce qui concerne Mme D C :
8. A été produit à l'appui de la demande de visa, un acte de naissance n°014/2003 dressé par le centre d'état civil spécial de Nyom II Yaoundé I faisant état de la naissance, le 24 octobre 2003, de Mme D C, née de Mme B C, sans mention de la filiation paternelle. Il ressort des pièces du dossier qu'à la demande de l'autorité consulaire française au Cameroun, l'administration camerounaise a transmis l'acte de naissance 014/2003 y dont il ressort que l'acte de naissance portant ce numéro dans le registre considérant correspond à une autre personne, de sexe masculin, née le 20 janvier 2003, établissant ainsi le caractère frauduleux de l'acte de naissance produit à l'appui de la demande de visa. Cependant les requérantes produisent un jugement supplétif d'acte de naissance du 1er novembre 2021 du tribunal de grande instance de Mfoudi qui tient lieu d'acte de naissance pour Mme D C. En l'absence de contestation sérieuse de ce jugement supplétif, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a fait une inexacte application des dispositions précitées en estimant que le lien de filiation de Mme D C avec Mme B C n'était pas établi et en refusant de lui délivrer, pour ce motif, le visa sollicité.
En ce qui concerne Daina Marie Josette Asson :
9. A été produit à l'appui de la demande de visa une copie d'acte de naissance, dont l'authenticité a été remise en cause par l'autorité consulaire, puis un jugement supplétif du 1er novembre 2021 du tribunal de grande instance de Mfoudi tenant lieu d'acte de naissance et faisant état de la naissance de Marie Josette Daina Asson le 5 juin 2005 à Yaoundé de Mme B C et sans mention d'une filiation paternelle. Le ministre soutient toutefois dans ses écritures que la naissance de Marie Josette Daina Asson le 5 juin 2005 à Yaoundé est incohérente avec la chronologie du parcours de Mme B C, laquelle est entrée irrégulièrement en France le 14 février 2005 et s'y est maintenue et qu'en outre, l'enfant porte un nom différent de celui de sa mère alléguée, alors que Mme C a déclaré une naissance sans filiation paternelle. En l'absence de toute explication de Mme C sur les incohérences relevées, le ministre rapporte la preuve qui lui incombe du caractère frauduleux des documents d'état civil produits.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mmes C sont seulement fondées à demander l'annulation de la décision attaquée en tant qu'elle concerne Mme D C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la délivrance du visa sollicité à Mme D C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1000 euros au titre des frais exposés par Mmes C et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France est annulée en tant qu'elle refuse un visa d'entrée et de long séjour à Mme D C.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer le visa d'entrée et de long séjour sollicité pour Mme D C, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mmes C une somme globale de 1 000 euros (mille euros) au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Douet, présidente,
M. Rosier, premier conseiller,
Mme Chatal, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 novembre 2022.
La présidente-rapporteure,
H. A
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
P. ROSIER
La greffière,
A.-L. LE GOUALLEC
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026