lundi 5 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2204003 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 9ème Chambre |
| Avocat requérant | BOURGEOIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 mars 2022, le 16 août 2022 et le 9 septembre 2022, M. C E et Mme B D, représentés par Me Bourgeois, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler la décision implicite née le 25 janvier 2022 par laquelle la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté le recours contre la décision du 31 octobre 2021 des autorités consulaires françaises à Oran (Algérie) refusant de délivrer un visa à M. E ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer, à titre principal, de lui délivrer le visa sollicité dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande visa dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen ;
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'objet de sa demande de visa ;
- elle méconnaît les stipulations du 2) de l'article 6 de l'accord franco-algérien modifié du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant au risque de détournement de l'objet du visa ;
- elle méconnaît les articles 8 et 12 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2022, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par les requérants n'est fondé.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 avril 2022.
Par un mémoire, enregistré le 9 septembre 2022, Me Bourgeois s'est désisté de l'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen, signée le 19 juin 1990 ;
- le règlement (CE) n° 810/2009 du 13 juillet 2009 du Parlement européen et du Conseil établissant un code communautaire des visas ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Beyls, rapporteure,
- les conclusions de M. Desimon, rapporteur public,
- et les observations de Me Thullier, substituant Me Bourgeois, avocat de M. E et Mme D.
Une note en délibéré, enregistrée le 14 novembre 2022, a été produite pour M. E et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E, ressortissant algérien, a sollicité la délivrance d'un visa auprès des autorités consulaires françaises à Oran en vue de se marier en France avec Mme B D, ressortissante franco-algérienne. Ces autorités ont rejeté sa demande le 31 octobre 2021. Par une décision implicite née le 25 janvier 2022, dont M. E et Mme D demandent l'annulation, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a rejeté leur recours formé contre cette décision consulaire.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite née le 25 janvier 2022 de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France :
2. Il ressort du mémoire en défense produit par le ministre de l'intérieur que, pour rejeter la demande de visa présentée par M. E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France s'est fondée sur les motifs tirés du risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires et sur le défaut d'intention matrimoniale.
3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 10 de la convention d'application de l'accord de Schengen : " 1. Il est institué un visa uniforme valable pour le territoire de l'ensemble des Parties contractantes. Ce visa () peut être délivré pour un séjour de trois mois au maximum () ". L'article 11 du même accord précise que ce visa uniforme peut être soit un visa de voyage valable pour une ou plusieurs entrées, sans que ni la durée d'un séjour ininterrompu, ni la durée totale des séjours successifs puissent excéder trois mois par semestre, à compter de la date de la première entrée, soit un visa de transit.
4. D'autre part, aux termes de l'article 21 du règlement (CE) n°810/2009 du 13 juillet 2009 : " 1. Lors de l'examen d'une demande de visa uniforme, () une attention particulière est accordée à l'évaluation du risque d'immigration illégale () que présenterait le demandeur ainsi qu'à sa volonté de quitter le territoire des États membres avant la date d'expiration du visa demandé. () ". Aux termes de l'article 32 du même règlement : " 1. () le visa est refusé : () / b) s'il existe des doutes raisonnables sur () la fiabilité des déclarations effectuées par le demandeur ou sur sa volonté de quitter le territoire des États membres avant l'expiration du visa demandé. () ".
5. Enfin, l'invocation d'un mariage au soutien d'une demande de visa peut, en fonction des circonstances entourant la demande, conduire à la délivrance d'un visa de long séjour ou de court séjour. Il est loisible aux autorités de délivrer le visa correspondant le mieux aux besoins exprimés et notamment aux intentions du couple de s'installer durablement en France ou non.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. E, ressortissant algérien, a déposé une demande de visa en vue de se marier avec Mme D, ressortissante française. Alors même que celui-ci a formellement sollicité la délivrance d'un visa de court séjour auprès des autorités consulaires à Oran, il ressort des pièces du dossier que l'intention du couple de s'installer en France postérieurement à cette union a été portée à l'attention de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France, comme le confirment les termes du recours formé par Mme D devant cette commission, dans lequel elle fait état du souhait d'installation durable de son futur époux sur le territoire français. Dans ces conditions, la demande de M. E ne pouvait être regardée comme tendant à la délivrance d'un visa uniforme au sens des dispositions précitées. Il en résulte qu'eu égard à l'objet de la demande de visa de M. E, la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a entaché sa décision d'une erreur de droit en se fondant sur l'existence d'un risque de détournement de l'objet du visa à des fins migratoires au sens des dispositions de l'article 32 du règlement 810/2009 du 13 juillet 2009.
7. En second lieu, les requérants font valoir qu'ils ont entamé une relation amoureuse en 2017, qu'ils se sont fiancés en 2019 en Algérie et que leur mariage devait se dérouler le 12 novembre 2021 à la mairie du XXème arrondissement de Paris. Ils produisent, à ce titre, une attestation en prévision d'un mariage délivrée le 13 septembre 2021 et un certificat de publication et de non-opposition au mariage en date du 16 mars 2022 délivrée par la mairie, ainsi que des devis liés aux préparatifs du mariage et des faire-parts. Par ailleurs, ils versent aux débats plusieurs attestations de proches, des justificatifs de voyages en Algérie de Mme D entre 2017 et 2021, d'un voyage commun en Tunisie en 2019, de nombreuses photographies les représentant et des captures d'écran faisant état d'échanges réguliers entre eux. Contrairement à ce que soutient le ministre, les déclarations de M. E lors de son audition en juillet 2021 au consulat de France à Oran et celles de Mme D sur les circonstances de leur rencontre en 2017 ne sont pas contradictoires. Si le compte rendu de cet entretien mentionne que le requérant aurait " cherché à tromper l'administration consulaire à trois reprises " en vue de la délivrance de visas, ces affirmations ne sont pas étayées dans le cadre de la présente instance. Il en résulte que la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France a commis une erreur d'appréciation en retenant le défaut d'intention matrimoniale de M. E et en estimant que le projet de son mariage avec Mme D a pour but exclusif de faciliter son installation sur le territoire français.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D et M. E sont fondés à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
9. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé à la délivrance du visa sollicité, dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme D et M. E et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La décision implicite de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France née le 25 janvier 2022 est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur de délivrer à M. E le visa sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à Mme D et M. E la somme de 1 200 (mille deux cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme B D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
Mme Beyls, conseillère,
Mme Heng, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2022.
La rapporteure,
M. A La présidente,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAU
La greffière,
S. JEGO
La République mande et ordonne au le ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026