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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204011

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204011

mardi 29 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204011
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBOURGEOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 mars 2022, M. B A, représenté par Me Bourgeois, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade comme étant irrecevable ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été signé par une autorité habilitée ;

- il n'est pas établi qu'il a été informé, dans une langue qu'il comprend, des dispositions de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée n'a pas été prise à l'issue d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles L. 429-5, R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des articles 3, 5 et 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il fait état d'éléments nouveaux s'agissant de son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 mai 2024, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Barès a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né le 30 janvier 1967, déclare être entré en France le 26 février 2020. Le 28 février 2020, il a déposé une demande d'asile, qui a été rejetée par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en date du 15 février 2021, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile en date du 21 septembre 2021. L'intéressé a sollicité le 16 mars 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Sa demande a été rejetée pour irrecevabilité par une décision du 25 juin 2021. M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 23 août 2021 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté son recours gracieux formé contre cette décision d'irrecevabilité.

Sur l'objet du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. En conséquence, les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. A, qui conteste la décision du 23 août 2021 portant rejet de son recours gracieux, doivent être regardées comme étant également dirigées contre la décision initiale du 25 juin 2021.

Sur la légalité des décisions litigieuses :

3. Aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois. ".

4. Dans le cas où un étranger ayant demandé l'asile a été dûment informé, en application des dispositions précitées de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des conditions dans lesquelles il peut solliciter son admission au séjour sur un autre fondement et où il formule une demande de titre de séjour après l'expiration du délai qui lui a été indiqué pour le faire, l'autorité administrative peut rejeter cette demande motif pris de sa tardiveté à moins que l'étranger ait fait valoir, dans sa demande à l'administration, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c'est-à-dire un motif de délivrance d'un titre de séjour apparu postérieurement à l'expiration de ce délai. Si tel est le cas, aucun nouveau délai ne lui est opposable pour formuler sa demande de titre.

5. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée le 16 mars 2021 par M. A à raison de son état de santé, le préfet de la Loire-Atlantique lui a opposé la circonstance que l'enregistrement de sa demande d'asile en France au guichet unique est intervenu le 28 février 2020, de sorte qu'à la date de présentation de sa demande de titre de séjour, le délai de trois mois prévu par les dispositions précitées était expiré.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A s'est prévalu de circonstances nouvelles relatives à son état de santé au moment du dépôt de sa demande de titre de séjour, ainsi qu'en témoigne un certificat médical en date du 16 mars 2022 indiquant que le diagnostic de sa pathologie a été posé au mois de novembre 2020 et alors que l'intéressé a produit des comptes-rendus d'analyses des mois de mars et juillet 2020 ne faisant état d'aucune anomalie. En se bornant à se fonder sur la circonstance que le délai précité de trois mois était expiré, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, les décisions des 25 juin et 23 août 2021 doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au moyen d'annulation énoncé au point 6, que le préfet de la Loire-Atlantique réexamine la demande de titre de séjour de M. A. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de mettre à la charge de l'Etat, à ce titre, le versement de la somme de 1 000 euros à Me Bourgeois, avocat de M. A, bénéficiaire de l'aide juridictionnelle totale, sous réserve de la renonciation de Me Bourgeois à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire-Atlantique en date des 25 juin et 23 août 2021 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de réexaminer la demande de titre de séjour de M. A dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Bourgeois, avocat de M. A, la somme de 1 000 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Bourgeois et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

M. Barès, premier conseiller,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 29 octobre 2024.

Le rapporteur,

M. BARESLe président,

C. CANTIE

La greffière,

F. MERLET

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

No 2204011

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