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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204025

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204025

mardi 20 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204025
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 semaines - 3ème chambre
Avocat requérantPOTIER KERLOC'H

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mars 2022 et le 13 septembre 2022, M. E C, représenté par Me Potier-Kerloc'h, demande au Tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, compte tenu de sa vie maritale avec une compatriote dont il a eu un enfant ; la mesure d'éloignement dont fait l'objet sa compagne a fait l'objet d'un recours ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la décision d'éloignement méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que l'article 11 du préambule de la constitution de 1946, compte tenu de son état de santé.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 août 2022 et le 14 septembre 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 février 2022 du président du bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président du Tribunal a désigné M. Degommier, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 14 septembre 2022 :

- le rapport de M. Degommier, magistrat désigné ;

- et les observations de Me Potier-Kerloc'h qui confirme et développe ses précédentes écritures.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant congolais (République démocratique du Congo) né le 5 mai 1993, déclare être entré irrégulièrement en France le 26 septembre 2019. Il a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 20 janvier 2020, décision confirmée par la CNDA le 6 janvier 2021. Il a ensuite déposé le 1er juin 2021 une demande de réexamen, traitée en procédure accélérée et rejetée par l'OFPRA comme irrecevable le 22 juin 2021. C'est dans ces conditions que, par arrêté du 25 novembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office à l'expiration de ce délai, en application du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° Si la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou si l'étranger ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 743-2, à moins qu'il ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

4. Il est constant que M. C est arrivé en France, selon ses propres déclarations, le 26 septembre 2019 afin d'y solliciter l'asile. Si l'intéressé se prévaut d'une vie commune avec Mme A D, une compatriote, depuis le 26 septembre 2019 et de la naissance d'un enfant, B, issu de leur union le 29 juillet 2020, il est toutefois constant que l'entrée irrégulière du requérant est récente, alors qu'il a vécu au Congo jusqu'à l'âge de vingt-six ans, pays où il dispose de toutes ses attaches familiales et culturelles. Par ailleurs, il n'est pas contesté que sa compagne, Mme A D, vit elle-même en situation irrégulière et faisait l'objet, à la date de la décision attaquée, d'une obligation de quitter le territoire français par arrêté du 24 juin 2019, qu'elle n'a pas contesté. D'ailleurs, le préfet de la Loire Atlantique a une nouvelle fois, obligé Mme A D à quitter le territoire français par arrêté du 16 mai 2022. Rien ne s'oppose à ce que leur vie commune se poursuive dans leur pays d'origine. Et le requérant, en-dehors de cette vie familiale, ne fait pas valoir l'existence de liens anciens, intenses et stables en France. Dans ces conditions, en dépit de la présence en France de la mère et de la sœur de Mme A D, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

5. En deuxième lieu, aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

6. M. C fait valoir qu'il a eu un enfant avec sa compagne, B né le 29 juillet 2020 et que la fille de Mme A D, née en 2014, est scolarisée, toutefois ces seules circonstances n'ont toutefois pas pour conséquence de faire regarder la mesure d'éloignement comme portant atteinte à l'intérêt supérieur de l'enfant, dès lors que, sauf circonstance exceptionnelle, l'intérêt supérieur des enfants est de rester auprès de leurs parents qui peuvent poursuivre la vie commune alléguée hors de France. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait méconnu les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

8. M. C soutient à l'appui de son moyen qu'il a dû fuir son pays d'origine après y avoir subi des sévices et des violences ayant causé des troubles psycho-traumatiques et qu'il suit actuellement un traitement médical dont il estime qu'il n'est pas disponible en République démocratique du Congo. Toutefois, il n'a pas sollicité en France la délivrance d'un titre de séjour pour motifs de santé et il se borne à produire à l'appui de son argumentation, des convocations à des consultations au centre médico-psychologique du centre hospitalier universitaire de Nantes ainsi qu'une ordonnance. Ces seuls éléments ne suffisent pas à établir que l'état de santé de M. C, dont la demande d'asile a été d'ailleurs rejetée, nécessiterait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 25 novembre 2021 et que sa requête doit en conséquence être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Potier-Kerloc'h et au préfet de la Loire-Atlantique.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.

Le magistrat désigné,

S. DEGOMMIER

La greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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