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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2204040

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2204040

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2204040
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantRENAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête, enregistrée le 29 mars 2022 sous le n° 2204040, M. A D C, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2022 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'enregistrer sa demande de titre de séjour, à titre principal au titre de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à titre subsidiaire, de l'article L. 425-9 de ce code ou, à titre infiniment subsidiaire, de l'admission exceptionnelle au séjour, en lui remettant un formulaire à compléter par son médecin, dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mai 2022.

II. Par une requête, enregistrée le 27 juillet 2022 sous le n° 2209903, M. A D C, représenté par Me Renaud, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juillet 2022 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque le délai sera expiré ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique, à titre principal, de délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande de titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen de sa demande, dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'a pas saisi l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour la prive de base légale ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée de l'examen de sa situation personnelle ;

- le droit d'être entendu tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été mis en œuvre avant son édiction ;

- l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français la prive de base légale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 février 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 janvier 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B de Baleine, président,

- les observations de Me Renaud, avocat de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu de joindre les requêtes de M. C pour y statuer par un seul jugement.

2. M. C, ressortissant congolais (République du Congo) né en 1982, déclare être entré en France au mois de juin 2019. Sa demande de reconnaissance du statut de réfugié a été rejetée par une décision du 14 août 2020 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 mai 2021. Il a sollicité du préfet de la Loire-Atlantique la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Sa demande fondée sur l'article L. 425-9 de ce code a été déclarée irrecevable par une décision du 8 mars 2022. Ses autres demandes, fondées sur les articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code, ont été rejetées par un arrêté du 4 juillet 2022 portant en outre obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office lorsque ce délai sera expiré. M. C demande au tribunal d'annuler ces décisions.

Sur la légalité de la décision du 8 mars 2022 portant refus d'enregistrement de la demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'état de santé :

3. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en particulier son article L. 431-2, précise que M. C a sollicité le 23 juin 2021 la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du même code, et comporte le motif d'irrecevabilité de sa demande de titre de séjour tiré de sa tardiveté, faute pour l'intéressé d'avoir déposé cette demande dans le délai de trois mois suivant le dépôt de sa demande d'asile. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté. En outre, il ne ressort pas davantage des termes de la décision attaquée, ni des autres pièces du dossier, que le préfet n'aurait pas procédé à un examen de la demande de M. C. Le moyen tiré de l'absence d'un tel examen doit, dès lors, être écarté.

4. En second lieu, aux termes de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable à la date de la décision attaquée et reprenant les dispositions de l'ancien article L. 311-6, applicable à la date du dépôt de la demande de titre de séjour : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. / Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article D. 431-7 du même code, reprenant les dispositions de l'ancien article D. 311-3-2 : " Pour l'application de l'article L. 431-2, les demandes de titres de séjour sont déposées par le demandeur d'asile dans un délai de deux mois. Toutefois, lorsqu'est sollicitée la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article L. 425-9, ce délai est porté à trois mois ".

5. Pour refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par M. C à raison de son état de santé, le préfet de la Loire-Atlantique lui a opposé la circonstance que sa demande d'asile a été enregistrée le 6 août 2019 et qu'à la date de présentation de sa demande de titre de séjour, le 23 juin 2021, le délai de trois mois prévu par les dispositions précitées était expiré. Contrairement à ce que le requérant soutient, il ressort de la brochure d'information en langue française produite en défense, signée par l'intéressé, que celui-ci a bénéficié, au moment de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'une information écrite relative aux conditions de son admission au séjour en France à un autre titre que l'asile et aux conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements que ceux invoqués dans le délai prévu à l'article D. 311-3-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. Il ressort en outre des pièces du dossier que le requérant a indiqué à l'autorité administrative comprendre le français, qui constitue d'ailleurs la langue officielle de la République du Congo, dont l'intéressé est ressortissant. Enfin, si M C se prévaut de ce qu'il justifiait de circonstances nouvelles relatives à son état de santé au moment du dépôt de sa demande de titre de séjour, il ressort des termes de cette demande que l'intéressé, qui n'a pas levé le secret médical, n'a apporté aucun élément propre à mettre l'autorité administrative à même d'apprécier l'évolution de son état de santé depuis le dépôt de sa demande d'asile. Il n'apporte pas davantage un quelconque élément de cette nature à l'appui de sa requête. Il en résulte que M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire-Atlantique aurait entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 431-2 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré d'une atteinte disproportionnée à un droit fondamental de présenter une demande de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité de l'arrêté du 4 juillet 2022 portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

Sur la légalité de la décision portant refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, si M. C soutient que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen dès lors notamment que le préfet n'aurait pas pris en compte son état de santé, il résulte de ce qui vient d'être dit que la demande de titre de séjour présentée par le requérant à raison de son état de santé sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité motivée en date du 8 mars 2022, ce dont l'arrêté du 22 juillet 2022 fait d'ailleurs mention. Par ailleurs, l'arrêté attaqué comporte l'indication des raisons de droit et de fait pour lesquelles son auteur a refusé de faire droit à la demande de délivrance de titre de séjour présentée par le requérant au titre des articles L. 423-23 et L. 435-1 du même code. Il s'ensuit que les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

7. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs, eu égard au caractère irrecevable de la demande de titre de séjour déposée par le requérant au titre de son état de santé, le moyen tiré d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne peut qu'être écarté comme inopérant à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 juillet 2022 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L.423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C déclare être entré en France au mois de juin 2019, sans toutefois pouvoir en justifier. A la supposer établie, cette durée de présence sur le territoire français demeure récente à la date de la décision attaquée, alors que l'intéressé est âgé de quarante ans. S'il se prévaut de sa relation avec une ressortissante de la République démocratique du Congo née en 1989 résidant en France, il ressort des pièces du dossier que cette relation est récente et ne se caractérise pas par une communauté de vie. M. C se prévaut également de la circonstance qu'il est le père d'une enfant née à Nantes le 11 mai 2021, qu'il a reconnue le 8 février 2021 et dont la mère est cette ressortissante congolaise. Toutefois, si le requérant apporte des éléments propres à justifier d'une participation matérielle et financière à l'entretien de cette enfant, il ne vit pas de manière habituelle avec cette dernière, qui réside avec sa mère à un autre domicile que celui du requérant, qui ne justifie pas d'une communauté de vie avec sa fille et d'une contribution effective à sa garde et à son éducation. La circonstance que, le 25 janvier 2023, une carte de séjour temporaire a été délivrée à la mère de cette enfant est postérieure à l'arrêté attaqué et, à la date de ce dernier, cette ressortissante congolaise séjournait irrégulièrement sur le territoire français. Il ne ressort pas du dossier que M. C serait sans attaches personnelles, notamment familiales, en République du Congo, où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-sept ans. Les circonstances qu'il a bénévolement travaillé au bénéfice d'une association pendant l'été 2020 et au mois de février 2021 et qu'il présente des promesses d'embauche ne caractérisent pas des liens personnels anciens, intenses et stables en France. Dès lors, eu égard à l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de l'intéressé en France, le préfet de la Loire-Atlantique, en refusant de régulariser la situation de séjour de l'intéressé par la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ne s'est pas livré à une inexacte application de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'a pas non plus porté au respect du droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision attaquée a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", "travailleur temporaire" ou "vie privée et familiale", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / () ". Ces dispositions, qui ne prévoient ni ne prescrivent la délivrance d'un titre de plein droit, ni que l'étranger justifiant de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels est en droit de se voir délivrer un titre de séjour, laisse à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Il ne ressort pas du dossier que le préfet de la Loire-Atlantique aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'admission du requérant au séjour en France répond à des considérations humanitaires ou se justifierait au regard de motifs exceptionnels.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. () ".

12. Conformément à ces dispositions, la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'appelle en l'espèce aucune motivation distincte de celle portant refus de titre de séjour. Par conséquent, il résulte de ce qui a été dit au point 6 du présent jugement que le moyen tiré du défaut de motivation soulevé à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté. Le moyen tiré de ce que le préfet se serait abstenu d'examiner la situation du requérant avant de décider de lui faire obligation de quitter le territoire français doit, de même, être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne s'adresse uniquement aux institutions et organes de l'Union. Le moyen tiré de sa violation par une autorité d'un Etat membre est donc inopérant. Toutefois, il résulte également de cette jurisprudence que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il n'implique toutefois pas systématiquement l'obligation pour l'administration d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, l'étranger soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de demander un entretien pour faire valoir ses observations orales.

14. Après le rejet définitif de sa demande d'asile par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 21 mai 2021, le requérant a présenté une demande de titre de séjour, en une autre qualité que celle de bénéficiaire d'une protection internationale. Il ne pouvait ignorer, à l'issue de l'intervention de la décision rejetant sa demande d'asile, être susceptible de faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, il a eu la possibilité, à l'occasion de sa demande de titre de séjour, de faire valoir tous éléments justifiant qu'il soit autorisé à séjourner en France et ne soit pas contraint de quitter ce pays et de retourner dans le pays dont il est le ressortissant. Enfin, il n'établit pas ni même n'allègue avoir sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il aurait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise l'obligation de quitter le territoire français contestée et ne fait pas état, dans le cadre de la présente instance, d'éléments qui, s'ils avaient été connus du préfet, auraient pu le conduire à prendre une décision différente. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

15. En troisième lieu, l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. C n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de cette décision, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.

16. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ". Aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ".

17. Il résulte de l'ensemble des dispositions précitées que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie qu'elles prévoient des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En l'espèce, M. C se borne à faire valoir qu'il appartenait à l'administration de saisir l'Office français de l'immigration et de l'intégration pour s'assurer que sa décision ne l'exposait pas à un risque pour sa santé. Toutefois, le requérant, qui a choisi de ne pas lever le secret médical, n'établit pas, ni même n'allègue sérieusement, avoir, notamment par la production d'éléments suffisamment circonstanciés, informé le préfet de la nature et de la gravité de pathologies qui auraient dû conduire cette autorité à solliciter l'avis du collège de médecins de l'OFII. Le requérant ne présente en outre, à l'occasion de la présente instance, aucun élément quelconque dont résulterait que son état de santé nécessiterait une prise en charge particulière et n'apporte, au surplus, aucun élément quant au fait qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Il en résulte qu'il n'est pas fondé à soutenir que les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile faisaient obstacle à ce qu'il lui soit fait obligation de quitter le territoire français.

18. En cinquième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur sa situation personnelle doit être écarté.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

19. En premier lieu, en se bornant à soutenir que la décision fixant le pays de destination est entachée " des mêmes défauts de légalité externe " que les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, M. C n'assortit pas sa critique de la légalité externe de cette décision, qui constitue une décision distincte, des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé, alors en outre que l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, constate qu'il est de nationalité congolaise et qu'il lui est fait obligation de quitter le territoire français, ce dont résulte que cette décision est, de ce seul fait, régulièrement motivée.

20. En second lieu, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas établie, eu égard à ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de ces décisions, soulevé à l'appui des conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

21. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Pierre Renaud.

Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2023.

Le président-rapporteur,

A. B DE BALEINE

L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

S. THOMAS

La greffière,

L. LECUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°s 2204040, 2209903

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026